MISERE

Publié le 22 Janvier 2020

 

 

 

« La pauvreté, on s’en remet. La misère, c’est cette chose atroce, qui coupe les jambes et la tête. La misère elle est tragique. » Michel Ragon-Entretien avec Pierre Assouline

 

 

La famille habitait une petite masure à l’orée de la forêt, à quelques encablures du village. En s’approchant on y percevait le malheur, la tristesse et la désolation. Le toit de la maison était en décrépitude, des tuiles et des ardoises manquaient. Quelques tôles rouillées avaient été posées à la hâte pour boucher les trous. Aux fenêtres, des cartons et des planches remplaçaient les carreaux cassés. Les ronces poussaient un peu partout et des lierres escaladaient les murs. L’étranger qui passait par là pouvait penser que les lieux avaient été abandonnés depuis bien longtemps mais chacun savait qu’une famille vivait là.

 

Lui, travaillait comme journalier dans les fermes environnantes et en forêt : vendanges, moissons, labours, cueillette, bûcheronnage… C’était une brute alcoolique. Les quelques sous gagnés servaient à acheter sa ration de vin rouge. Quand il rentrait du travail enivré, sans raison, il battait sa femme à qui il avait fait trois mioches habillés et nourris grâce à la générosité de bonnes âmes.

 

 

 

 

Au village on ne comprenait pas ce qui avait bien pu se passer. Dans sa jeunesse c’était un garçon tranquille et puis c’était arrivé comme ça, brutalement. Tout le monde disait qu’un jour ça finirait mal. Les gendarmes venaient régulièrement l'arrêter mais dès qu'il ressortait de prison tout recommençait. Des voisins avaient bien tenté d’intervenir mais face aux cris et à sa violence, ils avaient abandonné.

Quand la pauvre femme venait à la boulangerie en pleurant avec ses marmots en guenilles, sans un sou pour acheter son pain, la boulangère lui disait qu’elle pourrait payer la prochaine fois en sachant pertinemment que ce serait pareil.

Plusieurs fois, la pauvre femme avait pensé s’enfuir mais pour aller où avec sa marmaille sans un sou ni famille pour l’accueillir. Alors, résignée, elle avait abandonné.

 

Un soir, ivre mort et fou de rage, il avait jeté toute la famille dehors.

Elle avait alors emmené sa marmaille dans la famille d’une ferme voisine puis, dans la nuit, elle était revenue.

Elle était entrée dans la pièce où la brute cuvait sur sa paillasse. Elle avait pris le fusil accroché au-dessus de la cheminée et tout en hurlant sa douleur, elle lui avait tiré une cartouche de chevrotines en pleine poitrine.

Dans la nuit noire, pleurant toutes les larmes de son corps, elle était allée frapper à la porte de monsieur le maire et lui avait expliqué son geste de désespoir.

Il avait appelé le médecin de la ville, pompiers et gendarmes puis la justice s’était emparée de cette triste affaire…

 

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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