LES VAUX DU LOIR - EPISODE 11

Publié le 6 Juin 2018

 

 

Arthur Young – Ardouin-Dumazet

et le marquis de Turbilly

 

 

 

Arthur Young

 

 

 

Précurseur d'Ardouin-Dumazet, Arthur Young, agriculteur et agronome britannique, entreprend trois voyages en France entre 1787 et 1790. Sur sa jument blanche, il va parcourir la plupart des régions françaises. Fréquentant tous les milieux, de la petite ferme en campagne à la cour de Versailles, il propose une description riche et complète de la vie et de l'état d'esprit des français à l'aube de la période révolutionnaire. Sa description est riche et sensible. Il s'intéresse plus particulièrement à l'agronomie et aux techniques agricoles mais parle aussi de l'état des routes et de la qualité des auberges.

Arthur Young est passé dans les Vaux du Loir entre La Flèche et Durtal les 28 et 29 septembre 1788 où il souhaitait rencontré le propriétaire du château de Turbilly.

 

 

Le Voyage en France Tome 1 - Edition de 1860

 

J'ai trouvé une édition de 1860 du tome 1 traduit par M. Lesage ( ancien élève de l'Institut National Agronomique) dans lequel Young explique avec émotion sa rencontre au domaine de Turbilly avec le nouveau propriétaire, le marquis de Galway.

 

Quelques 120 ans plus tard, Ardouin-Dumazet ayant relu ce passage, « un des plus émouvants que l'on rencontre dans le « Voyage en France » du grand agronome écrit-il, a voulu parcourir les lieux où Young est venu.

 

 

 

Installé à Vieil-Baugé en mai, il écrit :

 

« ...On retrouve la clarté douce et les gais horizons des rives du Loir. La rivière est large, la navigation active ; les pommiers disparaissent pour faire place à la vigne. Le pays est charmant dans cette partie de l'Anjou ; mais combien il le paraît encore plus au voyageur venu par les tristes campagnes qui s'étendent entre La Flèche et Baugé ! Il y a là de mornes landes, en partie couvertes de bois de pins. Elles ont pourtant reculé depuis le temps où Arthur Young venait en pèlerinage dans ces déserts, pour y rendre hommage à l'un des précurseurs de la science agricole, le marquis de Turbilly (1).

 

Le marquis de Turbilly

On connaît ce passage touchant du récit du grand agronome anglais : il avait lu un mémoire du marquis racontant les transformations que celui-ci avait fait subir à un domaine couvert de landes. Il savait vaguement que Turbilly était en Anjou, mais personne à Angers n'avait pu le renseigner : le marquis était mort, et l'on ne savait où ses terres étaient situées.

 

 

Enfin, au moment où Young quittait l'Anjou, on lui dit, à la Flèche, qu'il y avait, non loin de là un château de Turbilly, qu'un marquis de ce nom l'avait habité, y avait écrit des livres et était mort ruiné par ses expériences. Navré, Young entreprit cependant le pèlerinage, traversant entre la Flèche et le château trois lieues de landes ; « Elles paraissent sans bornes, et l'on me dit que je pourrais voyager bien des jours sans voir autre chose...A la fin nous arrivâmes à Turbilly, pauvre hameau composé de quelques maisons éparses dans une vallée entre deux hauteurs encore incultes ou couvertes de bruyères. Le château est au milieu ; on y arrive par de belles avenues de peupliers » écrit-il en parlant de ce plateau, aujourd'hui couvert de pins. Il visita la propriété avec une curiosité inquiète : «  pas une haie, un arbre, un buisson qui n'eût pour moi de l'intérêt. »

 

 

Le château de Turbilly

 

Le marquis de Galway, le nouveau propriétaire du domaine l'accueillit à merveille. Young était rempli d'angoisse en apprenant que le marquis de Turbilly s'était ruiné ; il croyait que l'auteur du « Mémoire sur les défrichements », si populaire en Angleterre, avait sacrifié sa fortune dans ses travaux agricoles, il se sentit soulagé : le grand novateur avait perdu ses biens pour avoir voulu faire de la porcelaine et du savon.

 

Young relate l'histoire en ces termes : « Un jour comme il cherchait de la marne, sa mauvaise étoile lui fit découvrir une veine de terre parfaitement blanche, ne donnant pas d'effervescence avec les acides. Il crut avoir du kaolin, montra sa terre à un fabricant, qui la déclara excellente. Son imagination s'enflamma ; il crut changer Turbilly en une grande ville en y créant une manufacture de porcelaine. Il entreprit tout à ses frais, éleva des bâtiments, réunit tout ce qu'il fallait hors le capital et le savoir-faire. A force d'essais, il fit de la bonne porcelaine, fut volé par ses agents et ses ouvriers puis ruiné. Une savonnerie qu'il établit également, ainsi que plusieurs procès à propos d'autres biens, contribuèrent aussi à sa perte ; ses créanciers saisirent le domaine, en lui permettant de l'administrer jusqu'à sa mort. »

Young visita le domaine avec la ferveur d'un pèlerin. Parlant des peupliers plantés par le feu marquis de Turbilly il s'écrie : » que n'étaient-ce des chênes, pour garder aux fermiers voyageurs du siècle à venir le bonheur que j'éprouve en contemplant ces peupliers plus périssables ». M de Turbilly avait même planté des mûriers ; les pauvres gens du pays avaient fait jusqu'à 25 livre de soie. Déjà cette culture était abandonné quand Young passa.

Young pris congé du marquis de Galway pour se rendre à la Flèche le 29 septembre 1788. Celui voyant à quel agriculteur enthousiaste il avait affaire, fouilla ses papiers pour y trouver un manuscrit du marquis de Turbilly, entièrement de sa main, dont il eut la bonté de lui faire présent promettant de le conserver parmi ses curiosité agricoles.

 

 

Allée du Château de Turbilly dans les années 1900

 

La conquête est loin d'être achevée, conclut Ardouin-Dumazet, le sol sablonneux conserve bien des points couverts de bruyère et de grandes pinèdes au sous-bois de chênes et de bouleaux. On défriche beaucoup en ce moment autour de Volandry, dont dépend le château de Turbilly qui attira Young, et plus encore autour de Clefs, village où la plupart des maisons gardent leurs toits de grises tuiles-gouttières et se groupent autour d'un lourd clocher surmonté d'une flèche aiguë.

Arthur-Young s'il revenait, serait surpris ; Clefs possèdent une laiterie modèle et une distillerie de pommes de terre et de grain, établissements qui ont amené les défrichements et la mise en culture. Tout n'est pas gagné cependant, on traverse bien des pinèdes, avant d'atteindre la lumineuse vallée du Loir, en vue de la Flèche.

 

 

(1) de son vrai nom Louis, François, Henri de Menon, marquis de Turbilly né au château de Fontenailles à Ecommoy en 1717.

 

Durtal route de La Flèche
Clefs - Route de Vaulandry à Turbilly

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article