LES VAUX DU LOIR - EPISODE 10

Publié le 28 Mai 2018

Aquarelle Yves de Saint Jean - brumes sur le Loir

 

Un peu d'histoire

 

Ardouin-Dumazet a été soldat avant d'être journaliste et écrivain. Franc-tireur en 1870, il a combattu à Dijon, à Nuits, à Vesoul ; il s'est engagé en 1872 dans un régiment de ligne, passa de là aux tirailleurs algériens. Il a formé une société de géographie à Tlemcen et a été élu membre de la Société de géographie de Bordeaux. Il était alors caporal. Aussi s'est-il intéressé à quelques événements militaires historiques de notre région.

En Juin il revient de la Flèche et s'est installé dans un petit hôtel à Pontvallain. Il écrit :

« La ville (La Flèche) a élevé une statue à Henri IV, fondateur du collège ; l’œuvre est médiocre, une erreur d’Etex.

 

La bataille de Pontvallain

 

Mais on n'a rien fait encore pour la mémoire de du Guesclin. A quelques lieues d'ici, le héros breton défit les anglais. Les landes où la sanglante bataille eut lieu ne sont pas encore entièrement défrichées. Dans ce pays, qui s'étend vers Mayet et Pontvallain, région de vignes, de pinèdes, de bruyères et de prairies mêlant harmonieusement leurs teintes, du Guesclin, accompagné par Olivier de Clisson, fit marcher ses troupes toute la nuit pour atteindre les anglais au point du jour. Puis la bataille finie, avant d'aller à Vaas chasser l'ennemi de la place, il s'arrêta afin d'élever des abris pour les blessés, sous un ormeau, près de Coulongé. Non loin, il fit inhumer ses morts et planter une croix appelée Croix-Brette – La croix des bretons. Cette croix fut pieusement renouvelée par les habitants. En 1828, on eut l'idée de supprimer ce monument pour le remplacer par un obélisque ( l'idée aurait été celle d'un châtelain voisin des lieux, M. Dubignon d'Angers).

 

 

Une inscription que les événements ont rendue douloureuse, puisque l'ennemi est passé par là en 1871, rappelle la bataille :

« -Ici, Après le combat de Pontvallain en novembre 1370, Bertrand Du Guesclin, de glorieuse mémoire fit reposer ses fidèles bretons – un ormeau voisin sous lequel on éleva une cabane pour les blessés, une croix plantée sur les morts ont donné à ce lieu le nom d'ormeau de la Croix-Brette – Français ! Que les dissensions intestines, que les invasions étrangères ne souillent plus désormais le sol de notre belle France - »

 

Cette réprobation des dissensions intestines était une sorte d'expiation. La chouannerie eut dans ce pays en partie angevin un caractère particulièrement odieux. Tous les bourgs, toutes les villes étaient dévouées à la Révolution. Le doux climat du Loir, en permettant de cultiver la vigne, donnait à la contrée une aisance inconnue aux régions à demi sauvages du Maine ; aussi les chouans se ruaient-ils sur ces bourgades sans défense. Il n'est pas une commune qui n'ait des souvenirs sanglants.

 

La Terreur blanche ne fut pas moins atroce. En 1816, des paysans répandirent le bruit que l'Empereur allait revenir. On en arrêta vingt-cinq sur de basses dénonciations : une cours prévôtale fut réunie au Lude, elle fit exécuter quatre de ces pauvres diables et envoya le reste au bagne ou en prison. Le souvenir de cette répression est resté vivant dans le pays et a inspiré une rancune tenace. Aussi Mayet, Pontvallain, le Lude, toute la vallée du Loir, sont ils profondément républicains. Tandis que les circonscriptions du nord restaient favorables aux idées monarchiques, cette région de vignes donnait, durant plusieurs années, au conseil général de la Sarthe presque tous ses représentants libéraux et élisait les deux seuls députés républicains. Fait d'autant plus digne de remarque que le parti royaliste avait dans la contrée ses membres les plus éminents. De grands noms de l'armorial figurent parmi les propriétaires des nombreux châteaux dont on voit les tours couronner les collines. Les descendants de Chamillart, notamment, portent pour titres le nom de quelques petites villes du pays ; ils ont de somptueuses demeures, héritages du ministre de Louis XIV, créé marquis de la Suze ( après recherches, il s'agit de Louis-Michel de Chamillart - 1709-1774 – Marquis de la Suze, grand maréchal des logis de la Maison du roi, colonel des dragons -1731- lieutenant général des armées du roi -1746-). Princes, ducs, marquis, sont nombreux ; la plus grande partie du sol leur appartient. Malgré ce voisinage, la population reste fidèle aux idées de 1789. Quelle différence avec les régions au nord du Mans, où le châtelain est encore « Not'mait' ! »


