LES VAUX DU LOIR - EPISODE 6

Publié le 21 Avril 2018

Le Loir à la Flèche

 

Vous avez été nombreux à me remercier pour cette découverte des "Vaux du Loir" du début du XXème siècle à travers un auteur que beaucoup de personnes ne connaissaient pas. J'en suis très heureux et ces remerciements me vont droit au coeur.

Alors continuons cette balade avec Ardouin--Dumazet qui nous emmène à la Flèche, son prytanée militaire, ses industries papetières et de galoches aujourd'hui disparues. Il nous parle également de cette poule de la Flèche à la chair fondante et très recherchée que des éleveurs veulent remettre au goût du jour.

 

Amitiés et bonne lecture !

 

Yves.

 

« Ainsi privée d'activité industrielle, la vallée du Loir entre le Lude et la Flèche, demeure surtout un pays de parcs et de châteaux. Chaque colline montre quelque beau domaine sur ses pentes. La noblesse angevine a une prédilection pour cette large vallée aux riants horizons.

 

La Flèche elle-même, la ville principale de tout ce pays, est restée une toute petite cité mi-bourgeoise, mi-aristocratique, à laquelle une colonie d'anciens officiers donne un caractère particulier. La belle promenade, plantée de grands arbres, qui bordent le Loir, évoque le souvenir des petites villes lorraines dont parlent Erckmann-Chatrian, avec leur mail ombreux, où les militaires retraités devisent des anciennes guerres.Autour du Prytanée, toutefois, il y a, à certains moments, une invasion subite. C'est l'heure où les professeurs arrivent ou s'en vont, puis le quartier retombe dans sa somnolence.

 

 

Le prytanée est le collège ouvert surtout aux fils d'officiers et dont l'origine remonte à une donation faite aux jésuites, en 1603, par Henri IV ; Le collège devait recevoir un certain nombre de gentilshommes pauvres, élevés aux frais du Roi, à la condition de choisir comme carrière l'armée ou l'église. Les élèves qui faisaient choix de l'état militaire sortaient de l'établissement avec le titre d'officiers. Jusqu'en 1762, les jésuites restèrent directeurs et donnèrent à l'instruction une élévation remarquable. Parmi leurs élèves furent Descartes, les maréchaux de Guébriant et de Berwick, le prince Eugène et nombre de personnages illustres dans l'armée, le clergé et la magistrature. L'époque la plus brillante fut de 1607 à 1722.

 

Après la disparition des jésuites, le collège passa sous la direction des prêtres séculiers ; il constituait une école préparatoire à l'école militaire de Paris. 250 jeunes gentilshommes y étaient élevés aux frais du souverain. Parmi ces élèves furent La Tour d'Auvergne, Dupetit-Thouars, Borda, le maréchal Clarke etc.

 

La Révolution supprima le collège, mais, en 1808, Napoléon le rétablit en installant à la Flèche le Prytanée, d'abord organisé à Saint-Cyr. Tout en subissant les fluctuations des changements de régime, il est demeuré un établissement spécial pour les fils d'officiers. Si beaucoup d'élèves ne sont pas entrés dans l'armée, plus de la moitié - environ 3000 sur 5500 - sont devenus officiers. Et parmi eux beaucoup de généraux dont quelques-uns célèbres. Ainsi Pélissier, Bedeau, Bourbaki, d'Aurelle de Paladines, Renault « l'arrière garde ».

 

Le Prytanée mérite une visite. Sa bibliothèque, dont le fond provient du collège primitif des Pères, est fort riche en incunables et en éditions précieuses. La chapelle, une des plus curieuses que les jésuites nous aient laissée, a le triomphe du mauvais goût. On a dépensé un talent prodigieux pour obtenir un édifice du plus détestable aspect. Le maître-autel somptueux, aux colonnes de marbre rouge, la chaire, les caissons des voûtes, sont sculptés avec un art infini. Mais l'ensemble est lourd, froid et factice.

 

Moulin de la Providence la Flèche

La Flèche n'est pas seulement une cité élégante, c'est aussi un centre industriel assez vivant. Depuis 1840, les eaux du Loir sont utilisées par les papeteries installées sur les barrages aux environs de la ville ; celle-ci possède des ateliers pour la transformation et le façonnage des papiers produits au Lude. Ces papiers fabriqués uniquement avec des chiffons, sont employés pour les registres et autres usages commerciaux. Le façonnage occupe de très nombreux ouvriers. Les usines de Mme Gaudineau-Tonnelier sont très connus dans les milieux manufacturiers par leurs œuvres sociales : participation aux bénéfices, logements avec jardins, écoles près des cités ouvrières etc..

 

La fabrication des galoches est également fort active. Le premier établissement a été créé en 1850 ; depuis lors, deux autres ont été fondés. Ils constituent avec les ateliers du Mans et d'autres à Fresnay-sur-Sarthe, le Lude et Bonnétable, un groupe de travail intéressant, dont la production peut être évaluée – pour le département – à 3000 paires par jour. Par contre, la féculerie est en décroissance, bien que trois fabriques subsistent sur le territoire de la Flèche où l'on en compta cinq.

 

Aquarelle Yves de Saint Jean

 

Si le nom a été donné à la belle race de volailles qui produit les poulardes du Mans, la Flèche n'a pas un commerce comparable à celui du chef-lieu, mais est le centre de l'élevage ; un établissement d'aviculture livre des sujets de choix aux amateurs . Quant à la fourniture commerciale des poulardes, elle est moins le fait de la ville que de sa banlieue.

La contrée où s'exerce principalement cette industrie est comprise entre la Flèche et Malicorne, sur le chemin de fer de la Suze. Les centres les plus réputés sont Verron, Villaines et Malicorne, stations de cette ligne, Boussé à l'est, Arthezé et le Bailleul à l'ouest.

 

J'ai dit à propos du Mans quelle était l'importance des transactions en volailles grasses ; proportionnellement plus grande est la valeur des reproducteurs recherchés par les éleveurs, notamment anglais et américains. Un coq se vend en moyenne 15 francs et la poule 10 francs, mais bien des lots d'un coq et trois poules trouvent preneurs à 100 francs.

Ces belles bêtes d'un plumage noir, brillant, aux reflets verts violacés, aux barbillons d'un rouge vif, sont une des gloires de l'aviculture française ; peut-être n'est-il pas de race supérieure en beauté. Aucune ne donne aussi rapidement des pièces grasses si volumineuses.

 

Pour l'épisode 7 Ardouin-Dumazet nous entraînera vers la confluence avec la Sarthe et la Mayenne qui forment la Maine.

 

Le moulin Poil de Rieux la Flèche

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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