LE NOBEL DE LA PAIX DES VAUX-DU-LOIR

Publié le 14 Février 2019

Paul, Henri, Benjamin Balluet d’Estournelles de Constant

 

Les Vaux-du-Loir possèdent leur prix Nobel de la Paix.

Le saviez-vous ? Moi je l’ignorais.

J’ai fait cette découverte à la lecture d’un ouvrage charmant écrit par Armand Lanoux « Le voyageur du Val de Loire ». Il s’appelait d’Estournelles de Constant.

 

Jeunesse et carrière diplomatique :

 

Paul, Henri, Benjamin Balluet d’Estournelles de Constant, baron de Constant et de Rebecque est né à La Flèche le 22 novembre 1852 dans la maison de sa grand-mère. Il était le petit neveu du romancier, homme politique et intellectuel Benjamin Constant d’origine vaudoise.

Il réalise ses études secondaires au lycée Louis-le-Grand à Paris comme interne. Dégagé de ses obligations militaires en raison de son statut de fils aîné de veuve (son père est décédé en 1859), il cherche néanmoins à  s’engager à l’aube du conflit de 1870. Sa mère l’en empêche et l’envoie chez sa sœur à Athènes.

 

Licencié en droit puis titulaire d’un diplôme en langue orientale, il entre dans la carrière diplomatique. Il intègre le ministère des affaires étrangères en prenant la 3ème place du concours de recrutement en 1876.

Paul Cambon l’appelle comme premier secrétaire à Tunis puis il est envoyé au Montenegro, en Turquie, en Hollande où il va assurer le secrétariat de nombreuses commissions internationales. En 1890, il est nommé ministre plénipotentiaire à Londres jusqu’en 1895.

En 1895, il est élu député de la circonscription de Mamers qu’il abandonne au profit de Joseph Caillaux en 1898 et se fait élire au premier tour dans la circonscription de La Flèche en tant que Républicain. En 1904, il est élu sénateur de la Sarthe puis réélu dès le premier tour en 1909 et 1918. Il soutiendra en 1906 la proposition de loi visant à transférer au Panthéon les cendres d’Emile Zola en raison de son admiration pour « l’acte de grand courage accompli par Emile Zola » au moment de l’affaire Dreyfus.

 

L’Homme de Paix

 

Paul d’Estournelles reçoit le Prix Nobel de la Paix le 10 décembre 1909 conjointement avec le député belge Auguste Beenaert pour les travaux de construction du droit international dans l’élaboration des conférences de La Haye de 1899 et 1907 qui déboucheront sur la création d’une cour permanente d’arbitrage international. La presse, curieusement, en fera peu d’écho.

Il était un fervent opposant à la politique coloniale (partisan du régime de protectorat) et à l’augmentation des budgets militaires. Il était également favorable à un rapprochement franco-allemand et convaincu du bienfait du modèle de démocratie américaine dans le monde. Il possédait une grande influence dans les milieux pacifistes et il a largement influencé le pacifiste allemand Otto Umfrid mais à partir de l’ouverture du conflit de 1914 qu’il vécut comme une grande désillusion, il se rallie à l’union sacrée et développe ses relations avec les Etats-Unis, les pressant de participer au conflit avec les alliés.

 

Curiosité et culture

Il fit preuve d’une grande clairvoyance en aidant Léon Bollée, principal soutien de l’américain Wilburg Wright, pionnier de l’aviation dans ses expérimentations aéronautiques réalisées entre le 8 août 1908 et le 2 janvier 1909 au Mans sur l’hippodrome des Hunaudières puis au camp d’Auvours. Cet intérêt le fit entrer, en 1914, au conseil supérieur de l’aérostation militaire. Homme de culture, il fit preuve d’une grande curiosité, ami d’Ernest Renan (son témoin de mariage), des écrivains Paul Bourget et Paul Valéry, du philosophe Henri Bergson…

 

Stèle au quinconce des Jacobins Le Mans

 

 

Aquarelliste et homme de lettres

Il a peint de nombreuses aquarelles au cours de ses voyages. Admirateur des impressionnistes et de Claude Monet avec qui il entretient une correspondance hebdomadaire. Il appréciait Auguste Rodin qui réalisera son buste. Il rencontrera le sculpteur par l’intermédiaire de l’industriel américain Andrew Carnegie. C’est aussi grâce à cette amitié qu’il interviendra entre lui et Paul et Marie Curie pour le financement de leur laboratoire. Il a publié plusieurs ouvrages, des préfaces, des traductions, des adaptations de drames grecs ainsi que de nombreux articles dans des revues françaises, américaines, allemandes et anglaises.

 

Château de Créans - demeure de d'Estournelle

 

 

Oublié de l’histoire

D’Estournelle s’est marié le 25 juin 1885, selon le rite protestant avec Margaret Sedgwick Berend, une enseignante dont le père est un banquier américain d’origine allemande. De cette union naîtront cinq enfants. Il fut le maire de la commune de Clermont-Créans à quelques kilomètres de La Flèche de 1900 à 1924 et résidait au château de Créans, toujours propriété familiale.

Ses différents postes et expériences à l’étranger lui avaient valu de tisser un important réseau de relations. Il fut le troisième français à recevoir la distinction de prix Nobel après Frédéric Passy en 1901 et Louis Renault en 1907. Pour autant cette nomination n’eut quasiment aucun écho dans la presse nationale qui ne relatera pas l’événement. Seul le journal « La Croix » en fera l’annonce dans sa une.

La mort le surprend le 15 mai 1924 à Paris en mettant la dernière main à un discours destiné à une réunion internationale à La Haye. Il avait 72 ans.

 

Clermont Créans

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
J'ai trouvé très intéressant ton article sur le prix Nobel 1909, d'Estournelles de Constant. J'ai croisé son arrière petit fils dans un stage de formation de l'Equipement à Clermont-Ferrand en 1997. Quelqu'un de très simple, employé au service de la navigation à Strasbourg, qui se rappelait parfaitement de la vie de son ancêtre à Clermont-Créans.
Répondre
bonsoir
génial ! est ce que ce monsieur est toujours en activité ? aurais-tu ses coordonnées ?
Amitiés
Yves