LES ELIXIRS DE LA SAINT JEAN

Publié le 17 Juin 2019

 

Voici venir la Saint Jean, l'une des fêtes les plus anciennes. Cette nuit là on allume des feux, on danse autour et parfois on saute par-dessus. C'est aussi à ce moment que l'on cueille les simples pour en faire des élixirs.

 

Cette période marque le paroxysme de l'activité solaire. C'est le moment où toute l'énergie du soleil se concentre dans la nature avant que la nuit ne recommence à gagner du terrain. A partir de cette date, le soleil va commencer à décliner et les journées se raccourcir.

Pour le règne végétal ce basculement est un moment clef. « La grande lumière de la Saint Jean » se manifeste particulièrement pour les plantes qui selon la tradition gagnent un pouvoir médicinal inégalé. C'est à cette date que « les herbes » dévoilent leurs mystères et chassent les mauvais esprits.

 

« Cesse de boire de l'eau à cause de ton estomac fatigué et de tes fréquentes indispositions » écrivait Saint Paul dans son épître à Timothée. Alors si vous êtes fatigués, suivez le conseil de saint Paul, armez-vous pour les cueillettes pour préparer vos philtres et élixirs.

Consommés avec usage et modération, ils seront bons pour la santé et auront sur le moral un effet des plus heureux car ils conservent les vertus des plantes qui les parfument.

 

Elles ne vous feront pas non plus sombrer dans les noirs délires de l'ivresse mais vous donneront au mieux la joyeuse allégresse du père Gaucher, dans le conte d'Alphonse Daudet, qui goûte et regoûte son élixir qui a redonné l'aisance financière à son monastère et qui derrière le vitrage enflammé de sa distillerie chante à tue-tête :

 

« Dans Paris, il y a un père blanc,

Patatin, patalan, tarabin, taraban,

Dans Paris, il y a un père blanc,

qui fait danser les moinettes,

Trin, trin,trin, dans mon jardin,

Qui fait danser des … ».

 

 

 

« Les herbes de la Saint Jean gardent leurs vertus tout l’an ». (dicton)

 

Encre Yves de Saint Jean

 

La cueillette peut se dérouler entre le 21 et le 24 juin. C'est au matin de la Saint Jean que les forces de la terre sont à leur apogée et les plantes, discrètes machines à capter l'énergie, puisent à ce moment le maximum de ce que la nature offre à leurs racines. Forces qui retournent à la terre dès midi. Battre la campagne ou descendre au jardin n'est que maigre satisfaction comparée à celle que donne la récolte de tout ce qu'il est possible de transformer en soleil liquide.

 

Les lève-tard sont exclus et peuvent aller se « rhabiller » car la récolte doit se faire impérativement avant le lever du soleil pour que les plantes emportent avec elles un peu de la rosée qui se dit être à ce moment une eau de salut et de jeunesse. Elle purifie toutes les herbes mauvaises qui, selon la légende, perdent avec cette eau de l'aube tout leur poison.

 

Le rituel de la cueillette impose de n'avoir comme seuls témoins que les astres et le silence de la nuit finissante. Il faut avoir le cœur aussi frais que les mains, le ventre vide, les pieds nus dans la rosée, marcher à reculons et cueillir de la main gauche. Et oui ! Le rituel impose certains sacrifices.

 

Aquarelle Yves de Saint Jean

 

* Les sept plantes sacrées de la Saint Jean

 

Ce jour là, on cueille, bien entendu les sept plantes sacrées de la Saint Jean : Armoise, Joubarbe, Lierre terrestre, Grande Marguerite, Achillée dite Millefeuille, Millepertuis et Sauge auxquelles il faut ajouter leurs vingt cousines estivales : Aubépine, Angélique, Bourrache, Capucine, Chélidoine, Gentiane, Lysope, Lavande, Marjolaine, Mauve, Mélisse, Menthe, Myrte, Pimprenelle, Plantain, Reine des prés, Romarin, Thym, Verveine et Serpolet.

 

 

Armoise

 

Elles permettent de faire face aux petits maux quotidiens ainsi l'Armoise, cette fille d'Artémise que l'on nomme aussi « Couronne de Saint Jean », « Tabac de Saint Pierre » ou « Herbe de Feu » pousse le long des chemins, des remblais et des décombres. On utilise ses tiges fleuries pour soigner les troubles féminins mais également pour fortifier l'appareil digestif en infusant 10 à 15 g par litre d'eau bouillante pendant 15 minutes à raison de trois tasses par jour entre les repas.

 

La Joubarbe

La Joubarbe que l'on nomme ici ou là « Barbe ou Herbe de Jupiter », « Herbe du tonnerre », est ce petit artichaut que l'on retrouve sur les toits posséderait le pouvoir de détourner des maisons les colères du Dieu de la foudre. Elle entre dans le traitement des affections épidermiques : cors, dartres, gerçures, piqûres d'insectes par la pose de cataplasme de feuilles fraîches pliées.

