Le vieil arbre

Publié le 24 Janvier 2017

Au-dessus du village, au bord d'un chemin qui longe un vieux taillis, règne, majestueux, un vieil arbre solitaire. Son tronc est énorme, ses branches noueuses et dégarnies montent vers le ciel d'un magnifique bleu azur. 

C'est un vieux châtaigner qui fut, jadis, fertile mais il a vieilli car tel est le destin. J'ai passé ma main sur son écorce et collé mon oreille contre sa peau ridée. Je l'ai entendu respirer. J'ai pensé que s'il était doué de paroles, peut-être raconterait-il avoir vu passer les troupes de Charlemagne ou de Guillaume le Conquérant ou avoir tremblé de peur de se voir brûler par les troupes révolutionnaires mais qu'il fut sauvé de justesse par l'instituteur du village ? Enfin, c'est ce que j'ai cru comprendre.

Comme lui, il existe des centaines d'arbres, très âgés, auxquels la tradition populaire  attribut un rôle dans les événements de notre passé. Le chêne, son cousin, sous lequel Saint-Louis rendait la justice en est un célèbre exemple.

Il m'a dit qu'il n'avait jamais joué de rôle particulier mais qu'il a été le témoin fidèle des histoires, d'événements exceptionnels ou quotidiens, des drames et des grandes joies. Protecteur, à l'abri de ses branches on est venu chercher un peu de fraîcheur les jours de grandes chaleurs, s'abriter de la pluie et du vent, les mauvais jours. On s'y est embrassé et sans doute aimé.

Dominant la vallée et le clocher du village, toutes ces histoires sont gravées dans son coeur, enracinées dans sa mémoire.

Respecte mon grand âge, m'a-t-il murmuré, souviens-toi des fruits que je t'ai donnés chaque année. Je peux encore être utile, tu vois, des abeilles sont venues habiter mon vieux tronc.

Epargne-moi la hache du bûcheron, la mort va me saisir, on n'assassine pas un mourant qui fut ton bienfaiteur Dis-leur de ranger leurs canifs et de ne plus immortaliser leurs amours sur mon écorce. 

Et je lui ai promis qu'on laisserait vivre son vieux tronc.

Pierre Rabhi dans le "Recours à la Terre" a écrit :

"Sachez que la Création ne nous appartient pas, mais que nous sommes ses enfants. Gardez-vous de toute arrogance car les arbres et toutes les créatures sont également enfants de la Création. Vivez avec légèreté sans jamais outrager l'eau, le souffle ou la lumière. Et si vous prélevez de la vie pour votre vie, ayez de la gratitude. Lorsque vous immolez un animal, sachez que c'est la vie qui se donne à la vie et que rien ne soit dilapidé de ce don. Sachez établir la mesure de toute chose. Ne faites point de bruit inutile, ne tuez pas sans nécessité ou par divertissement.

Sachez que les arbres et le vent se délectent de la mélodie qu'ensemble ils enfantent, et l'oiseau, porté par le souffle, est un messager du ciel autant que de la terre. Soyez très éveillés lorsque le soleil illumine vos sentiers et lorsque la nuit vous rassemble, ayez confiance en elle, car si vous n'avez ni haine ni ennemi, elle vous conduira sans dommage, sur ses pirogues de silence, jusqu'aux rives de l'aurore.

Que le temps et l'âge ne vous accablent pas, car ils vous préparent à d'autres naissances, et dans vos jours amoindris, si votre vie fut juste, il naîtra de nouveaux songes heureux, pour ensemencer les siècles."

Rédigé par Yves de Saint Jean

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