AVEC ARDOUIN-DUMAZET -LES VAUX DE LOIR - EPISODE 2

Publié le 27 Mars 2018

 

Aquarelle et pastel Yves de Saint Jean

 

Imaginons…

Ardouin-Dumazet vient d'arriver à Château-du-Loir par le train de 10h07 venant de Ruillé.

Il prend l'omnibus du Grand Hôtel Grimault qui fait régulièrement la navette entre la gare et le centre ville. Elle le conduit par l'avenue Jean Jaurès à l'hôtel où il a réservé une chambre. Toute la journée il flâne, rencontre les autorités municipales, les commerçants. Il discute, questionne et découvre la ville et les alentours.
Le soir, à sa table dans la chaleur tranquille et feutrée de la salle du restaurant, devant un filet de bœuf jardinière arrosé d'un verre de Chenu rouge millésime 1900, il consulte ses notes et commence la rédaction d'un nouveau chapitre sur les Vaux de Loir...

 

 

Avenue Jean Jaurès départ de la gare

 

 

Château-du-Loir avril, il écrit :

 

«…. Le Loir frôle la colline de la Flotte(1), laissant à peine place au chemin de fer et à la route jusqu'au bourg de Poncé, peuplé de carriers, de vignerons, d'ouvriers de la vieille papeterie de Poncé dont la création remonte à 1760. L'ancien « moulin à papier »(2) du « sieur Savatier » est devenu une belle usine où quatre-vingts travailleurs sont logés dans l'établissement. On n'y produit aujourd'hui que des papiers à cigarettes et autres papiers minces de 10 à 20 grammes au mètre carré. A l'exposition de 1900, où le propriétaire obtenait une médaille d'or, une notice donnait comme production annuelle un poids de 225 000 à 250 000 kilos.

La vallée se peuple, les villages se pressent. L'un d'eux, Ruillé, possède de vastes bâtiments construits pour deux maisons d'éducation, l'une de filles, l'autre de jeunes gens. La campagne est très riche, beaucoup de jardins, des vignes, de coquettes maisons entourées de plantes et d'arbustes d'un caractère méridional, disent la douceur du climat. Sur la rive gauche de la vallée, une mignonne ville s'accroche contre une falaise dans laquelle beaucoup d'habitations sont creusées : La Chartre-sur-le-Loir, où aboutit le tramway (3) venu du Mans par Parigné-L'Evêque, le Grand-Lucé et les villages travailleurs du vallon de la Veuve.

 

La Chartre, qui fut jadis une position militaire couverte par un château fort, n'est plus qu'un centre de commerce rural, enrichi par la culture de la vigne produisant des vins réputés dans le pays et méritant mieux que cette gloire locale. D'ici à Château-du-Loir, les pentes du Loir et du Dinan sont revêtues de pampres. Le Loir est utilisé pour l'industrie, ses eaux donnent le mouvement aux 1000 broches de la filature de coton de Crouzilles (4), situé à 1500 mètres en aval de La Chartre et employant 130 ouvriers.

 

Sur la rive droite du Loir, les pentes qui regardent le débouché de la vallée de la Veuve donnent les meilleurs vins de la Sarthe. La commune de Lhomme possède le clos fameux de Jasnières ; ce cru a l'honneur de figurer parmi les vins fins dans l'Ampélographie de Guyot et le mérite par son bouquet parfait. Ce sont des vins blancs, mais il y a d'excellents vins rouges, notamment à Flée et à Chenu. A l'exposition de 1900, ces produits furent une sorte de révélation par une présentation d'ensemble : ils obtinrent dit le rapporteur, « de beaux succès » et méritent les éloges. On les reconnaissait droit de goût, avec une certaine vivacité et de la fraîcheur. Aussi eut-on à répartir 7 médailles d'or, 10 d'argent, 14 de bronze et 11 mentions honorables entre 44 exposants.

 

La Sarthe possède environ 5000 hectares de vignobles, pour la plupart dans la vallée du Loir. De chaque côté de la rivière, à Lhomme, à Marçon, à Chahaigne, à Vouvray, les plantations occupent tous les versants bien exposés, donnant un grand caractère de richesse. De même dans le vallon de la Desme au sud ; au nord, dans la riante vallée du Dinan qui prend naissance dans la grande concavité de la forêt de Bercé. Un des vignobles entourant le pittoresque manoir d'Ourne (5) a appartenu avec ce petit château au général Cavaignac, le chef du pouvoir exécutif en 1848, puis à son fils Godefroy Cavaignac, ministre de la guerre de la troisième République. Le général est mort dans ce château en 1857.