 

Le lierre terrestre

Le Lierre terrestre dit aussi « Couronne de terre » ou « Courroie de Saint Jean » rampe à l'infini dans les bois et les haies. On l'utilise pour lutter contre les troubles des bronches à la mauvaise saison. On ramasse la plante entière. Il suffit d'infuser 10 mn une cuillère à dessert de la plante pulvérisée dans une tasse d'eau bouillante et d'en boire 3 à 4 tasses par jour.

 

La grande marguerite

 

La Grande Marguerite, gloire des prés et des champs, symbole d'innocence et de pureté. Qui n'a pas joué à effeuiller la marguerite et interrogé la jolie fleur pour connaître les intentions de son amoureux « je t'aime un peu, beaucoup, passionnément... ». On l'utilise avec profit en infusion. Elles est antispasmodique, astringente, tonique et calmante. Le distillat de la plante entière soulage la conjonctivite.

 

L'Achillée

 

L'Achillée dite Millefeuille, connue depuis la plus haute antiquité. La mythologie nous raconte que Télèphe, le fils d'Héraclès, et des soldats blessés pendant la guerre de Troie auraient été soignés par Achille à l'aide cette plante sur les conseils de la déesse Aphrodite. Ainsi serait née « l'herbe aux coupures » utilisée dans un premier temps en usage externe comme cicatrisant et pour arrêter les saignements. Elle est aussi efficace contre les troubles de la digestion, la fièvre et les infections respiratoires.

 

Le Millepertuis

 

Le Millepertuis bien connu des anciens. Il fut surnommé « Chasse-démon » et aujourd'hui est à l'origine de plusieurs anti-dépresseurs. C'est aussi « l'Herbe aux brûlures » dont on cueille la fleur d'or aux bords des chemins.

Sous la forme de macérat à base d'huile d'olive, la plante est efficace contre les brûlures en onction et les douleurs rhumatismales en friction.

 

 

La Sauge

 

La Sauge, cette herbe sacrée de la Saint Jean est connue depuis la nuit des temps. « Qui a de la sauge dans son jardin n'a pas besoin de médecin » dit le dicton. Pendant tout le Moyen Age, elle reste une plante primordiale et entre dans la composition de nombreuses médications. On dit que Louis XIV s'en faisait servir quotidiennement en infusion. Elle est si puissante qu'il ne faut pas hésiter à en mettre dans son jardin.

Elle est digestive, antisudorale, stimulante, et bonne contre les affections respiratoires et plus encore....

 

 

Aquarelle Yves de Saint Jean

 

« Bonheur de saint Jean, Bonheur tout l'an. »

 

Si croyances et traditions ont perdu de leur sens dans notre société connectée qui croit tout savoir sur tout mais qui oublie les valeurs simples que la terre nous enseigne, ces plantes sauvages ou cultivées dans le jardin possèdent toujours leurs bienfaits venus de la nuit des temps.

Selon certaines traditions, les élixirs de la saint Jean ne prennent toutes leurs forces que lorsqu'ils ont été enterrés durant un cycle solaire entier. Dynamisés par le soleil, ils vont ainsi s'enrichir des puissances terrestres. Lumière et obscurité, ciel et terre, les élixirs regroupent et recycle le tout.

 

Alors si vous êtes victime à un moment donné d'une petite dépression de saison et que vous « broyez du noir », trois gouttes trois fois par jour de cette lumière de saint Jean en bouteille chasseront les mauvais esprits.

 

 

Aquarelle pastel gouache Yves de Saint Jean

 

 

* Quelques recettes *

 

 

* L’Élixir miracle

« C'est la liqueur qui sauve la vie ». Faire infuser 8 jours une bonne poignée de feuilles et de fleurs de Sauge dans un litre de bonne eau-de-vie à 60°. Passer et ajouter 1 litre de sirop

Mettre en bouteilles. Garder au frais. Se servir un petit verre pour donner de l'appétit, digérer, calmer les maux de ventre ou d'estomac ….

 

 

* L’Élixir des anges

Pourquoi les anges ? Parce qu'il se prépare avec de l'Angélique une des cousines des plantes de la Saint Jean. Il faut pour cela prendre un pied d'angélique dans toute sa fraîcheur. Bien le nettoyer et le couper un petits morceaux en prenant soin d'enlever les fils. Remplir au ¾ une bouteille et compléter avec une bonne eau-de-vie à 60°. On peut y ajouter un zeste d'orange, trois ou quatre feuilles de menthe et quelques grains de poivre. Laisser macérer deux bons mois. Un petit verre en apéritif pour vous transporter au ciel.

 

 

* L’Élixir de thym

Il faut cueillir le thym en fleur et seulement les fleurs. En remplir une bouteille aux ¾. Compléter avec une eau-de-vie de marc de façon à ce que les fleurs macèrent correctement.

Bien boucher et laisser à la cave au frais pendant 2 à 3 mois. Au bout de cette période filtrer le liquide qui a une belle couleur vert tendre et préparer un sirop avec 400 g de sucre par 0,5 litre d'eau en chauffant, bien entendu. Mélanger ce sirop à l'alcool puis boucher et laisser vieillir.

1 petit verre à liqueur le midi ou le soir après le repas pour éliminer ballonnements, troubles de la digestion...

 

Pour les adultes seulement et avec modération cela va de soi.

 

 

 

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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