LA BUCHE DES FETES DE NO

Publié le 18 Décembre 2019

 

 

 

La tradition de la bûche de Noël était présente dans toutes les régions.

Elle réunissait tous les hôtes du logis, parents enfants et domestiques autour du foyer familial.

Sujet de nombreuses croyances, elle devait, selon les régions, brûler une nuit ou plusieurs jours. A ses tisons, brandons et cendres que l'on conservait parfois d'une année sur l'autre, on attribuait des pouvoirs magiques.

 

On appelait cette bûche, Troutcho à Belfort, Mouchon dans l'Angoumois, Cosse de Nau ou Souche en pays des Vaux-du-Loir, Touraine, Aunis et Saintonge, Souco en Auvergne, Gueule, Coque ou Grèbe en Bourgogne, Soque ou Souque en Champagne, Galeuche en Pays Vosgien...

Ainsi dans nos régions des Vaux-du-Loir et du Haut-Anjou, la veille de Noël après le repas du soir, dans les fermes on balayait avec soin la « place » de foyer (âtre), indiquant ainsi que l'année s'achevait et que le soleil qui éclairerait à nouveau les gens de la maison ne trouverait sous ses rayons aucun « Bourrier » (grain de poussière - terme utilisé par Balzac dans son roman le Curé de Tours).

La maîtresse de maison prenait alors une bouteille d'eau bénite et un brin de buis béni le jour des rameaux. Elle aspergeait le feu qui venait d'être allumé de façon à ce que la première flamme soit touchée par les gouttes d'eau.

 

 

Partout, même dans les plus humbles chaumières, on veillait autour de larges foyers où flambait la souche, le tronc d'un chêne ou d'un hêtre symboliquement abattu la nuit.

« Le père de famille, accompagné de ses enfants et de ses serviteurs, allait à l'endroit du logis où, l'année précédente, ils avaient mis en réserve les restes de la bûche. Ils apportaient solennellement ses tisons ; l'aïeul les déposait dans le foyer et tout le monde se mettait à genoux, récitait le Pater, tandis que deux forts valets de ferme apportaient la bûche nouvelle ».

Sous le large manteau des cheminées venait s'abriter la famille tout entière, parents, enfants, serviteurs, chiens fidèles et chats frileux. Les grands-parents racontaient des histoires qu'ils interrompaient régulièrement pour frapper la bûche avec la pelle à feu et en faire jaillir le plus possible d'étincelles en disant : « Bonne année, bonnes récoltes, autant de gerbes et gerbillons ».

 

La porte restait ouverte aux pauvres gens qui demandaient le gîte pour la nuit. On leur servait du vin, de la bière ou du cidre selon les régions. En attendant la messe de minuit on leur accordait une place à la table de la famille.

 

Ainsi dans nos régions de Touraine, des Vaux-du-Loir ou du Haut-Anjou, la bûche devait durer neuf jours. On en gardait soigneusement les cendres que l'on donnait alors aux vaches pour les aider à vêler ou aux brebis et chèvres pour qu'elles n'avortent pas.

L'usage le plus général était de rallumer un tison, précieusement conservé, pour se garantir de la foudre et des orages. Ce tison mais aussi les cendres protégeaient les maisons, les animaux, les récoltes. Ils aidaient les vaches à donner du lait, protégeaient les poules qui couvaient, éloignaient les limaces des jardins et les bêtes nuisibles. Ils possédaient, en outre, un grand pouvoir contre les maléfices et les jeux de sorcières.

Le reste non brûlé de la bûche conservait son caractère sacré. On pouvait s'en servir pour allumer la bûche de l'année suivante ou l'emporter dans une nouvelle maison en cas de déménagement.

Le charbon réduit en poussière pouvait assurer la fertilité des champs et préserver les semences.

 

 

« Cette bûche était toujours la plus grosse qu'on pût trouver ou la plus grosse partie du tronc que l'on appelait la coque de Noël ou coquille. Après avoir mis le feu à cette coque, les petits enfants allaient prier dans un coin de la chambre, la face tournée contre le mur, afin, leur disait-on, que la souche leur fit des présents ; et tandis qu'ils priaient l'Enfant-Jésus de leur accorder la sagesse, on mettait au bout de la bûche des fruits confits, des noix et des bonbons. A onze heures, tous les jeux, tous les plaisirs cessaient. Dès les premiers tintements de la cloche, on se mettait en devoir d'aller à la messe, le moment où toute la chrétienté célèbre la « bonne nouvelle ». On s'y rendait en longues files avec des torches à la main. Avant et après la messe, tous les assistants chantaient des Noëls, et on revenait au logis se chauffer à la bûche et faire le réveillon dans un joyeux repas ».

 

Ces traditions, oubliées, perdues pour la plupart peuvent paraître quelque peu dérisoires à l'heure de la tablette tactile, du smartphone et du consumérisme à tout crin mais elles font parties de notre mémoire traditionnelle et nous nous devons d'en conserver le souvenir.

 

 

Joyeux Noël !

 

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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