PETITE HISTOIRE DE LA POMME DE TERRE - SIMPLE ET GENIALE

Publié le 14 Mai 2019

 

« La pomme de terre, le légume de la cabane et du château. » Louis de Cussy

 

Son histoire, loin d’être banale, est digne d’un véritable roman à épisodes. Son installation a tant bouleversé nos habitudes alimentaires qu’un ouvrage complet suffirait à peine pour raconter son incroyable saga.

 

Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas Parmentier qui a découvert la pomme de terre.

Son histoire commence il y a bien longtemps dans la Cordillère des Andes. Découverte vers 1524 par les conquistadors, la « pappa » péruvienne, petit tubercule rond, va débarquer sur les côtes espagnoles vers 1540 sous le nom de « patata ». Commence alors une lente conquête des pays européens. Elle va rester longtemps à l’état de curiosité botanique et nourrira avant tout la suspicion. Il est vrai que les tubercules de l’époque étaient petits, amers et souvent indigestes.

 

De l'Espagne où elle est cultivée vers 1570, elle débarque en Italie d'où quelques tubercules sont envoyés en Belgique. Le XVIème siècle finissant, trois botanistes en font la description : le Suisse Gaspard Bauhin, le Français Charles de Lécluse en 1601 et l'Anglais John Gerarde la cultive dans son jardin d'Osborne. C'est à partir des tubercules de Charles de Lécluse qu'elle se répand en Allemagne, en Suisse, en Autriche et dans l'est de la France. Mais le véritable artisan de sa culture reste Frédéric le Grand, roi de Prusse, qui va en vulgariser l'usage. Ce qui explique que Parmentier l'ait découverte en Allemagne alors qu'il est fait prisonnier lors de la guerre de sept ans. Comme ses compagnons d'infortune, il se nourrit de pommes de terre pour survivre.

 

En France, on la boude. Elle est considérée comme un aliment grossier. Elle est petite, grillée comme les châtaignes, elle est cuite avec sa peau et elle sent la terre. On l’accuse de rendre les hommes malades et même de propager la lèpre. Absente de la Bible, elle ne peut être que créature du Diable. Elle est tout juste bonne à donner aux cochons. On l'appelle

« truffole », « triffole », « treuffe » ou « cartoufle » et selon le mémoire d'un certain Charles de Saint Sylvestre, le tubercule aurait été semé pour la première fois dans le Haut-Vivarais sur le territoire de Saint-Alban-d'Ay, apporté par un moine franciscain de Tolède.

 

 

 

Parmentier - le génial promoteur de la pomme de terre

 

Tout au long du XVIIème et du XVIIIème siècle de fortes sécheresses, des pluies diluviennes et des hivers rigoureux plongent le pays dans de terribles disettes et famines. A la suite de celle de 1769, particulièrement terrible, l’Académie de Besançon organise un concours sur « L’étude des substances alimentaires » susceptibles d’atténuer les calamités d’une disette. Antoine-Augustin Parmentier, pharmacien militaire, sera sélectionné parmi plusieurs autres candidats. Il va alors déployer toute son énergie à convaincre ses compatriotes et notamment les classes les plus élevées de la société de cultiver la pomme de terre.

Il écrivait : « Il faut que la pomme de terre apparaisse sur la table du riche comme celle du pauvre, et qu'elle occupe le rang que sa valeur, ses qualités nutritives et la santé de sa nature devraient lui avoir acquis depuis longtemps... »

 

 

Parmentier offre des fleurs de pommes de terre à Louis XVI

 

 

La propagande développée par Parmentier est digne d'une grande campagne de relations publiques.

En homme intelligent, il a parfaitement compris que pour vaincre les résistances, l’appui du Roi valait mieux qu’un simple mémoire, même bien rédigé. Il va alors déployer une science, une patience et une ingéniosité prodigieuse. Ainsi Louis XVI paraîtra la veille de la Saint-Louis, le 24 août 1786, une fleur de pomme de terre à la boutonnière. Parmentier organisera des dîners « tout de pomme de terre » à la table royale, à celle des courtisans et de tous les scientifiques de Paris. Benjamin Franklin, Lavoisier, Vilmorin devinrent ainsi de fervents défenseurs du tubercule. Il fera même changer d'avis Voltaire qui considérait la pomme de terre comme « simple amusement public ».

Puis, près de Paris, Parmentier fera placer, autour d’un champ, dans la plaine des Sablons, des gardes qui auront l’ordre de ne pas arrêter les chapardeurs.

 

« Il n’existe donc plus de préjugés contre le pomme de terre » s’exclamera-t-il, ravi.

 

La consommation du tubercule ne peut que s’envoler, à tel point qu’à la Révolution, les rosiers des tuileries seront arrachés pour y planter des « patates ».

Sur le point de mourir de faim, toute l'Europe va accepter la pomme de terre.

