LES VAUX DU LOIR - EPISODE 4

Publié le 9 Avril 2018

L'abbaye de la Clarté-Dieu aquarelle Yves de Saint Jean

 

Ardouin-Dumazet venant de Tours nous entraîne dans une visite qui commence par sa découverte de la vallée de l'Escotais, puis il nous parle du Pays de Racan,  de l'abbaye de la Clarté-Dieu, de Château-du-Loir qui prospère grâce au chemin de fer de Dissay-sous-Courcillon et son château, de  Coëmont et ses moulins, Vaas libéré par Dugesclin et les vins estimés de Chenu...

 

Nous sommes en juin, il passe la nuit à Pontvallain pour rédiger ses notes...

 

« Je remonte en Anjou par la ligne de Tours au Mans où les trains, assez fréquents, permettent les arrêts et la visite de curiosités de la route. Celles-ci d'ailleurs sont assez rares.

… Lorsqu'on a dépassé la ligne de faîte entre Loire et Loir et descendu dans le vallon de l'Escotais, le paysage devient plus riant. Le rocher se montre : voici un vieux château, plus loin un dolmen proche de la voie ; au flanc d'un coteau de la rive droite, une belle habitation de la Renaissance, le château de la Roche-Racan. C'était le siège du marquisat de Racan ; un des titulaires fut Honorat de Bueil, cet élève de Malherbe dont Richelieu fit un des quarante de l'Académie qu'il venait de fonder. Racan naquit à Aubigné, près de Château-du-Loir, mais c'est à la Roche-Racan qu'il se retira lorsqu'il eut quitté l'armée.

l'Escotais longe le parc du château et descend vers Saint-Paterne et Saint-Christophe, deux bourgs peuplés de tanneurs. Nous sommes ici dans le voisinage de Chateaurenault, au milieu d'une contrée où les écorces abondent ; l'industrie des cuirs s'exerce dans la plupart des centres. Saint-Paterne garde dans son église un beau groupe de terre cuite, l'adoration des mages, provenant de l'abbaye de la Clarté-Dieu dont les ruines gisent, à peu de distance, dans un vallon solitaire. Saint-Christophe est encore dominé par les ruines d'un château couvrant le sommet du rocher sur lequel le village est bâti.

L'Escotais arrose des prairies par une étroite et fraîche vallée et va recevoir les eaux du Long à Dissay-sous-Courcillon. Le promontoire entre les deux « riviérettes » est percé de carrières et couronné par les ruines du château de Courcillon. Ce manoir a vu naître Philippe de Dangeau, marquis de Courcillon, auteur des curieux « Mémoires sur la cour de Louis XIV », auquel Boileau a dédié une de ses épîtres.

Dissay est à l'entrée d'une large plaine verte, luxuriante, encadrée de collines produisant d'excellents vins. Nous sommes dans les vaux du Loir du département de la Sarthe ; la gare animée à laquelle on parvient après avoir traversé le Loir, profond et calme, est celle de Château-du-Loir.

Sauf Le Mans, aucune ville sarthoise ne s'est autant accrue que Château-du-Loir. Sa population s'est augmentée de 1500 âmes depuis qu'elle est devenue une jonction de voies ferrées. La route jadis solitaire et longue de plus d'un kilomètre, qui la relie à la gare, est transformée en boulevard bordé de maisons. La cité est coquette, d'aspect très prospère par ses boutiques nombreuses et élégantes. La rue principale, formée par la route de Tours au Mans, donne l'illusion d'une grande ville. Mais les monuments sont rares. Du passé il reste la curieuse église Saint-Guingalois, qui dépendit d'un prieuré dont Ronsard eut le bénéfice, et un ancien hôtel noble, devenu magasin, possédant un superbe escalier Renaissance. L'Hôtel de ville moderne, est un joli édifice. Dans les vieilles rues montueuses, quelques logis gardent l'allure des anciennes demeures bourgeoises.

Malgré son nom, Château-du-Loir est loin de la rivière sur laquelle elle possède le hameau de Coëmont, où le Loir commence à être navigable ; une fabrique d'ouate utilise la force motrice du premier barrage. La ville a cependant son cours d'eau, l'Ire, descendu de la forêt de Bercé et souillé par les déjections d'une tannerie et des égouts. Il atteint la rivière maîtresse près de la gare.

 

Le Loir, désormais large et profond cours d'eau, grâce aux barrages, descend par une vallée plus ample, moins pittoresque que dans la partie parcourue de Vendôme à Château-du-Loir, mais fort belle encore et parfois, d'une réelle majesté. Bien que cette partie de son cours, jusqu'à la Flèche, soit toujours considérée comme appartenant aux vaux du Loir, c'est un pays nouveau par l'aspect.

 

La rivière qui avait abandonné les collines au pont de Coëmont, vient de nouveau les frôler près du joli village de Montabon, signalé de loin par sa flèche grêle émergeant des arbres au sommet des pentes rocheuses. Le coteau est percé de carrières fort vastes, d'où l'on tire la belle pierre blanche, le tuffeau, à laquelle tous les centres de la contrée doivent leur coquetterie ; elle se taille facilement et les ouvriers sont habitués, par atavisme, à en tirer d'heureux effets de moulure et de sculpture.

 

Les collines où s'ouvrent les carrières sont couvertes de vignes alternant avec les pommiers ; elles vont mourir en pentes douces au-dessus du bourg de Vaas largement étalé dans les prairies, au bord d'un coude du Loir. Le lieu doit son origine à une abbaye autour de laquelle se forma une petite ville défendue par un château et des remparts. Duguesclin, dans sa belle campagne du Maine, l'enleva aux anglais. Il reste quelques débris de murailles qui subirent les assauts du Connétable. Quant à l'abbaye, qui appartint aux Prémontrés, elle est devenue une belle demeure ; l'église, maintenant paroissiale, œuvre du XIIIème siècle, possède un clocher d'un grand effet décoratif.

 

Le Loir est utilisé par une fabrique d'ouate, à laquelle il donne la force motrice. Au-dessus de l'usine, un pont conduit à Chenu, village dont les vins rouges sont estimés, et à La Bruère qui conserve précieusement les vitraux de son église (XVIème siècle), auxquels leur perfection a valu d'être classés par les monuments historiques.

A suivre...

 

Dans le prochain article (épisode 5) nous irons vers le Lude et M. Ardouin-Dumazet nous parlera de la célèbre foire du Raillon.

 

 

Les images cartes postales qui suivent correspondent sensiblement, je le pense, au passage de M. Ardouin-Dumazet dans les Vaux du Loir au début des années 1900.

 

 

Château de la Roche Racan
Le château de Courcillon
Avenue à la sortie de la gare de château-du-Loir qui mène au centre ville
Eglise saint Guingalois à Château-du-Loir
Moulin fabrique de ouate à Coëmont
Les caves à Montabon
Manufacture de ouate à Vaas sur le Loir

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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