L'HUITRE DES VAUX-DU-LOIR

Publié le 5 Avril 2020

 

 

 

En ces temps de confinement, je n'ai pas attendu les conseils de nos « sachants » qui nous autorisent à des déplacements brefs pour pratiquer une activité physique individuelle.

 

Chaque matin, depuis belle lurette, je chausse mes godillots et pars, solitaire, à la découverte de nos sentiers catoniciens.

Tout y est calme, juste quelques gazouillis de moineaux, pinsons ou mésanges et le bruit du vent dans les frondaisons.

 

 

L'huître du Petit-Barré

 

En longeant un champ fraîchement labouré près du lieu-dit le Petit-Barré, par un matin ensoleillé, je fis une découverte surprenante....

Une huître !

Bien entendu pas un belon ou une fine de claire !

 

Mise au jour par le soc de la charrue, elle était là enfouie, sans doute depuis des millions d'années en ces lieux que des savants que l'on nomme géologues qualifient de mer des faluns.

Sur ses rivages, me dirent-ils, il régnait, à cette époque, une chaleur aussi forte, aussi lourde et chargée de vapeur d'eau qu'en notre Congo actuel.

Une végétation luxuriante et une faune excessivement abondante de sauriens, de poissons, d'hippopotames et de rhinocéros peuplaient les lieux.

 

 

 

 

 

Les Vaux-du-Loir

 

La légende dit qu'un jour, il y eut un grand conseil des dieux et Neptune, dieu des eaux vives et des océans, dans sa grande sagesse ordonna à la mer des faluns, riche en coquillages de toutes sortes, de se retirer.

Au fil du temps, l'huître du Petit-Barré devint pierre.

 

Les eaux s'étant éloignées, le patriarche Noë avait ordonné à ses petits enfants de se séparer pour aller peupler des régions éloignées.

Son petit-fils nommé « Lédo* », un beau jeune homme aux yeux bruns et sa compagne la belle « Lygère* », aux cheveux d'or, répondirent suivant la coutume ancienne « qu'ils avaient entendu et qu'ils obéiraient. »

 

En les serrant fort sur sa poitrine, il leur dit :

« Partez mes enfants, marchez vers des horizons nouveaux, traversez les déserts, les montagnes, les plaines, les forêts jusqu'à un pays hospitalier, joyeux et agréable qui puisse réjouir vos cœurs et vos âmes. »

 

 

 

 

Avant le départ de Lédo et Lygère, il y eut un grand conseil des sages qui leur confièrent des cadeaux sacrés.

Noë leur remis un « Oignon de Paradis » qui donnerait naissance à un peuple harmonieux sur une terre pleine de fleurs.

L'oncle Noam leur remit un anneau de Turquoise : « celui qui le portera deviendra rusé comme un renard ».

Le vieux Alastair au visage ridé et aux sombres sourcils leur offrit un anneau de Cornaline « celui qui le portera deviendrait fort comme un bœuf et deviendrait conquérant. »

 

Les deux jeunes gens se mirent en route. Ils traversèrent plaines, déserts, montagnes et forêts. Après des jours et des semaines de marche, ils arrivèrent dans une belle vallée aux coteaux verdoyants, aux lignes souples et majestueuses.

Il y régnait un calme magique, surnaturel.

La belle Lygère, dénouant ses cheveux d'or dit : « Ô mon beau Lédo arrêtons-nous, c'est là que nous devons vivre. Cet adorable pays et ces belles rivières porteront nos noms.

 

Épuisés par leur long voyage, ils s'endormirent dans la quiétude et le charme de cette belle vallée.

A leur réveil, le soleil flambait déjà au-dessus de l'horizon.

A leur grande surprise, ils virent que « l'Oignon de Paradis » déposé sur la mousse humide avait germé et la tige effilée avait traversé les anneaux de Turquoise et de Cornaline.

Ledo voulut intervenir pour sauver les deux bijoux mais Lygère le retint.

« Laisse pousser cette plante magique, d'elle naîtront, j'en suis certaine, mille et mille familles de plantes et fleurs de toutes formes, couleurs et parfums. Elles feront la beauté des lieux et la joie de la nature pour nos descendants qui n'en seront que plus heureux.»

Ledo retint son geste et laissa la plante pousser.

 

« L'Oignon de Paradis » continua de grossir tant et tant que les anneaux de Turquoise et de Cornaline se brisèrent en mille fragments de toutes couleurs comme autant de fleurs.

Voilà pourquoi nos Vaux-du-Loir ont conservé le nom du beau Lédo et de la belle Lygère aux cheveux d'or.

 

 

 

 

C'est ainsi que du Petit-Barré et en tous lieux des Vaux-du-Loir des hommes et des femmes ont tenté et réussi d'y vivre en harmonie malgré les aléas de l'histoire.

 

Princesse, la vallée est un écrin aux châteaux et manoirs pour bijoux et ses rivières sont devenues colliers.

Rurale, bucolique, épicurienne elle entretient une terre où bien des jardins de curé et nombre de riches potagers et cultures maraîchères cultivent l'étiquette de « Jardin de la France ».

Ses coteaux se sont couverts de vergers aux fruits délicieux et de vignes dont les raisins retiennent prisonniers les rayons du soleil.

 

 

 

Les Vaux-du-Loir sont beaux tout simplement !

 

 

 

 

 

* Ledo : Les graphies les plus communes en latin médiéval de la rivière sont « Loedus », « Ledum » ou « Lidericus » qui désigneraient trivialement un cours d'eau.

La forme la plus ancienne est « Ledo » (616) du gaulois Ledo (flux et reflux) Une attraction patronymique avec le fleuve ligérien n'est pas à exclure. La batellerie y montre depuis l'antiquité une véritable identité ligérienne.

 

* Lygère : J'ai féminisé le mot « Liger » qui est l'ancien nom latin et gaulois de la Loire.

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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M
Je suis à chaque fois si heureuse de lire votre belle prose.
J'espère que tout va bien pour vous, autour de vous, et au-delà si c'est possible....
Prenez bien soin de vous, et des autres, encore et toujours.
Bien à vous, Ghislaine Maillet. Du Bec Hellouin !
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