LE POTAGER AU BOUT DU JARDIN

Publié le 24 Mars 2019

 

« ...J’ai toujours vécu sur moi, me disait un paysan, les œufs de mes poules, les légumes de mon clos, quelquefois un lapin. Je n’ai bu que de la frênette et le petit cidre de mes pommes, les années qu’il y a des pommes. Mais pour conserver un homme, voyez-vous, il n’y a que l’ail et le poireau... » Docteur Besançon

 

Avoir une maison avec son jardin où poussent légumes et fruits pour se nourrir de sa production comme autrefois est un vrai bonheur.

La cueillette se fait le matin à l'heure où toutes les vitamines sont retenues par une fraîche rosée. Tout juste dans le panier, on en fait des salades ou des conserves respectant ainsi la loi de la fraîcheur.

Mais attention, pour ceux, qui comme Candide rêvent de cultiver leur jardin, le potager a plus besoin de technique que de philosophie.

Avec le retour des beaux jours et du printemps tout proche, j’ai eu envie de vous parler de jardin, de fleurs, d’oiseaux de papillons. Mais attention pas n’importe quel jardin puisque c’est le mien, celui que j’ai voulu recréer à l’image de celui que j’avais connu dans ma petite jeunesse.

Il y a 4 ans, je suis revenu dans la maison, quelque peu délaissée, de mon enfance. Ses murs ont vieilli mais elle a gardé tout son charme et rappelle dans le moindre recoin une foule de souvenirs.

 

 

Il y avait un jardin potager qui depuis 25 ou 30 ans avait été abandonné, négligé, livré aux ronces, épines noires, orties et autres herbes folles pour des raisons évidentes d’impossibilités physiques de l’entretenir. Quelques sureaux et frênes avaient grandi au bord du ruisseau et faisaient un écran aux rayons du soleil. Dans un coin, des bambous arrivés on ne sait comment avaient transformé l'endroit en jungle tropicale et lançaient leur rhizomes et turions à l'assaut du terrain.

La bataille s'annonçait rude. Pendant plusieurs mois, il a fallu bomber le torse, gonfler les biceps, cracher dans les mains, chausser les gants qui n'ont pas empêché pour autant les ampoules, abattre, défricher, désherber, labourer pour remettre de l'ordre dans cette brousse.

 

 

Pour réussir, il fallait, certes, une bonne dose d'énergie mais aussi avoir un bon matériel de bonne qualité. Economiser sur les outils est une erreur. « Il faut être riche pour acheter bon marché » disait ma grand-mère.

L'essentiel de mes outils proviennent de mon grand-père. Bêche, pioche, râteaux avaient fait leur preuve pendant des décennies, ils m'ont juré de m'accompagner encore si je prenais bien soin d'eux.

Il a fallu tracer les allées, délimiter les carrés, s'organiser, ici les betteraves, les poireaux et les carottes, là les oignons, les épinards, les radis, les courgettes, ailleurs les haricots nains, les choux, les salades, le quatrième reçoit les tomates, les courges, les blettes, les aubergines...

J'ai appris un livre dans une main et le sécateur dans l'autre ne dédaignant pas, pour autant, les conseils de jardiniers avertis. Christian, Pierre, René, Martine, Bernard… sont de ceux-là. Rien ne remplace le geste montré et la tradition orale. Les conseils avisés de mes amis ne m'ont pas empêché de faire des erreurs. Sans doute avais-je mal écouté ou esprit d'initiative mal inspiré ? La sanction est alors sans appel ! Semer trop tôt ou trop serré et voilà les radis ou les carottes comme des fils.

Mais au bout du compte, la meilleure carte de visite du conseiller est son propre potager. La nature vous apprend l'humilité et la patience. Créer son potager, c'est comprendre le cycle des saisons, le temps qui passe, celui qui fait la pluie, le vent, le gel. C'est écouter la lune et le soleil, lutter en permanence contre les mauvaises herbes, éloigner les fourmis, se protéger des limaces ou des pucerons, pester et enrager contre une taupe ou des courtilières et chaque année, espérer que le mildiou nous épargnera.