 

La bataille de Pontvallain par Jean Froissart


 

En 1836 J.R. Pesche Jeune a publié aux imprimeries Saurin Frères un texte très intéressant et fort détaillé qui relate les conditions de la bataille de Pontvallain ainsi que le siège et la prise du château de Vaas pendant la guerre de 100 ans par les troupes de du Guesclin.

 

 

« …Le soir même, par une pluie battante, il franchit à marche forcée les quarante-huit kilomètres qui le séparent de l’ennemi : l’armée française se dirige vers le sud, traverse la Sarthe au-dessous de Parcé, s’avance vers le sud-ouest, passe entre La Fontaine-Saint-Martin et Courcelles et arrive le lendemain matin dans la plaine du Rigalet, près du bourg de Pontvallain... »


 

J.R Pesche

Julien-Rémy Pesche Jeune fut libraire, pharmacien, journaliste, homme de lettres et magistrat.

Il est né au lieu-dit La Matrassière, commune de Préval, près de Souvigné-sur-Même (Sarthe). Il était le fils de Michel Pesche, boutiquier, maire de Préval et juge de paix du canton de La Ferté-Bernard. À 13 ans, tambour des réquisitionnaires de la Ferté-Bernard, il participe au combat du Mans contre les Vendéens (10 déc. 1793). Placé ensuite chez un apothicaire de La Ferté, il poursuit ses études de pharmacie à Paris (1797-1798), il collabore au périodique jacobin "L'Indépendant", puis il s'engage dans l'armée. Démobilisé en 1800, il achève ses études et il est reçu pharmacien le 30 septembre 1805. Il ouvre une officine à La Ferté-Bernard puis il lance au Mans en janvier 1819 le journal "L'Argus de l'Ouest", interdit peu après. Il monte à Paris où il exerce la librairie dès octobre 1819, avant d'être breveté libraire le 21 juin 1820. Il cesse son activité de libraire peu après 1821 (Suzanne-Antoinette Castille veuve Doyen semble lui avoir succédé informellement dès avant novembre 1824, avant d'être brevetée libraire le 2 octobre 1828). Il rouvre une pharmacie à Montmorency (1823) puis à La Flèche (1824) et à La Suze-sur-Sarthe (1828). Établi en 1829 au Mans où il s'occupe de journalisme et de franc-maçonnerie, il publie le périodique "L'Album cénoman" du 31 mai au 29 novembre 1829. Juge de paix à Landivy (Mayenne) en 1830 , enfin juge de paix dans le Doubs, au Russey (1844) et à Morteau (1845). Il décède en octobre 1847 à Morteau. Il fut membre de 23 sociétés savantes, correspondant du ministre de l'instruction publique pour l'histoire de France et chef de division à la préfecture de la Sarthe (1835) ainsi qu'auteur de nombreux ouvrages, et notamment du "Dictionnaire topographique, historique et statistique de la Sarthe" (1829)

 

 

Au Temps d'Ardouin-Dumazet

 

Pontvallain - le Café du Nord ou Ardouin-Dumazet s'est sans doute arrêté
Mayet l'Hôtel de ville
Vaas la grande rue
Coulongé - la rue principale

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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