SIRIUS L'ETOILE CANICULE

Publié le 16 Juillet 2019

 

Dans tous les Vaux-du-Loir comme partout ailleurs, il fait chaud, très chaud parfois.

Mais est-ce étonnant d'avoir chaud en été ? Pas vraiment car Juillet depuis toujours nous amène les grandes chaleurs.

 

Le 19 de ce mois se termine « Messidor » dans le calendrier républicain et commence

« Thermidor » qui tire son appellation « de la chaleur tout à la fois solaire et terrestre qui embrase l'air de juillet en août ». Son nom est dérivé d'un mot grec « thermos » qui signifie chaud et dont la racine se retrouve dans thermomètre ou thermes qui veulent dire pour le premier mesurer la chaleur et le second eaux chaudes.

C'est au cours de ce mois que se produisent dans notre hémisphère les chaleurs les plus élevées. On aurait pu penser que ces fortes températures se produiraient le 21 juin au moment du solstice d'été. Elles n'arrivent en fait qu'un certain nombre de jours après.

 

 

 

 

* Une histoire de canicule

 

C'est en juillet que commencent les jours « caniculaires », pendant lesquels, disent les proverbes, « il faut se méfier des ardeurs du soleil ».

L'origine de l'expression « canicule » remonte à très loin, à l'antiquité, à plus de deux mille ans avant Jésus-Christ : en Égypte.

Les passionnés d'observation de la voûte céleste connaissent la Constellation du Chien, située près d'Orion. C'est là que se trouve une étoile magnifique et très brillante : Sirius.

Les égyptiens la vénéraient. Ils l'appelaient Soth.

 

A cette époque Sirius se levaient et se couchaient en même temps que le soleil en juin et juillet. Les croyances populaires attribuaient à cette étoile la présence des chaleurs les plus vives de juillet. Sirius appartenant à la constellation du chien, en latin « canis » dont le diminutif est « canicula » (petite chienne), ces levers et ces couchers furent appelés « caniculaires » et l'époque des températures élevées devint canicule.

 

 

 

 

C'est surtout le Nil qui par ses débordements donnait aux égyptiens la notion des jours caniculaires car les grandes crues correspondaient avec l'apparition de Sirius, c'est à dire au mois de Juin. Pendant 40 jours, ils devaient subir la canicule avec ses fortes chaleurs, maladies et fièvres...

Pendant cette période maléfique, sorciers et devins recommandaient de ne pas se baigner, de manger et boire peu et frais, de ne pas travailler etc...Des conseils de ces anciens qui peuvent dans certaines limites raisonnables s'appliquer à notre canicule moderne.

 

Aujourd'hui Sirius ne s'occupe plus du mois de juillet. Son lever héliaque qui est le moment où elle devient visible à l'est au-dessus de l'horizon a lieu désormais en août.

Alors, traversons-nous une pseudo canicule ? Certes non car même faussée par le déplacement de la constellation du chien, la canicule subsiste et c'est bien en juillet et en août que surviennent les plus grandes chaleurs.

 

J'ai trouvé intéressant de s'attacher à cette expression canicule mise à toutes les sauces médiatiques et le rôle prédominant de cette étoile Sirius dont plus personne ne se préoccupe aujourd'hui. Elle est si loin, bien plus loin que ne pouvaient l'imaginer les égyptiens. Sa lumière met 16 ans (à raison de 300 000 km/seconde) pour parcourir la distance qui la sépare de la terre et le diamètre de cette étoile est d'environ de 2 400 000 km.

 

 

 

 

* Petite histoires des grandes chaleurs

 

Ces grandes chaleurs que nous vivons sont-elles nouvelles et uniques ? Certes non !

Les chroniques paysannes, malgré l'insurmontable difficulté de fixer au juste, avant l'usage du thermomètre, l'intensité de la chaleur ou du froid, nous enseignent par les comptes rendus des récoltes et l'état de la végétation de l'époque que la chaleur de l'été 582 fit fleurir les arbres et les roses au mois de janvier et qu'à l'été 1078 la vendange fut avancée d'un mois, signe de chaleur précoce. En 1137, la sécheresse se déclara au mois de mars et persévéra jusqu'en septembre tarissant puits, fontaines et fleuves.

