UN MARI VOLAGE

Publié le 12 Décembre 2019

Croquis aquarellé Yves de Saint Jean

 

 

Souvenez-vous, je vous avais raconté comment l'un des plus petits oiseaux du potager et même du continent avait habilement réussi à se hisser sur le trône du peuple des oiseaux.

En le regardant vivre et voler au milieu du potager et des arbres du jardin, j'ai voulu en savoir plus.

On le dit roitelet. C'est un malin et un drôle de personnage.

 

Son vrai nom est le troglodyte mignon. Il pèse 10 grammes pour 10 cm de longueur, fier sur deux pattes fines comme des cure-dents. Son plumage est teinté de brun-roux et de gris. Ventre cappucino, dos cannelle agrémenté de fines barres sombres. Son bec est long et fin. L’œil polisson a la particularité d'être surmonté de sourcils couleur crème.

Les scientifiques le nomment « Troglodytes troglodytes » ce qui signifie qu'il pénètre et vit dans les cavités, crevasses et fissures. Une appellation parfaite pour ce brillant faufileur doué d'une étonnante vivacité qui défend furieusement son territoire mais capable de hisser le drapeau blanc pour se tenir au chaud avec d'autres congénères par une nuit de grands froids. Au matin chacun reprendra sa liberté.

 

 

Un mari volage

 

Ils sont plusieurs à se partager le royaume du potager de Saint Jean avec quelques gentes dames car notre roitelet est un véritable séducteur.

On peine à suivre cette petite pelote de la taille d'une balle de golf qui volète en zigzag entre les choux, se dresse fier comme Artaban sur le piquet d'une clôture, disparaît dans le roncier près du ruisseau et ressort quelques secondes après le bec chargé de feuilles pour rejoindre en deux coups d'ailes le trou dans le tronc d'un pommier fatigué pour y compléter son œuvre : un nid douillet.

Un instant plus tard chargé de brindilles, il se faufile au creux d'un lierre touffu.

Serait-il entrain de construire deux nids ?

Vous n'y êtes pas, car ce véritable Don Juan, coureur de jupons, peut en construire quatre, cinq, sept et jusqu'à douze pour les plus en forme quand d'autres ne se contentent que d'un seul.

 

 

Croquis

 

 

Bâtisseur fou, infatigable, il vole de chantier en chantier, ici une vieille boîte aux lettres, là le trou dans un mur, ailleurs un pot de fleurs abandonné ou la poche d'un blouson oublié dans la grange. Avec des feuilles, des fougères, des brindilles, il tresse des alcôves pour autant de mignonnes qui se laisseront séduire par ses sérénades.

Une femelle intéressée l'accompagnera inspecter plusieurs nids. A la suite de cette visite guidée elle prendra celui qu'elle juge le plus solide et le plus sûr. Elle finalisera l'aménagement du foyer avec de la mousse et quelques plumes pour y pondre 5 à 8 œufs blanc teinté de taches rouges qu'elle couvera toute seule pendant deux semaines.

Pendant ce temps notre joli cœur est allé charmer d'autres muses et leur proposer des chambres encore libres.

Pour jouer sa sérénade, notre séducteur adopte une posture dressée, queue relevée et poitrine gonflée. Il entonne alors de longues trilles à faire pâlir un rossignol.

Qui pourrait imaginer que des notes aussi claires puissent naître de la gorge d'un si petit oiseau ?

Chose étonnante, malgré sa petite taille, le troglodyte possède le chant parmi les plus puissants du monde des oiseaux.

Par temps calme, ses notes portent à plus de 500 m soit 5000 fois la longueur de son corps. C'est un peu comme si La Callas s'entendait à près de 9 km. Le volume sonore de ses couplets atteint 90 décibels soit le bruit d'un TGV lancé à 300 km/h perçu à 25 m.

 

 

Père irresponsable et enseignant

 

Pour vivre ses amours simultanées notre roitelet laisse les poussins à la charge de leur mère qui les nourrit d'insectes, larves, araignées et petites baies, menus essentiels de ces poids plume. Le roitelet est donc utile au potager.

Quand les petits pourront voler, il se chargera de leur éducation jusqu'à leur indépendance au bout de deux semaines peut-être pour, pendant ce laps de temps, leur enseigner l'art de séduire ?

 

Sacré roitelet !!

 

 

Aquarelle Yves de Saint Jean

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #Potager de Saint Jean

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S
Adorable petit oiseau, bel article
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Y
cui-cui
merci