LA SAINTE CECILE DE CHARLES HOYAU

Publié le 12 Avril 2020

 

 

 

Quelque temps avant de me retrouver comme tout un chacun dans cette situation de confinement, j'avais pu passer quelques heures à arpenter les rues de la vieille cité mancelle (article à venir) puis aller me recueillir un instant solitaire dans le calme et la sérénité de la nef de la cathédrale Saint Julien.

Puis j'ai continué ce moment de prière silencieuse, en parcourant les différentes chapelles qui bordent le déambulatoire et j'y ai découvert des trésors.

 

Qui connaît Charles Hoyau, sculpteur, grand maître de l'école mancelle ?

 

Je vous avoue humblement, avant la découverte de ses œuvres à la cathédrale, mon ignorance totale sur ce personnage hors du commun qui est probablement le plus grand des sculpteurs manceaux du XVIIème siècle, avec Pierre Biardeau, grand maître d'une école de sculpture inconnue de presque tous les livres de l'histoire de l'art : « l'école mancelle ».

 

Il fut le maître des maîtres, l'artiste le plus imité par ses contemporains tels que Nicolas Bouteiller, Gervais Delabarre, Nicolas Montgendre ou Marin Préhoust avec lequel il était apparenté par sa femme Ysabelle Préhoust.

 

 

Sainte Cécile détail

 

 

On ne sait rien de son activité avant 1630, ni de sa formation. Artiste véritablement ignoré, il n'est mentionné qu'au détour de quelques articles dans des rubriques archivistes.

On peut cependant se demander si Hoyau à défaut de pouvoir se rendre en Italie n'a pas fréquenté le gigantesque chantier de Fontainebleau, lieu artistique de l'époque, où l'on pouvait voir des œuvres antiques dont on avait amené depuis Rome des copies spécialement exécutées pour les collections royales en 1543.

Pour Charles, c'était l'endroit idéal où il lui était possible d'apprendre son art auprès des grands maîtres italiens en cette période où le retour à l'antique dans tous les domaines de l'art était à la mode.

Profondément marqué par le courant maniériste, il l'adapte à sa sensibilité. A-t-il rencontré les grands maîtres tel Germain Pilon, rien ne peut l'attester ?

Il semble cependant qu'il ait beaucoup admiré ses œuvres.

 

Bien qu'habitant Le Mans, c'est en Touraine que Charles Hoyau trouve ses premières commandes. En 1631, il exécute « toutes les figures du grand autel de l'église » des Minimes du Plessis-les-Tours.

 

A ce jour, il ne reste plus que les statues de Saint Jean et Saint Marc conservées désormais dans l'église Notre-Dame-la-Riche selon Michel Laurencin, archiviste du diocèse de Tours.

Très vite son talent fut reconnu et les commandes affluèrent. Il est vrai qu'une œuvre réussie dans l'une des églises les plus courues ne pouvait qu'attirer l'attention. Charles Hoyau se trouva alors confronté à des problèmes de délais et de respect des contrats.

 

 

 

 

 

 

Sainte Cécile* œuvre maîtresse !

 

Parmi toutes les œuvres découvertes dans ces chapelles, la plus émouvante, et bouleversante est, pour moi, la très belle et sensuelle « Sainte Cécile », patronne de la musique, des musiciens, des compositeurs, des luthiers, des chanteurs et des poètes fêtée le 22 novembre.

 

Cécile, fille d'un illustre praticien sicilien, était une jeune fille de la plus haute noblesse. Elle vivait au IIème siècle de notre ère. Elle possédait tous les dons de grâce, de beauté et d'innocence qu'une jeune fille pouvait avoir. Riche et cultivée, elle était fervente des arts et avait un talent tout particulier pour la musique. On raconte qu'elle possédait une très jolie voix dont elle se servait pour chanter les louanges du Seigneur et qu'un ange veillait sur elle. Très jeune elle voua sa vie à Dieu et fit vœu de virginité.

 

Le commanditaire de Sainte-Cécile fut le prospère chanoine Bernardin Le Rouge, amateur d'art et de sculptures en particulier.