 

Les mêmes phénomènes trahissent l'année 1188 où un grand nombre d'incendies se déclarèrent à Tours, Chartres, Beauvais ou Auxerre...La sécheresse fut si grande en 1325 qu'on eut à peine la valeur de deux jours de pluies en quatre lunaisons. A l'été 1392 les sources se tarirent et les grands fleuves ne furent plus navigables. A Paris le 7 août 1718, le thermomètre de Philippe de La Hire (1640-1718) indiqua vers trois heures de l'après-midi 35 ou 36° et ceci plusieurs jours de suite.

L'été 1726 débuta en mai et continua jusqu'en août. Cassini a compté soixante deux jours d'une température de 25°, dix jours à 31° et plusieurs à 34°.

 

En juillet 1793, les grandes chaleurs commencèrent le 1er juillet. Pendant tout le mois, elles oscillèrent entre 25-26° et 40°. On pourrait en dire autant des années 1803-1811-1842...

 

L'été 1911 est marqué par une redoutable sécheresse accompagnée de températures élevées. Qualifiée de canicule sans que l'on crie encore au réchauffement climatique, la vague de chaleur qui déferle sur l'Europe compte parmi les plus longues. Elle est à l'origine de quelques 40 000 morts après avoir sévi 70 jours du 5 juillet au 13 septembre.

 

Journalistes et écrivains de l'époque s'en émeuvent.
Dans un article du 9 juillet 1911 dans le journal « Gil Blas », on peut lire sous la plume de Claude Berton : « Paris compte depuis quelques jours une voyageuse inattendue et dont la visite l'a fort surpris, une voyageuse venue de très loin : la vague de chaleur... »

 

L'académicien Jules Claretie, sous sa plume d'écrivain, écrit dans le numéro du 20 août 1911 des « Annales politiques et littéraires » :

« C'est une gloire comme une autre pour nos contemporains d'avoir « vécu » la plus chaude journée du siècle. Le malheur est qu'un certain nombre de braves gens en sont morts. Mais la vie est une rude bataille ; elle était même une mêlée féroce avant Darwin, et lorsque les hommes ne se chargent pas de la rendre meurtrière, les éléments y mettent leurs soins.

Dame nature est ironique et se moque des créatures. Elle les gèle en hiver et les étouffe en été. C'est une mère qui tourne facilement à la marâtre. Barbey d'Aurevilly qui aimait ce vieux mot, eût dit volontiers : c'est une bourelle. »

 

 

 

 

Jusqu'à notre époque contemporaine, la liste des dates de nos grands étés et terribles sécheresses est fort longue. Même si nous ne regardons plus le ciel comme nos ancêtres, la canicule des anciens est restée vraie en général.

Elle représente un fait exact dépendant surtout de mouvement du soleil. Ce mouvement est resté le même et les choses se passent encore aujourd'hui comme autrefois avec ses variantes et ses exceptions, avec cependant un phénomène supplémentaire : notre folie industrielle.

Quant à la lumière de Sirius aperçue au lever du soleil, elle va encore nous parvenir pendant quelques centaines voire milliers d'années et nous prévenir de l'arrivée imminente de jours caniculaires.

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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S
Ah Sirius ! Magnitude 1.4 à 1.5, entre 70° Sud et 89° Nord, constellation du grand chien et voisine d’Orion chère à Boby « Orion poil de carotte » dans « Que ma joie demeure » de Jean Giono !
C’est l’étoile la plus brillante dans le ciel de l’hémisphère Nord et elle m’en a donné du fil à retordre dans mes débuts. Selon mer ou océan où nous nous trouvions, nous pointions Sirius pour déterminer la latitude ou corriger le gyrocompas en calculant l’azimut. Quand j’étais fier de mes calculs, je la considérais comme une amie et sur l’aileron de la passerelle je lui adressais mes amitiés. Quand je me faisais gronder par le pacha pour mon approximation, je reprenais le sextant et je la visais, l’œil mauvais. Mais vaille que vaille, elle nous a guidés, concurrencée par Polaris, l’étoile polaire et quelques autres. Je vous parle d’un temps que les moins de …pouf ! Un bail !
Pauvre Sirius aujourd’hui oubliée, snobée par les marins qui cajolent leurs GPS.
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Y
Tout se perd, cher ami
est ce que les jeunes marins savent encore se servir d'un sextant ?
leur apprend-on dans les écoles ?
Pas sûr.
Je ne suis pas un passionné d'astronomie mais Sirius m'a presque ensorcelé.
Amitiés