 

 

gravure de James Mahony (1810-1879)

Famine en Irlande

 

Dans certains pays, la réussite est trop belle où elle devient, comme en Irlande, la base de toute nourriture. Sur toute l’île, on ne cultive pratiquement que la pomme de terre. On connaît les dangers d’une monoculture. Entre 1845 et 1849, l’attaque d’un champignon redoutable, le mildiou, détruit toutes les cultures provoquant une terrible famine.

En quelques années l’Irlande perd la moitié de sa population soit environ 1 million de morts et quasiment autant qui vont quitter le pays notamment pour les États-Unis d’Amérique où ils deviendront, plus tard, les Kennedy et autres personnalités.

 

Au début du XXème siècle, le doryphore fait son apparition. Tout fut tenté pour l'éliminer depuis les traitements jusqu'au ramassage des insectes par les enfants des écoles.

 

 

 

Fleur de pomme de terre

 

 

Aujourd’hui, la « pappa » des Incas venue de la Cordillère des Andes, est, après le blé, le riz et le maïs, la culture la plus importante sur la planète. Bintje, Roseval, Charlotte, Sirtema, Vitelotte, Ratte, Belle de Fontenay, Amandine...comme les roses, les pommes de terre ont un nom. On enregistre près de 5000 variétés dans le monde.

 

Elle fait désormais l'objet de rassemblements et de fêtes populaires en France et ailleurs. L'Organisation des Nations Unies (ONU) a consacré 2008, « année internationale de la pomme de terre ».

Bolivie, Équateur et Pérou en ont fait une journée nationale.

 

 

 

Aquarelle Yves de Saint Jean

 

 

 

* Passeport santé *

 

 

Nutritive, elle est aussi très digeste après cuisson. Sa valeur énergétique se rapproche de celle des lentilles et du riz.

Elle est riche en minéraux (potassium, ou magnésium), en vitamines B1, B2 et C, en fibres et antioxydants. Elle représente une source intéressante de glucides complexes qui fournissent une énergie durable à l’organisme.

C’est immédiatement sous la peau que se trouve la zone de la pomme de terre la plus riche en matières nutritives. L’éplucher en faisant de grosses pelures c’est donc, non seulement faire du gaspillage, mais se priver de la partie la plus nourrissante du tubercule.

 

Attention : par suite d’un buttage insuffisant, la pomme de terre verdie à la lumière. Elle contient sur sa périphérie un poison, la solanine. Les germes en sont particulièrement riches.
Moralité : ne jamais consommer les parties vertes et germées sous peines d’intoxication due à cette toxine qui peut provoquer des gastro-entérites, vomissements et hématurie.

 

 

Doryphore

 

 

* Remèdes de grand-mères *

 

 

Pour calmer les brûlures, engelures et gerçures, les cataplasmes de pommes de terre crues et râpées sont un bon remède.

On soulage la douleur occasionnée par une petite brûlure en la frottant légèrement avec une pomme de terre crue coupée en deux. Un autre moyen consiste à appliquer un petit cataplasme avec la pulpe de pomme de terre râpée sur la partie brûlée.

 

Contre l'enflure des paupières on peut appliquer sur les yeux fermés pendant 15 mn, des compresse de pomme de terre crue et râpée enfermée dans le la gaze. Répéter ce traitement chaque jour pendant une à deux semaines.

 

Enfin pour soigner le coup d'arc de soudure, souci bien connu des bricoleurs, il faut réagir très vite car c'est très douloureux. La technique consiste à râper 1 ou 2 pommes de terre et à appliquer la pulpe en compresse toute la nuit sur chaque œil. normalement, le lendemain, il n'y paraît plus rien. 

 

 

 

 

 

 

* En cuisine *

 

 

 

« La pomme de terre, belle et brave fille de la terre à la peau lisse et aux rondeurs épanouies qui n’hésite pas à passer à la casserole pour se faire sauter. »

Marc Banchard - Chef cuisinier - Compagnon du Tour de France des Devoirs Unis dit « Tourangeau la Bonté ».

 

Une noix de beurre sur une pomme de terre vapeur, une pincée de sel, quelques grains de poivre et voilà le plus simple des régals. Elle est disponible toute l’année et se cuisine de mille façons, cuite à l'eau ou à la vapeur, en « robe des champs », en frites, en purée, au four ou en salades, pommes dauphine, gratin, hachis parmentier...

Si contrairement à la carottes ou au chou, on ne la mange pas crue, elle est délicieuse froide en salade avec une vinaigrette ou de la crème.

 

 

« Le lundi des patates

Le mardi des patates

Le mercredi des patates

.....»

 

 

 

Une partie de la récolte 2018 au potager de saint Jean

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #Potager de Saint Jean

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B
Tres intéressant cette histoire de la pomme de terre.
Un grand merci
Cordialement
Nadia
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