La statue porte sur le côté de l'orgue la signature et une inscription « Ex Dono B. Le Rouge, preysbiteri, juribus licentiati, ecclesiae canonici, festi beatae caeciliae undatoris C. Hoyau f. 1633 ».

 

Restaurée il y a quelques années, la statue de Saint Cécile est probablement l'une des ses œuvres les plus harmonieuses avec ce soupçon de joliesse, de délicatesse et d'élégance de pose, l'artiste enveloppant Cécile dans d'amples vêtements dont le rythme des plis élégamment froissés participe à l'expression du sentiment.

Le visage aux formes pleines avec de grands yeux en amande, aux paupières ourlées et aux lèvres bien dessinées reflète bien son canon de la beauté féminine.

Il est certain que le plus grand plaisir du sculpteur a été de modeler la chevelure en de belles longues mèches émergeant d'un chignon compliqué avec la petite boucle relevée au-dessus du front.

Il semble qu'au regard des autres œuvres, l'artiste a utilisé des mêmes artifices où l'on retrouve son goût pour les chevelures très élaborées et les plis amples.

 

 

 

 

Le 18 février 1633, devant Maître Trouillard notaire au Mans, le chanoine Le Rouge fait adopter le projet selon lequel « ...les confrères des églises cathédrales de Tours, d'Angers, de Chartres et des autres diocèses circonvoisins, qu'eux-mêmes, ou tous autres musiciens de leur connaissance, sont invités à composer, en cinq parties, des motets* à la louange de sainte Cécile et à lui envoyer dans la première semaine de novembre. Ces motets seront concertés à la psalette, en présence de commissaires spéciaux chargés de choisir le plus méritant, et de le faire chanter solennellement dans l'église le jour de la fête. » Un prix d'une croix d'or était remise au vainqueur.

 

Outre les sculptures présentent à la cathédrale : « Saint Gervais », « Saint Protais », « Sainte Marguerite », la « Vierge à l'Enfant »... On peut admirer les œuvres de Charles Hoyau dans nombre de lieux de cultes sarthois : la « Mise au tombeau » à l'église Saint Rémy de Marolles-les-Braults, le « Saint Sébastien » de l'église Saint-Thomas de La Flèche , la « Vierge à l'Enfant » de l'église de Cérans-Foulletourte etc...

 

Saint Gervais

 

On pourrait penser que ce grand artiste fut comblé d'honneurs, de richesses, adulé par les poètes, les chroniqueurs, laissant derrière lui une myriade d'élèves...

Absolument pas. A ma connaissance, pas même une rue ne porte son nom et impossible de rapporter un bon mot à son propos.

Mourut-il dans la misère la plus noire tel un artiste maudit abandonné de tous ?

Rien de tout cela, s'il ne fit pas fortune, ce personnage éblouissant mais ignoré eut une vie modeste, simple, calme, travailleuse, sereine.

 

Ses sculptures ont certainement subi les affres de l'histoire, déplacées, martelées, décapées, séparées, badigeonnées mais elles ont traversé les siècles et l’œuvre de Charles Hoyau à travers sa merveilleuse Sainte Cécile à ce quelque chose de fascinant qui ne peut que nous éblouir.

 

 

Chapelle sainte Cécile - Croquis aquarelle et pastel

 

* Depuis 2002, l'association « Les Amis de Sainte-Cécile » présidée par Sylviane Monthulé , a pour objet de participer à la restauration et à l'animation culturelle de la chapelle Sainte-Cécile située sur la commune de Flée, petit joyau du XIème et XIIème siècle. L'association propose chaque année un programme de manifestations et de concerts à la belle saison. A découvrir sur le site de l'association : http://www.chapellesaintececile-flee.net

L'association est membre du réseau « Patrimoine vivant » du Conseil général de la Sarthe.

 

* Motet : composition musicale apparue au XIII siècle, à une ou plusieurs voix, avec ou sans accompagnement instrumental, de longueur variable et écrite à partir d'un texte religieux ou plus rarement profane.

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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