LE FEU FOLLET

Publié le 3 Mars 2020

 

 

Avez-vous déjà vu ces petites flammes dansantes qui se produisent naturellement dans les cimetières ou au bord des marais et des mares ?

 

On les appelle « feux follets » ou « feux belluards ». Ils ont depuis toujours ébranler l'imagination populaire.

Pour l'homme de la terre, le paysan, ces petits feux voltigeurs sont des esprits malicieux, parfois hostiles, des âmes en peine qui demandent des prières. Certains mots comme « foiraux »

« tornichauds » ou « gros bonnets » ne doivent pas être prononcés devant eux sous peine de se trouver en grand danger. En cas de rencontre il vaut mieux leur jeter son mouchoir, ainsi ils danseront dessus, sinon ils vous suivraient jusqu'à votre maison.

Pour certains ce sont des « lavandières de la nuit » qui peuplent nos rivières de Loire et des Vaux du Loir.

En Berry, au pays de la « Petite Fadette », il se nomme « fadet »,« flambette» ou « flamboire» et « lutin » dans nos pays de Loire.

 

Selon George Sand dans un cours essai « Vision de la nuit dans les Campagnes » (paru dans l'Illustration en 1851), le follet ou fadet hante surtout les pâturages : 

«... il y rassemble les chevaux, se cramponne à leur crinière et les fait galoper comme des fous...Il prend en amitié les animaux les plus ardents et les plus fougueux.

Il les fatigue beaucoup, car on les trouve en sueur quand il s'en est servi ; mais il les frotte et les panse avec soin qu'ils ne s'en portent que mieux...On connaît parfaitement les chevaux pansés au follet. Leur crinière nouée par lui de milliards de nœuds inextricables.

C'est en réalité une maladie de crin, une sorte de plique* chevaline . On pourrait couper ce crin impossible à démêler.

Les paysans s'en gardent bien. Ce sont les étriers du follet ; et s'il ne les trouvait plus pour y passer ses petites jambes, il pourrait tomber et comme il est fort colère, il tuerait immédiatement la pauvre bête tondue. »

 

 

 

 

 

* La lanterne des morts

 

Une vieille légende raconte que par certaines nuits sombres un jeune feu follet dansait sur l'eau et sautillait au bord des ruisseaux entre les racines des vieux saules. Il semblait jouer à cache-cache en éteignant et rallumant sa lumière entre brins d'herbe et frêles roseaux, donnant la lointaine illusion qu'une main invisible agitait une lanterne magique aux verres multicolores.

Au cours d'une nuit noire sans lune, il entendit au milieu des joncs qui dressent leurs quenouilles ensorceleuses une voix qui lui disait : « où vas-tu ainsi petit feu follet effronté, que fais-tu de tes nuits ? »

Feu follet haussa les épaules, il ne répondit rien tout heureux à se faufiler, sautiller, danser, s'amuser au milieu des herbes et voleter au-dessus des eaux brumeuses de la rivière.

 

Une nuit suivante, la même voix mystérieuse sortie cette fois du cœur creux d'une vieille truisse de saule le sermonna un peu plus durement :

« Feu follet, jeune insouciant, léger et impertinent qui aime mieux divaguer sur les eaux et entre les herbes, ne pourrais-tu pas rendre ta flamme utile en guidant par exemple les malheureux et les âmes en peine égarés dans la nuit. »

 

A quelque temps de là, feu follet, posé sur la racine d'un aune, légèrement fatigué de gambader sans but se rappela les paroles entendues dans la nuit sombre.

Il réfléchit. Ce vieux sorcier a raison, se dit-il. Il décida alors d'avoir un but louable et de ne plus vivre en tête de linotte écervelée.

Mais que faire ?

 

Alors qu'il avait folâtré plus que de coutume, en s'éloignant quelque peu de la rivière, il aperçut au milieu du cimetière du village une sorte de tourelle surmontée d'un clocheton ouvert aux quatre points cardinaux.

« Voilà ce que je cherchais, se dit-il. Au lieu de sautiller et gambader comme un lutin étourdi, je vais chaque nuit placer ma petite flamme au milieu de ce clocheton bâti au cœur du cimetière du village. »

 

C'est ainsi, dit la légende de nos pays de bocage que ce serait allumée la première « lanterne des morts ».

 

 

la Lanterne des morts dans le cimetière de Parigné l'Evêque

 

Dans notre département sarthois, on peut voir cette

« lanterne des morts » dans le cimetière de Parigné-l'Evêque. inscrite ainsi que la chapelle attenante au titre des Monuments Historiques depuis le 20 janvier 1926.

 

 

Pour en savoir plus

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lanterne_des_morts

* http://* https://fr.wikipedia.org/wiki/Plique_polonaise

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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