J'ai fait beaucoup de progrès et je connais d'encourageantes réussites. J'ai appris la rotation des cultures et les cultures associées. Chaque jour j'ai biné, bêché et peiné mais, désormais, le potager dont je rêvais est devenu prospère et magnifique. Je vois la bonne terre noire de mon enfance recommencer à produire : radis, choux, salades, betteraves, tomates et pommes de terre. Ici point de pesticides, l'épinard stimule la croissance de ses voisins, la capucine attire les pucerons, la carotte et le poireau se protègent mutuellement. Merles, mésanges, pinsons, rouges-gorges, coccinelles sont devenus mes collaborateurs efficaces. Rien n'est jeté, un bac à compost récupère tous les déchets végétaux, les orties deviennent purin utilisé comme engrais ou insecticide.

Je l'ai voulu exubérant, coloré, chatoyant, varié, éloquent, touchant, vigoureux, vivant. Aujourd'hui, quand on le regarde, on ne voit pas la fin car il se mêle à la nature environnante qui batifole au gré de son humeur.

 

 

Pour égayer le tout, donner de la couleur et attirer les insectes pollinisateurs, j'ai semé de la bourrache, délimiter les allées avec des œillets d'Inde jaunes et orangers. Ici des glaïeuls, là des dahlias, au loin des tournesols. Depuis un an j'ai mis en place les plantes vivaces : pavots, gueules-de-loups, œillets, lupins, marguerites, amour en cage, giroflées et j'ai appris à ne point trop enfouir ni à planter trop tard les bulbes à floraison printanière. J'ai construit deux hôtels à insectes trois étoiles gratuits pour les abeilles solitaires, bourdons, papillons, coccinelles, chysopes qu'ils soient pollinisateurs ou prédateurs naturels des nuisibles du potager.

Un carré a été réservé aux aromates, coriandre, sarriette, thym, persil, romarin, ciboule, menthe, sauge...

Si parfois les dents grincent devant une tomate qui refuse de rougir ou une marguerite effeuillée par mégarde d'un coup de sécateur, le mariage semble presque parfait entre légumes et fleurs.

Je voulais faire renaître le jardin de Louis, il est devenu "le potager futé" à Saint Jean. 

A suivre.....

 

*********

 

* Louis, mon grand-père, le potager dans les années 80

 

* 2014 débroussaillage, nettoyage, labour

 

* Le potager en 2018

 

 

 

 

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #Potager de Saint Jean

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B
Bonjour et merci pour votre blog et vos articles de qualité. J’essaie de mettre en pratique tous vos conseils, mais ce n'est pas toujours évident lorsque l'on est novice comme moi. Ce livre m'a beaucoup aider et je souhaite vous le faire découvrir https://bit.ly/Beaujardin. Encore merci.
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E
Quel boulot, mais quel résultat ! Tellement de charme dans ce mélange de fleurs et de légumes, ces allées en pelouse. Vous m'inspirez. Mon potager est 10 fois plus petit, je mesure la charge de "travail" qu'il faut pour arriver à ce résultat...et le maintenir. Mais quand on aime, on ne compte pas :)
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Y
Bonjour
ce n'est pas du travail c'est un plaisir même si parfois le dos fait mal en ramassant les haricots. Amicalement Yves
A
bonjour à tous je suis nouveau par ici!
mais je tenais à dire que LE POTAGER AU BOUT DU JARDIN un blog vraiment intéressant! et j’encourage le travail de ce coté là! pendant ce confinement je me suis intéresse et j’ai débuté le jardinage et le potager et c’est ainsi que je suis arrivé ici! voici également mon secret https://bit.ly/ConfinementMonPotagerNaturel
attention c’est une mine d’or en cette période.
bonne continuation!
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Y
Bonjour
je suis allé sur votre site. l'observation de la nature nous en apprend tous les jours. Je n'utilise aucun produit de la chimie et j'ai aussi de beaux légumes qui nous nourrissent toute l'année. Bien cordialement Yves
M
Ma mamie des jardins va être jalouse !!!
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Faut pas
Votre blog est magnifique. J'aime bien cette région pour y avoir passé des vacances et plusieurs séjours chez ds amis. J'aime beaucoup. Il y a là aussi une vraie culture, une gastronomie, des histoires à raconter etc...
Bravo
Bonne journée
Yves