LES VAUX DU LOIR - EPISODE 9

Publié le 16 Mai 2018

Bord du Loir - aquarelle Yves de Saint Jean

 

 

Voici ce qu'écrivait un éminent écrivain, le professeur Sabatier, dans le journal de Genève : 

" M. Ardouin-Dumazet est de la race des voyageurs ; il en a le génie, la méthode et le flair, et c'est la seconde raison des découvertes qu'il fait. D'abord il ne voyage pas en chemin de fer ; il va à pied. entre la grande route et le chemin de traverse, il n'hésite jamais ; il prend le sentier infréquenté,  grimpe sur toutes les hauteurs dominantes, interroge avec intelligence tous les hommes qui peuvent l'instruire, s'étonne de tout et veut tout voir et tout s'expliquer. A ces qualités qui font le voyageur, ajoutez une chaude et profonde sympathie pour la vie rurale, une aptitude extraordinaire à pénétrer le secret d'une industrie, le genre d'existence d'une classe de travailleurs, comme à sentir et à interpréter l'âme d'un paysage."

 

 

Ardouin-Dumazet s'est arrêté à Troô pour rédiger son reportage sur le Vendômois. Contrairement à ce qu'a écrit cet éminent professeur, je pense que Ardouin-Dumazet a beaucoup utilisé le chemin de fer mais il est vraisemblable que pendant les étapes, il devait avoir un certain nombre de contacts qui lui permettait d'être transporté et véhiculé soit en voiture, il y en avait quelques unes, soit dans des carioles à cheval.

 

 

En Vendômois

 

 

«... Aux chemins de fer à voie normale se soudent d'année en année des lignes à voie étroite qui rendent plus facile la visite du pays. L'une d'elles, que je viens de suivre, relie Mondoubleau à Vendôme en traversant une partie assez nue de la Beauce vendômoise, qui rend plus belle encore, par comparaison, la vallée du Loir. Mais de Courtalain à Mondoubleau la région est plus accidentée, les haies qui séparent les champs enlèvent à la Beauce sa monotonie, cela tient encore du Perche-Gouët par la physionomie, mais les constructions rappellent la Beauce. Ainsi le joli bourg de Droué a des maisons aux encadrements de brique. Ce petit centre occupe une situation riante sur le bord de l'Egronne ou Droué, dont le vallon tranquille et profond finit vers le Loir à Cloyes.

 

 

La gare de Droué vers 1910 comme a dû la connaître Ardouin-Dumazet

 

Droué possède des relations directes avec Vendôme, une ligne à voie étroite prolonge l'embranchement de la Ville-aux-Clercs en passant à la lisière de la grande forêt de Fréteval et en traversant un plateau ondulé, couvert de fermes entourées de haies, de chênes étêtés d'un aspect fantastique avec leur lourde cime bourgeonnée, leurs loupes et leurs verrues qui eussent ravi les dessinateurs de l'époque romantique.

De Droué à Boursay route et chemin de fer de Bordeaux courent entre ces champs encadrés, mais le paysage change bientôt, la vallée naissante de la Grenne offre un couloir où la descente est rapide ; les trains courent avec une extrême vitesse entre les pentes herbeuses que pacagent des chevaux. Un moment se montre Choué dominé par le lourd dôme de son église et, presque aussitôt, apparaît Mondoubleau, gentiment allongé sur une colline haute et raide, tapissée de jardins descendant au bord de la Grenne.

 

Modeste ville, Mondoubleau, mais prospère et active par l'industrie et le commerce, pittoresque par sa situation, ses débris de remparts, les restes de son château dont le donjon, à demi écroulé dans le sens de la hauteur, est bizarrement penché, sans doute par l'effet de la mine qui dut être employée pour détruire cette forteresse puissante, œuvre du dixième siècle. Du côté opposé à ces ruines, un beau mail couvre l'arête de la colline.

 

 

Mondoubleau

 

 

Mondoubleau est un des principaux entres pour l'élevage du cheval percheron, ses foires attirent beaucoup de poulains et surtout de juments vendues pour la reproduction. La tannerie comprend une dizaine d'usines dont quelques-unes importantes ; cette industrie participe à la réputation des cuirs de Chateaurenault, ses produits ont une marque très réputée. Les manufactures établies au bord de la Grenne se continuent jusqu'à Cormenon, commune particulière mais véritable faubourg de la petite ville, avec laquelle elle constitue une agglomération de 2500 âmes.

 

Le chemin de fer à voie étroite qui conduit à Vendôme s'élève, après Cormenon, par un val rempli de grands arbres et atteint bientôt le plateau strié de ravins, couvert de cultures de céréales, parsemé de nombreux bouquets de bois qui semblent les débris d'une immense forêt. Les villages, menus et rares se révèlent, par leur exiguïté, d'origine relativement récente, la plupart ne sont qu'une poignée de maisons autour d'une église ou d'un château. Ainsi le Temple, dont l'église remonte au onzième siècle, et qui possède un manoir flanqué de tours se mirant dans l'eau calme d'un étang. Un autre village Epuisay, occupe une jonction de grands chemins au-dessus de sèches ravines...

 

… L'eau n'apparaît qu'à Mazangé, par une fontaine abondante et pure donna naissance à un gros ruisseau où se jouent les truites saumonées, fameuses en Vendômois. Cette source a du faire naître le village, groupé autour d'une église intéressante par son porche flamboyant et sa belle flèche de pierres à huit pans. La course du ruisseau est brève, 1500 mètres à peine, il atteint le Boulon, près de l'endroit où cet autre ruisseau rejoint le Loir, dans un site charmant dont le nom chante en bien des mémoires qui ne connaissent pas l'origine du refrain :

La Bonne aventure au gué !