 

Du domaine d'Ourne dépend la vieille chapelle Sainte-Cécile (6), située sur un éperon projeté entre le Dinan et le Loir, au-dessus du charmant hameau de Port-Gauthier. Ce promontoire dressé à plus de 60 mètres au-dessus de la rivière, offre une des plus harmonieuses vues dont l'on puisse jouir. Il n'est pas de plus doux horizons, de formes de collines plus heureuses, de perspectives plus larges et tranquilles que celles offertes par ce belvédère. Je n'ai jamais mieux compris que sur cette colline, où me conduisit M. Godefroy Cavaignac, la tendresse des poètes de la pléiade pour ces pays de Touraine et d'Anjou. Ces deux provinces confinent ici au Maine et il semble que déjà on est dans leurs parties les plus séduisantes. On trouve à la fois la « douceur angevine » du vieux Joachim du Bellay et le charme enveloppant de ces coins de Touraine qui nous ont valu le vers de Tasse :

« Terra molle e dolce e dilettosa » !

 

La végétation est celle du midi. Les lauriers du poète, les lauriers-tin, les figuiers emplissent les jardins, s'accrochent au rocher creusé de maisons et de celliers. Dans ces campagnes vertes et fleuries est Château-du-Loir, dont le rôle commercial est plus grand que ne pourrait le faire supposer la faible population de la ville. De grosses maisons de commerce s'y sont établies et ont concentré le mouvement d'affaires de toute une vaste zone dans la Sarthe, Indre et Loire et Loir et Cher. La grande ligne de Paris à Bordeaux par l’État a déterminé une recrudescence d'activité. La ligne de Tours au Mans y rencontre la voie maîtresse et, par la force des choses, les lignes de Pont-de-Braye à Blois et Bessé à Saint-Calais, dépendent de la gare de Château-du-Loir, dont l'importance croît sans cesse. Ce mouvement amènera sans doute le changement de direction de la ligne de la Flèche, qui s'embranche à Aubigné sur la ligne de Tours, alors que Château-du-Loir est tout indiqué pour servir de point de départ. Dans ce cas, au moyen d'un tronçon de moins de un kilomètre, les trains partant de Château-du-Loir quitteraient la ligne de Tours au-delà de Vaas ; on aurait ainsi, de Paris, de Blois et d'Orléans une seconde ligne vers Angers."

 

 

Dans sa balade, Ardouin-Dumazet cite un certain nombre de lieux. J'ai pensé qu'il pouvait être intéressant d'apporter quelques lumières sur ces endroits qui existent toujours avec d'autres destinées sauf pour le tramway qui a totalement disparu. toutes suggestions et éventuels compléments d'informations seront les bienvenus.

 

 

 

 

(1) Le château de la Flotte

 

 

Construit à la Renaissance par René du Bellay, il fut fortement modifié au cours des siècles et notamment au XIXème. Il était, au Moyen Age, le siège d'une importante seigneurie qui comprenait les domaines de Sougé et Couture-sur-Loir. La famille du Bellay en fut propriétaire de 1400 à 1650. la petite fille de René Du Bellay, Marie de Hautefort maîtresse de Louis XIII et amie du poète Scarron, y fut exilée. Le château passera ensuite dans la famille Le Coigneux. Gabrielle Elisabeth le Coigneux, dame de la Rocheturpin et de La Flotte épousera le marquis de la Rochebousseau qui sera guillotiné en 1794. son fils héritera du domaine. C'est ainsi que l'on trouve sur une des tours les armes des du Bellay alors que l'autre porte l'aigle à deux têtes des Rochebousseau.

 

 

 

(2) La papeterie de Poncé

 

 

En 1892, Emmanuel Toublet, curé de Poncé de 1879 à 1902, écrit : «  Poncé a pris depuis les dernières années du XVIIIème siècle, un grand développement et une certaine importance industrielle grâce à la création par Elie Savatier en 1766, d'une fabrique de papier qui n'a cessé de s'accroître sous l'intelligente direction des descendants de son fondateur. Aujourd'hui (1892), le bourg (…) compte plus de 500 habitants et possède un bureau de poste et de télégraphe. La présence des ouvriers de la papeterie lui donne un air de vie et de mouvement, parfois même un caractère de gaieté et d'animation, trop rare maintenant dans les campagnes de la Sarthe. »

 

 

 

(3) Le tramway Le Mans La Chartre-sur-le-Loir

 

 

Une concession fut accordée par le département de la Sarthe pour la Compagnie des Tramways de la Sarthe. Un décret du 6 mars 1880 confiait à Mr Faliès, la concession de deux lignes Ballon/Sainte-Jammes et Le Mans/Le Grand-Lucé ; cette dernière fut prolongée en 1882 jusqu'à La Chartre-sur-le-Loir. Un courrier administratif révèle en 1919 que cette ligne Le Mans -La Chartre, aurait pu se prolonger jusqu'à Château-du-Loir via Marçon, si le conseil municipal de la Chartre n'avait proposé un autre projet de prolongation vers Tours via Beaumont-sur-Dême. La ligne en question ne fut jamais prolongée.

