LES VAUX DU LOIR - EPISODE 5

Publié le 15 Avril 2018

Aquarelle Yves de Saint Jean.

 

Ardouin-Dumazet, installé à l'hôtel du laboureur à Pontvallain continue de rédiger et mettre au propre ses notes. Son style est toujours aussi imagé. Comme dans les propos de ses premiers articles on sent qu'il aime et apprécie la vallée du Loir, ses paysages et les gens. On découvre le Lude et la foire du Raillon qui devait avoir une autre allure qu'aujourd'hui malgré les efforts de celles et ceux qui tentent de perpétuer la tradition de cette foire séculaire. On y déguste du vin de Mayet. Il évoque la papeterie de la Courbe aujourd'hui disparue. De ce type d'industrie, il ne reste plus que celle de  Varennes à Aubigné-Racan. Mais, laissons la parole à Ardouin-Dumazet. 

 

 

Pontvallain et l'Hôtel du laboureur sur la route du Lude où j'ai imaginé la halte d'Ardouin-Dumazet

 

Pontvallain - Juin

 

« … La vallée est ici large plaine que traverse le chemin de fer de La Flèche, détaché à Aubigné de la ligne du Mans à Tours. Le Loir erre avec lenteur dans les prairies, va frôler au sud les collines boisées, se tord de nouveau entre les pelouses, longe un instant les hauteurs de la rive droite. Des ruisseaux lui viennent de vallons, le gonflent et lui donnent bientôt un caractère de grandeur. C'est un large flot qui vient border les quais de la petite ville du Lude.

Celle-ci est, aujourd'hui, d'un calme profond, bien saisissant pour qui l'a vue en d'autres jours, pendant ces foires qui attirent les populations du Maine, de l'Anjou, de la Touraine et du Blésois. Les belles avenues plantées d'arbres, les rues étroites, bordées de maisons de pierre sculptée, semblent dormir. Au pied de la ville, le Loir, presque immobile, développe harmonieusement de grands méandres et baigne les murs des terrasses qui supportent les parterres du parc du Lude.

Ce parc est le plus beau de l'Ouest. Même Bonnétable, malgré sa forêt, ses pelouses, ses pièces d'eau, ses chasses seigneuriales, ne saurait être comparé au domaine enchâssé au milieu de cette vallée du Loir, dont les lignes sont d'une grâce et d'une élégance si françaises.

 

Le Loir tranquille au pied du château du Lude

 

Le château serait une lourde masse féodale sans la Renaissance, venue pour greffer sur les tours des ornements qui ont ôté à l'édifice ses allures de forteresse.Des fenêtres à hauts meneaux ont été percées dans les murailles et surmontées de bustes de rois. Les douves font place à des jardins gazonnés aboutissant à la terrasse, d'une magnificence royale, au pied de laquelle coule la rivière. Des statues et de grands vases ornent les pelouses. Les jours de foire au Lude, le parc est envahi par la foule. Lors du « Raillon » surtout, une des curiosités de cette grande journée est la visite du domaine.

Le « Raillon » est le nom de la principale foire du Lude. C'est, toutes proportions gardées, la foire de Beaucaire de l'Ouest ; le marché le plus considérable de toute cette partie de la France pour le commerce des cuirs. Au milieu du champ de foire, entre les troupeaux, les baraques de saltimbanques, les cirques et les carrousels, on a réservé une étroite pelouse sur laquelle les commissionnaires en cuir du Havre, de Bordeaux, de Saint-Nazaire, les tanneurs de Châteaurenault, de Saint-Paterne, de Tours, de Rennes, du Mans, de Normandie, de Bretagne font leurs marchés. Des millions d'affaires se traitent sur ces quelques mètres carrés d'herbe jaunie.

 

C'est que le Raillon primitif, tirant son nom d'un petit village voisin où il se tenait, était uniquement une foire aux cuirs. Malgré les chemins de fer, le télégraphe et les bourses de commerce, tanneurs et vendeurs ont continué de se rendre au Lude comme ils se rendent à Guibray.

La redingote des grands industriels réunis au Raillon produit un effet singulier au milieu des blouses de la foule, des élégants bonnets de paysannes, aux ailes empesées sur les côtés et coquettement aplaties en bandeau sur le front. On fait un vide respectueux autour de ces notables. La fortune de tout un vaste pays se prépare dans ce petit cercle, au milieu des forains.

Le Raillon s'est naturellement accru. La présence des bouchers, qui viennent vendre les peaux vertes, a amené les marchands de bétail et les paysans voisins. De toutes les routes débouchent des chars à bancs chargés de porcs, de moutons et de veaux. Les marchés se font à grands cris et à grands gestes ; les poignées de mains qui les scellent sont suivies d'une visite au cabaret, où l'on boit du vin de Mayet, mêlé de limonade.

 

Papeterie de la Courbe aujourdhui disparue, sortie du personnel

 

Le Lude doit toute son importance commerciale à ces foires ; l'industrie est faible, représentée surtout par les tanneries et, dans les environs une papeterie. Quand la féculerie apparut dans la Sarthe, deux usines se créèrent au Lude ; elles ont disparu lorsque les facilités d'expédition des pommes de terre eurent fait élever le prix de ces tubercules que les cultivateurs ont plus d'avantages à exporter. La région, d'ailleurs, est médiocrement active, on peut en juger par le mouvement de la navigation sur le Loir : il n'atteint pas 7000 tonnes pour l'ensemble du département. La rivière, il est vrai, est aménagée d'une façon rudimentaire ; il n'y a pas d'écluses aux barrages, mais simplement des portes « marinières », partout où le courant est rapide. Le Loir, s'il avait été doté d'écluses et rendu navigable jusqu'en Beauce, aurait pu jouer un rôle considérable dans l'économie générale du pays, car il offrirait, prolongé vers Paris par un canal, la voie la plus facile et la plus courte de Nantes et d'Angers à la Seine...

 

A suivre :  nous irons vers La Flèche.

 

 

Boulevard Fisson dans les années 1900
Navigation sur le Loir entre Aubigné-Racan et le Lude
Place du Champ de foire le Lude
Le château du Lude aujourdhui

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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