La Bonne aventure !

 

 

La Bonnaventure

 

 

Un vieux logis surmonté d'une tourelle, des murs décrépits, de grands toits, des fenêtres d'un beau galbe, des arbres ombrageant des murailles tapissées de lierre, manoir mélancolique et charmant dans son abandon, tel est cette Bonnaventure où se plaisait Antoine de Bourbon, père de Henri IV. C'est pendant son séjour que fut composée, peut-être par le roi Antoine de Navarre lui-même, la chanson devenue populaire.

...La rivière du Loir est proche, large, sinueuse, frôlant des collines de tuffeau percées de grottes. Un village, Villiers, allongé plus loin au long de ses hauteurs abandonnées un instant par le Loir, est en partie creusé dans la colline. A l'entré jaillit un puits artésien qui alimente un lavoir. Dans le cimetière repose, sous un monumental mausolée, l'amiral Dupetit-Thouars.

 

Jusqu'à Vendôme la colline n'est qu'un long bourg de troglodytes : Prépatour, Montrieux sont une allée de cavernes. Toute la rive exposée au soleil s'escarpe en roche percée de grottes servant encore de demeures. Ces villages de troglodytes sont peut-être les plus curieux de France ; il en est d'autres le long du Cher, sur la Loire, aux abords de Tours et de Saumur ; mais ici, sur le Loir, des villages entiers, presque des villes, sont creusés dans le tuf. La rive tournée vers le nord contient beaucoup moins de ces demeures primitives, la roche y est trop molle trop humide.

 

On trouve même de ces habitations aux faubourgs de Vendôme, dans le coteau qui porte les ruines du château princier si intimement lié à notre histoire par les seigneurs du sang de France, qui en firent la capitale de leurs domaines. Mais la ville elle-même s'étend largement, dans une plaine à demi entourée par le Loir. La partie la plus ancienne, le cœur de la cité occupe une île divisée par des canaux répandant la fraîcheur.

 

 

Vendôme - Porte Saint-Georges

 

 

En cet étroit espace sont les monuments qui font de Vendôme une des plus intéressantes villes de cette région où les précieux édifices abondent. Elle possède le joyau architectural de la vallée du Loir dans l'admirable église de la Trinité, dont les transformations successives, dues aux goûts changeants des siècles, n'ont pu détruire l'harmonie. Si la façade est un type achevé de l'architecture ogivale parvenue à la limite de la floraison avant les excès du style flamboyant, le transept garde la pureté du treizième siècle et le clocher est un pur chef-d’œuvre du douzième, dont s'inspira le constructeur du clocher Vieux de Chartres, si célèbre parmi les artistes.Ce clocher n'avait pas seulement un caractère religieux, c'était le symbole de la domination féodale des moines de la Trinité, car l'église était celle d'une abbaye. De ce monastère subsistent d'intéressantes parties, notamment le palis de l'abbé et un cloître saccagé par le génie militaire pour en faire une caserne.

 

Une autre maison religieuse, le collège d'oratoriens ou professa Mascaron, maintenant lycée – bel édifice dont une partie est ombragée par un platane gigantesque – conserve une ravissante chapelle de style fleuri. D'autres églises ; la Madeleine, Saint-Bienheuré, Saint-Lubin restent debout. Ça et là de vieux logis. Des statues ont été élevées : à Ronsard, qui a si étroitement uni son nom à celui du Vendômois, et à Rochambeau, commandant de l'armée française accourue au secours des insurgents d'Amérique, le rival de gloire de Washington

 

 

Statue de Rochambeau à Vendôme

 

Le château encore puissant d'aspect malgré son démantèlement et l'arrachage de tous ses détails artistiques en 1793, occupe un grand espace sur la colline de la rive gauche du Loir.

On y parvient en passant sous la tour Saint-Georges, superbe spécimen d'architecture militaire, formé d'un étroit corps de logis et de deux tours reliées par une galerie crénelée portée sur mâchicoulis. Ce monument est assez vaste pour avoir été transformé en hôtel de ville.

Quant au château, il n'en reste que l'enceinte et le donjon.

 

Bien que favorisée par sa situation aux confins de la Beauce et de riches vallées, et desservies par plusieurs chemins de fer dont l'importante ligne secondaire de Paris à Tours, Vendôme ne s'est pas accrue, même sa population a légèrement diminué depuis quelques années. Elles est vivante cependant, grâce au commerce avec de vastes campagnes. Son industrie principale, la tannerie, occupe plusieurs établissements. La couture des gants emploie d'assez nombreuses ouvrières. Une commune -faubourg, Saint-Ouen possède d'importants ateliers de construction mécanique.

 

Ces fabriques sont à l'écart ; aussi Vendôme conserve-t-elle intact son caractère de ville élégante. Elle mériterait d'être un lieu de séjour plus fréquenté des touristes qui veulent visiter la vallée du Loir ; en aval, plus haut, vers Châteaudun, la vallée est riante sans doute, mais elle n'a pas le caractère héroïque, au sens pictural du mot, du cours moyen de la rivière."

 

A suivre ...

 

 

Danzé - la gare en 1911
Le dôme de l'église de Choué
Le Gué-du-Loir - La Bonnaventure
La gare de Mondoubleau vers 1910
Vendôme - bord du Loir
Vendôme - Eglise de la Trinité
Vendôme - La place d'armes telles que Ardouin-Dumazet a du la connaître
Attelage sur une route du Vendômois - Savigny-sur-Braye.

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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