LA MENTHE, NYMPHE AMOUREUSE

Publié le 21 Juillet 2020

 

 

Au potager de Saint Jean on trouve bien entendu choux, salades, pommes de terre, betterave, poireau et autres haricots mais une bonne cuisine ne peut se faire sans aromates. Ainsi, sarriette, sauge, persil, romarin, estragon, coriandre et autre basilic embaument de leurs parfums caractéristiques chaque carré du jardin.

La menthe, certes envahissante, y occupe une place de choix et comme les autres plantes et légumes elle a son histoire.

 

 

 

 

La mythologie nous raconte qu’elle fut baptisée « Minthia » en souvenir d’une charmante nymphe amoureuse qui fut changée en plante par Perséphone, l’épouse jalouse du dieu Hadès. Attendri, le « maître des enfers » ne pouvant lui redonner vie battit la campagne pour doter Minthia d’un parfum capable d’attiser les feux de l’amour. Mais la colère des dieux est tenace et Démeter, la mère de Perséphone condamna Minthia à ne plus porter de semences…

 

Voilà qui expliquerait la singularité de cette plante à la fois amoureuse et stérilisante dont on n’est plus certain du nombre exact d’espèces du fait qu’elles se croisent facilement entre elles donnant naissance à de nombreuses variétés hybrides naturelles.

Ainsi, la menthe poivrée qui brûle en bouche avant de laisser une sensation agréable de fraîcheur serait née spontanément du croisement entre la menthe aquatique et la menthe verte.

Un moine écrivit même qu’il préférait avoir à compter les étincelles de la fournaise de Vulcain* que d’essayer de les dénombrer.

 

En Grèce, on interdisait aux soldats d’en consommer : « La menthe incite tant à l’amour qu’elle diminue le courage ! » Pour la religion chrétienne, elle a donné lieu à une certaine suspicion. Une plante sans graines est un peu comme une épouse sans enfant : « n’écoutez pas la menthe, car elle fleurit sans faire de graines. Écoutez plutôt la sauge qui, avec ses nombreuses semences, est de meilleur conseil » dit le proverbe.

 

 

 

 

Fort ancienne, elle a conquis rapidement tous les continents. On a retrouvé des feuilles de menthe poivrée dans les tombeaux Égyptiens. Elle embaumait les temples Grecs et les demeures des Hébreux. Les Romains en déposaient dans leurs vins mais ce philtre n’était réservé qu’aux hommes et aux dieux. Les femmes qui en buvaient en cachette rafraîchissaient leur haleine avec une pâte faite de menthe et de miel.

Au japon, on connaît la technique d’extraction du menthol depuis deux millénaires.

 

Charlemagne, grand amateur d’aromates et d’épices en fera l’une des composantes majeures des potagers de nos monastères.

Quant aux indiens d’Amérique, ils utilisaient le menthol comme remède contre la fièvre.

 

 

 

 

Libérant un parfum fort et agréable, c’est l’une des plantes les plus aromatiques utilisées dans le monde, déclinée à l’infini dans les boissons, liqueurs, confiseries, chewing-gums, désodorisants, dentifrices, infusions.

En parfumerie, elle entre dans la composition d’eaux de Cologne et de toilette dont la fameuse « Eau Impériale » créée par Guerlain pour l’Impératrice Eugénie.

Elle parfume les boissons avec en tête d’affiche le thé à la menthe du Maghreb. Elle enjolive le taboulé et toutes les salades, accompagne des spécialités comme les nems asiatiques.

L’emblématique « mint-sauce » chère aux anglais est indissociable du gigot. Comble du raffinement, des feuilles de menthe fraîche ajoutées à une sangria renforcent l’arôme de la cannelle et du vin.

 

 

 

Elle est la star de la petite commune de Milly-la-Forêt où vécut Jean Cocteau. On y cultive depuis 1887, grâce à Armand Darbonne, maraîcher venu d’Argenteuil, les fameuses variétés « Ancienne de Milly », « Douce de Milly » et depuis 1940 la « Mitcham », ramenée d'un voyage en Angleterre, à la base du fameux « Pippermint ». Elle aromatise les traditionnelles « Bêtises de Cambrai ».

 

Chez nos amis britanniques, l'huile essentielle de menthe poivrée est associée au chocolat dans les célèbres « After Eight ».

En terre d'Anjou, elle parfume la liqueur blanche, transparente « Menthe-Pastille » créée en 1885 par Emile Giffard, pharmacien à Angers qui transforma son officine en distillerie.

 

D'autres espèces sont cultivées de façon marginale. Pour l'anecdote, selon les variétés, leur saveur rappelle vaguement l'ananas, la pomme, l'orange, la banane, le pamplemousse ou...le chocolat.

 

 

 

 

Pour la santé

 

La menthe est excellente pour la digestion. Elle est efficace contre la paresse intestinale et utile en cas de constipation. Elle stimule la sécrétion de sucs digestifs, de la bile et décontracte les muscles intestinaux. Elle soulage des ballonnements, flatulences, nausées et douleurs à l’estomac. On peut l’associer à la mélisse et à la verveine.

 

Mal des transports ? Un peu d'alcool de menthe sur un sucre !

Antiseptique, elle permet de lutter contre des problèmes respiratoires ou d’affections similaires à des bronchites.

Tonifiante, elle détend les muscles, combat les douleurs musculaires, les crampes et les fatigues chroniques. En cas de mauvaise haleine mâcher quelques feuilles de menthe.

 

Attention toutefois aux personnes souffrant d'hypertension et de troubles hépatiques graves. Elle peut être également déconseillée avant d’aller dormir.

 

Ses feuilles frottées sur la peau soulagent les douleurs liées à des piqûres d’insectes.

C’est un bon insecticide, son parfum mentholé est un répulsif à pucerons, fourmis et moustiques. Un sachet de feuilles de menthe poivrée dans une armoire fait fuir les mites. Pratique et moins cher qu'un insecticide.

 

Pour avoir une peau nette et hydratée, on peut préparer une fumigation en versant un bol d’eau bouillante sur quelques feuilles de menthe. Il suffit de se recouvrir la tête d’une serviette puis se pencher 5 mn au-dessus du bol.

 

Quant à la sensation de jambes lourdes, elle disparaîtra après un massage deux fois par jour, du mollet à la cuisse, avec un mélange parfait de 120 ml d’huile d’amande douce additionnée de 10 gouttes d’huile essentielle de menthe poivrée.

 

Inimitable, la fraîcheur de la menthe, notre nymphe amoureuse, nous accompagne en toutes saisons.

 

 

 

 

* Vulcain : dieu romain du feu, des volcans, de la forge, patron des forgerons.

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #Potager de Saint Jean

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