 

 

 

(4) La filature de Crouzilles

 

 

En 1885 est créée à Marçon la filature Chesneau-Marquet qui fonctionnera jusqu'au début du siècle. Cette usine dite de Crouzilles, constituée d'un barrage doté d'une roue à aube et d'une turbine, met en mouvement 2600 broches et produit 10 tonnes de coton par an. En conséquence, s'installe une activité de confection de toile (façon Château-du-Loir).

En 1935 elle est reprise par Louis Rustin qui décentralise sa fabrique de caoutchouc.

 

 

 

(5) Le château d'Ourne

 

 

Ourne est une des 182 métairies fondée par Aldric, évêque du Mans, vers 839. C'est lui qui fait construire près de la métairie, un château important avec des fossés, un mur d'enceinte, deux tours carrées. La seigneurie d'Ourne qui rend foi et hommage à son suzerain reçoit en retour les droits « d'usaige » sur la forêt de « Bersay » et des droits de passage et de pacage pour les porcs, les chevaux, les bœufs, les chèvres, les moutons qui paissent dans les belles vallées du Dinan et du Loir. Au début du XIVème siècle, Ourne sera la propriété des seigneurs de Bueil, capitaines courageux dont deux seront compagnons de Jeanne d'Arc.

Hubert de Vendômois héritera d'Ourne par son mariage avec une demoiselle de Bueil. En 1452, Robert de Montulais, gendre de Jean de Vendômois, est seigneur du fief d'Ourne dont les assises se tenaient parfois au presbytère de Sainte-Cécile.

Vincent Leblanc, grand audiencier de France, achète Ourne en 1720. En 1736, il le revend à un membre éminent de la noblesse du Maine, J.B. Lemaçon de Trèves, chevalier de l'ordre de Saint-Louis, colonel du régiment de cavalerie de Bourgogne, également propriétaire du Château de Vouvray. Pendant la Révolution, Ourne appartient successivement à M. Désigné, le 17 Messsidor de l'an II, à M. Vergniaud le 26 Frimaire de l'an III, négociant à Orléans, en 1806 il est à Pierre Voisin de Château-du-Loir. M. Edmond Voisin en devient propriétaire en 1835. Il agrandit le domaine, achète les fermes de la Haraudière, de la Richardière, des vignes, des bois. Il entreprend la construction d'une partie de la maison de maître.

Le général Cavaignac achète Ourne en 1855. Il fait bâtir les communs, un pont sur le ruisseau entre le château et la ferme, aménage le parc et trace des allées dans les bois. Il meurt en 1857. Sa veuve restaure le moulin. M. Godefroy Cavaignac, son fils, continue les aménagements du château. Ourne demeure la propriété de la famille Cavaignac.

 

 

 

(6) Sainte-Cécile

 

 

http://www.chapellesaintececile-flee.net

Sainte-Cécile est la patronne de la musique, des musiciens, des compositeurs, des luthiers ; des chanteurs et des poètes. Elle est fêtée le 22 novembre.

Cécile, fille d'un illustre praticien sicilien, était une jeune fille de la plus haute noblesse. Elle vivait au IIème siècle de notre ère. Elle possédait tous les dons de grâce, de beauté et d'innocence qu'une jeune fille pouvait avoir. Riche et cultivée, elle était fervente des arts et avait un talent tout particulier pour la musique. On raconte qu'elle possédait une très jolie voix dont elle se servait pour chanter les louanges du Seigneur et qu'un ange veillait sur elle. Très jeune elle voua sa vie à Dieu et fit vœu de virginité.

 

Depuis 2002, l'association « les amis de Sainte-Cécile », dont l'objet est de participer à la restauration et à l'animation culturelle de la chapelle Sainte-Cécile propose un programme de manifestations et de concerts à la belle saison. L'association est membre du réseau « Patrimoine vivant » du Conseil général de la Sarthe.

 

 

    Rédigé par Yves de Saint Jean

    Publié dans #patrimoine

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