LE MARTIN PECHEUR

Publié le 26 Avril 2020

Aquarelle et pastel Yves de Saint jean

 

 

Dans un coin du potager de Saint Jean, j'ai aménagé une mangeoire pour les oiseaux. En quelque temps, l'endroit est devenu le rendez-vous prisé de toute la gent ailée des environs. Tourterelles, moineaux, pinsons, mésanges, sitelles, roitelets, merles... On se vole dans les plumes pour quelques graines. On s'y côtoie dans un va-et-vient incessant, animé bruyant et coloré mais agréable à contempler.

Ce libre-service ornithologique est installé non loin d'une source  qui irrigue de sa fraîcheur tout le potager. Sur ses bords, quelques grenouilles profitent de la tranquillité des lieux pour des séances interminables de bronzage.

Ce filet d'eau qui ne se tarit jamais se jette quelques dizaines de mètres plus loin dans le « Chef-de-Ville », la rivière du village. On n'y voit plus aucun poisson. Il y a belle lurette qu'épinoches et vairons que nous attrapions dans notre enfance ont disparu. L'arme de destruction massive, pollution, chimie, pesticides, engrais étant passée par là.

 

Il y a quelques jours il y eut un grand silence autour de la « cafétéria » et dans les  fourrés avoisinants. La visite surprise, inattendue et incongrue d'un martin-pêcheur a laissé tout le monde sans voix.

Certes, il n'est pas resté bien longtemps, seulement quelques minutes au sommet d'un piquet de clôture. S'était-il égaré ou bien avait-il été envoyé en éclaireur vérifier de la réalité de la table ouverte ?

Nous ne saurons jamais.

 

 

 

 

 

Mais saviez-vous que cette boule de plumes aux couleurs chatoyantes n'a pas toujours eu cet aspect rutilant ?

 

On rapporta un jour à l'évêque Martin, le plus grand des saints de Loire, ancien officier de carrière sorti du rang, mercenaire de l'armée romaine aux épaisses moustaches pannoniennes car il était né sur les rives du Danube, que sur les bords du grand fleuve vivait un oiseau au plumage sombre comme la nuit.

 

« Alors un homme vint

Un homme dans l'histoire

Un homme sur les bords de la Loire. »

 

On disait que les jours de grande disette, ses petits allaient chercher une éventuelle nourriture au fond de sa gorge et il était courant de dire qu'il était le seul animal à pouvoir donner son cœur pour sa famille.

 

On connaît les différentes actions de Martin dont la plus humble, le manteau coupé en deux, a fabriqué sa légende.

Un jour qu'il se promenait sur la rive du fleuve, il aperçut l'oiseau, l'observa attentivement puis l'appela.

L'oiseau abandonna sa quête de poissons et se pencha vers Martin, l'air intrigué.

- « Tu es obéissant et à ce qu'on m'a dit tu es prêt à sacrifier ta vie pour ta famille, aussi je souhaite et je veux te récompenser. »

Car en ce temps là, les hommes parlaient aux oiseaux.

 

- « C'est vrai, nous vivons des jours bien difficiles parfois dit le pêcheur emplumé au manteau sombre. »

Car en ce temps là les oiseaux répondaient aux hommes qui leur parlaient.

 

A ce moment, les plumes sombres de l'oiseau disparurent instantanément et Martin de Pannonie tout en souriant donna à l'oiseau gris le plus beau des manteaux couleur d'azur à gorge de pourpre, qui était l'uniforme de son régiment.

 

Se regardant dans le miroir de l'eau, l'oiseau fut tout joyeux car il était maintenant le plus bel oiseau du fleuve au plumage arc-en-ciel aussi doux et lumineux que la soie.

 

« Oiseau symbole de la foi et de la fidélité, je te donne mon nom, ajouta Martin. Tu t'appelleras Martin-Pêcheur et tu es autorisé à pêcher dans toutes les rivières, fontaines et ruisseaux de Loire et des Vaux-du-Loir.

 

 

 

 

Bonne semaine !

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #Potager de Saint Jean

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