LA ROSE DE NOËL

Publié le 27 Décembre 2018

 

Dieux et diables existent et vous pouvez les rencontrer à tous moments.

Mais ne les cherchez pas dans le ciel car ils sont là, à vos pieds, tapis dans un coin du jardin, allongés dans la mousse d'une source, accrochés à une liane ou sur la peau rugueuse d'un rocher.

 

Racines, graines, champignons, fleurs, fruits, feuilles, lianes s'incarnent dans des plantes singulières qui peuvent soigner mais aussi tuer, endormir ou faire rêver.

Les herbes du bon dieu, ces bonnes plantes qui savent soigner et guérir sont bien souvent comme les gens heureux, elles n'ont pas d'histoires ou à peine une petite légende de-ci de-là.

 

En revanche, dès que l'on s'intéresse aux poisons, aux plantes de pouvoir, celles des sorciers, on mesure à l'abondance des écrits, la fascination qu'elles exercent depuis la nuit des temps.

L'imagination est alors en effervescence, contes et légendes fleurissent.

 

C'est ainsi qu'est née la légende de l'Hellébore, une charmante fleur qui fleurit dans les jardins sous le nom de « Rose de Noël ». Celle d'Orient qui poussait sur les pentes de l'Olympe, les anciens lui attribuaient le pouvoir de guérir la folie.

 
* LA ROSE DE NOEL *

 

 

 

« Il y a bien longtemps dans ce pays des vaux du Loir, un soir de décembre...

Le froid est partout. De maigres fumées sortent des cheminées des chaumières des maisons du village assoupies sous la neige. Le givre a suspendu ses lustres aux branches des arbres dépouillés de leur feuillage.

Dominant la vallée, les tours et le donjon d'un château fort se détachent sur le ciel gris chargé de neige. Sur le chemin de ronde et ses remparts crénelés apparaissent des silhouettes mobiles qui vont et viennent, gardes armés qui surveillent la vallée.

 

Dans la grande salle du château, une châtelaine se penche par un vitrail entr'ouvert. Triste, elle regarde au loin.

Soudain, on entendit le chant des cloches : Nô ! Nô ! Nô ! Voici Noël dirent les êtres qui sortent de leurs chaumières et que reprennent les échos.

Nô ! Nô ! crient les enfants qui rêvent de fouaces, de fruits confits et de gâteaux.

C'est Noël ! clament les manants, les déshérités. C'est Noël ! Les jeteurs de sorts perdent leur pouvoir, la main du meurtrier ne frappe plus, les pauvres sont riches, les gueux jubilent, les travaux commencés sont finis par les anges, les animaux se parlent.

C'est le jour où la terre retourne vers le soleil. C'est le début d'un cycle irrépressible qui rythme la terre, les hommes, les récoltes, les jeux. C'est le jour où, par excellence, on a le sentiment d'une renaissance.

 

La châtelaine est bien triste. Un templier venu d'orient lui avait dit un de ces lumineux jours d'automne :

«- Votre seigneur et maître, parti guerroyer en terre sainte reviendra vers vous à la Noël qui est toute proche. »

 

Mais depuis cette annonce personne sur les chemins, ni cavaliers, ni hommes d'armes, ni pages ou serviteurs ! Personne !

Dans sa grande peine, la noble Dame refermant le vitrail demanda au majordome qui se tenait près d'elle d'aller parcourir tous les chemins et alentours.

Aussitôt, cavaliers, écuyers et soldats partirent dans l'obscurité et le froid.

Les heures passèrent et s'envolèrent dans la nuit.

Soudain, à mâtines sonnantes la porte de la grande salle s'ouvrit. Éclairés de torches enflammées, des hommes armés portant longues épées, piques et lances entrèrent silencieux et vinrent se prosterner aux pieds de la noble Dame.

L'homme qui semble être leur chef s'avance et dit :

« - Noble Dame, nous avons fouillé toutes les campagnes, interrogé tous les villages, nous n'avons croisé sur notre chemin qu'un seul vieux mendiant. Il est là qui attend, souhaitez-vous qu'il vienne ?

« - Faites-le entrer ! dit elle.

Un vieillard vêtu de bure s'avance alors et, après avoir levé sa capuche et fléchi trois fois le genou, il dit :

« - Je vous salue Haute et Noble Dame !

« - Qui es-tu ? interroge la Dame d'une voix douce.

« - Je suis le trouvère qui vient d'Orient en chemin vers le lieu où dort Jacques, le saint de Compostelle.

« - Et que sais-tu trouvère ?

« - Je sais des ballades et des chansons qui vantent ceux qui s'en allèrent en chevaliers de la Table Ronde quérir le Saint-Graal.

« - Et que sais tu encore... ?

« - Je sais l'histoire d'un chevalier qui...

« - Continue s'il te plaît...

« - ...Qui avant de rendre l'âme, me confia une fleur. D'une voix affaiblie, il me murmura : Emmène cette fleur à ma Dame châtelaine au pays de Loir, ici, c'est Hellébore noire, là-bas ce sera fleur délicate et pure.

 

 

Prenant la fleur des mains du trouvère, Dame châtelaine, les larmes aux yeux la posa sur les lèvres de son jeune enfant qui dormait dans son berceau.

 

Au souffle léger du petit homme, les pétales fanées de la fleur s'ouvrirent.

Au même instant, un léger bruit d'ailes se fit entendre et trois fées qui veillent sur les pays de Loir admirant la délicate fleur dirent :

« - En mémoire de ce jour, nous l'appellerons la « Rose de Noël ».

« - Je lui donne la blancheur de mon cou de neige dit la première.

« - Elle aura la teinte rosée de mes lèvres précise la seconde.

« - Elle portera mon parfum conclut la troisième.

Au même instant, une autre voix se fit entendre dans l'invisible. Dieux et diables existent bel et bien et un mauvais génie caché dans l'ombre clama :

« - De cette fleur, j'empoisonne le fruit et ôte le parfum ! ».

 

Voilà pourquoi depuis tout ce temps « La Rose de Noël », l'Hellébore noire est plante malfaisante et n'a pas de parfum.

 

 

 

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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