LES VAUX DU LOIR - EPISODE 7

Publié le 25 Avril 2018

Le château de Bazouges


Ardouin-Dumazet continue avec le même plaisir sa lente descente du Loir vers la confluence avec la Sarthe, ces deux rivières formeront avec la Mayenne la Maine, pays de la douceur angevine. Il est resté à Pontvallain où il met fin à ses notes sur sa vision de l'aristocratie au bord du Loir, Du Gesclin à Pontvallain et Vaas, la Terreur...

  

 

" De la Flèche à Angers, on suit le Loir jusqu'à son confluent avec la Sarthe, puis celle-ci jusqu'à sa jonction avec la Mayenne. Vallée aux horizons amples et doux, où rien ne saisit l'attention, mais qui laisse cependant un souvenir heureux. Il y a dans les lignes molles des collines, dans l'aspect des logis, dans la transparence atténuée de l'atmosphère, une grâce dont on est imprégné. Et l'on s'étonne d'être séduit par des paysages qui, sous un autre ciel, retiendraient à peine le regard. Cela est la douceur angevine du bon Joachim du Bellay.

Aux environs immédiats de la Flèche, le Loir se déploie en grands méandres dans une campagne bien cultivée. Les collines dont parfois la rivière se rapproche, sont tapissées de vignes qui produisent le petit vin assez potable de Gresset. A l'extrémité d'un des méandres, Bazouges possède le vignoble le plus réputé. Dans le Loir se mire un château du seizième siècle, presque entièrement revêtu de lierre, sauf les grosses tours à mâchicoulis. Cet édifice et le clocher de style ogival primitif font de Bazouges un des beaux décors de la vallée.

 

 

Les jardins au bord du Loir à Bazouges en arrière plan le château
Le château et le Loir à Durtal

 

 

Plus imposant encore est le style de Durtal La petite ville, assise sur les deux rives du Loir, est aimable, mais ne retiendrait guère le visiteur si elle ne possédait le majestueux château qu'habitèrent les Shomberg, ces allemands qui servirent glorieusement la France et dont deux reçurent le bâton de maréchal. Le premier maréchal de Shomberg fut comte de Durtal. Leur palais – car l'édifice mérite ce nom par sa majesté et son ampleur – a subi bien des mutilations, mais il reste superbe sur la haute berge verdoyante d'où ses puissantes tours dominent la ville. Celle-ci, toute menue, possède deux églises, l'une, ancienne, remontant à l'époque romane, l'autre ne conservant de ces mêmes temps qu'un remarquable clocher. Durtal n'a guère d'industries, mais l'importante papeterie de Gouis (1) est sur son territoire. Cette usine, située en amont, a fait naître une gare spéciale pour les marchandises.

 

Les campagnes sont très couvertes de bois et de haies. Au sud de Durtal, les bois occupent plus d'espace que les cultures, même en dehors de la forêt de Chambiers qui s'étend fort loin sur la rive gauche du Loir. Les champs sont encadrés de chênes étêtés ; sur la rive droite, bien exposée au soleil, beaucoup de vignes.

 

Le Loir décrit une de ses plus grandes boucles au pied de la colline qui porte Baracé. La presqu'île entourée par la belle rivière renferme une forêt qui dépendait du château du Verger, demeure illustre par ses possesseurs et les hôtes qu'elle reçut. Ce château appartient aux Du Guesclin et aux Rohan. Henri IV y vint avec Gabrielle d'Estrée et reçut l'hospitalité de Pierre de Rohan ; le béarnais y accueillit la soumission du duc de Mercœur ; là fut décidé le mariage de la fille de Mercœur avec le fils naturel du Roi, César de Vendôme. Le parc dans lequel cet événement eut lieu est conservé, des murailles l'enclosent en entier.

 

 

Le château du Verger

 

En aval du Verger, la fin du grand contour du Loir est marqué par un coteau qui recouvre le hameau de Mateflon ; à l'écart se dresse une chapelle gothique, haute et blanche. La ride de Mateflon (2) va finir au bord d'un vallon dont le bourg de Seiches couvre les pentes. Un pont franchit le Loir et marque la limite de la zone inondable ou refluent, pendant l'hiver, les eaux de l'immense lac temporaire formé par le confluent des trois grandes rivières dont se forme la Maine. Très souvent, en avril encore, la plaine, fort élargie, n'est qu'une nappe traversée par des chaussées et d'où émergent des peupliers et des saules. Pendant l'été, c'est un tapis sans fin de prairies animées par le bétail.

 

 

Le Loir et la Chapelle de Matheflon

 

Les terres hautes à labri des eaux hivernales constituent un admirable verger. Corzé et Villevêque sont entourés de cerisiers, Pellouailles et le Plessis-Grammoire entremêlent de belles vignes à ces plantations fruitières. Jusqu'aux abords d'Angers s'accentue ce caractère de richesse. Vergers, jardins vont butter vers Saint-Barthélémy, aux gigantesques talus de déblais des ardoisières de Trélazé."

 

A suivre...

 

 

(1) Les papeteries de Gouis sont fondées en 1820 par François Lentaigne à la place de l’ancien prieuré, puis modernisées par Louis-Auguste Bilbille-Fayard en 1837 et 1838, les papeteries rythment la vie de Gouis. Avec plus de 300 employés elles rythment la vie du village. La quasi-totalité des habitants du bourg y est employée. Situées sur la rive droite du Loir, les usines bénéficient d’un approvisionnement par voie d’eau et fonctionnaient grâce à la force hydraulique. En mai 1935, elles sont victimes d’un incendie ravageur. Malgré la modernisation, elles cessent leurs activités en 1972.

 

Les papeteries de Gouis au bord du Loir

 

(2) La chapelle de Matheflon n'était, au départ en 1096, qu'un simple donjon en bois qui dominait le Loir sur lequel se trouve aujourd'hui le village de Matheflon. Le donjon fut remplacé plus tard par une tour carrée en pierre. Une enceinte suivait la déclivité du sol et en contrebas se trouvait la basse cour et le logis des serviteurs. A partir de 1406 elle aurait été érigée en cure. Les sacrements y étaient administrés. Les registres de baptême de 1692 à 1731 portent la rubrique « paroisse de Seiches et de Matheflon. »

En 1752 la chapelle toute délabrée fut interdite. La cloche fut transférée à l'église Saint-Aubin et les ornements du culte à l'hôpital de Durtal. En 1770 un  meunier du nom de Colombel, l'a remplacée par un moulin à vent, puis elle est redevenue chapelle en 1870 grâce au curé Baudouin, qui repose sous la pierre tombale depuis le 6 juin 1885.

 

 

Le moulin de Corzé
Villevêque qui fut un grand port au bord du Loir
Briollay à la confluence du Loir et de la Sarthe

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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