EMILE ET LE DIABLE -EPISODE 1

Publié le 24 Juin 2020

 

 

Drôle de bonhomme cet Émile, spécimen rare de la race humaine. La soixantaine fière et solide, un visage taillé à la serpe, souvent mal rasé, un regard qui vous transperce et une voix enveloppante.

Émile rêve depuis longtemps aux formules secrètes échangées par des lignées de passeurs de mots, de toucheux, de conjureux qui cernent les maux avec leurs mains et leurs prières inaudibles.

 

Il s'émerveille des pouvoirs des herbes qu'il part ramasser dans la rosée du matin de la Saint Jean mais par dessus tout, Émile aime la lecture, les livres et les histoires qui parlent des ancêtres, de leurs fétiches, leurs croyances, leurs bonheurs et malheurs.

Il aime à les raconter avec son langage, sa bonne humeur lors de veillées où l'on se serre près de la cheminée.

 

Ce soir là, dans le crépitement des bûches, il entreprit de parler de Léonie, une jeune fille troublante et gentille qui désirait trouver un « épouseu ».

Elle n'était pas riche et pour conserver son teint frais que l'air et le soleil burinaient, elle employait de nombreux baumes qu'elle achetait à quelque charlatan et forain de passage.

 

 

Un jour de foire, sur la place du village, Léonie fit la connaissance d'un vieux colporteur. Elle lui compta son grand dessein et son désir de pouvoir rester jolie.

 

« Lisez ceci, lui dit-il en lui présentant un livre de magie et si, ce soir, ajouta-t-il, vous avez tout lu, en tournant la dernière page vous verrez apparaître comme un beau prince qui demandera votre main. »

 

Le cœur léger, revenue à la maison, Léonie dévora le livre et...comme elle tournait la dernière page, la porte de la maison s'ouvrit doucement et comme annoncé par le colporteur, un beau grand jeune homme, bien vêtu s'avança vers elle.

Agréablement étonnée, elle restait immobile.

Son père dormait d'un sommeil profond sous un épais édredon dans un grand et vieux lit.

 

Le jeune « seigneur » prit un tabouret, s'approcha et s'assit près d'elle.

Ils se regardèrent bien en face. C'est alors qu'elle vit de grands yeux rouges et sous son chapeau quelque chose de noir et bizarre. Les vêtements remuaient et s'agitaient de tremblements...

Horreur... des mains velues se mirent à caresser les siennes. Des pattes crochues sortaient des rutilants escarpins et du nez s'échappait une vapeur de soufre.

« C'est lui, ça sent le « Brûlé » ! Cria le père se réveillant en sursaut. Il est là, c'est le « Malin » !

 

Il eut beau prendre sa grosse canne pour taper dessus, celle-ci se courbait comme un roseau. Il tenta alors de lui faire toucher les grains menus de son chapelet mais ceux-ci roulaient dans les minces fils de fer qui les reliaient sans ne jamais atteindre l'être velu.

Puis peu à peu les vêtements de l'étrange personnage furent attirés par d'invisibles mains et il se transforma d'abord en bouc puis en cochon sauvage.

 

Léonie s'évanouit de frayeur, alors son père s'habilla précipitamment et alla courir chercher le curé du village.

 

Quand celui-ci arriva avec son père, Léonie revenait de son évanouissement et le prêtre trouva près d'elle le livre du colporteur.

Elle avait lu le « Grand Albert », grimoire dit de « magie » où il y avait écrit à la dernière page : « Tourne la page et tu verras bien d'autres mystères »...

 

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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