MON VILLAGE : TOUTE UNE HISTOIRE

Publié le 13 Septembre 2020

Aquarelle du village

 

 

Il a porté le nom de Catnutius, Catnucius, ou encore Catunucus. Non, il ne s'agit pas d'un quelconque empereur ou chef gallo-romain mais tout simplement celui d'une petite bourgade qui au fil des temps anciens deviendra Quercinus, Parachia de Canuto, Martinus de Querceto puis Saint-Martin-de-Chenus et enfin le Chenu que nous connaissons aujourd'hui.

Chenu : toute une histoire !

 

Par quel mystère sommes-nous devenus des catoniciens ? L'origine est assez floue. Certains annoncent l'hypothèse, peu vraisemblable, du passage de Caton (serait-ce Caton l'Ancien ou Le Jeune ? ). D'autres voient une origine dans le culte druidique et la vénération de Quercus ( Le chêne). Enfin ce gentilé* pourrait être issu du latin « cato » ou « catius » divinité selon Saint Augustin chargée de rendre les hommes fins et avisés.

On n'est pas plus avancé.

 

Chenu, ce n'est pas seulement quelques toits autour d'un clocher. Son histoire est ancienne, riche et glorieuse.

Déjà aux temps néolithiques, les hommes occupaient les lieux, chassant sans doute l'auroch* sur les rives de la Fare. Le dolmen de la « Haute Pierre » en est le témoignage concret.

 

Dolmen de la Haute pierre

 

 

Une histoire ancienne

 

A quelques centaines de mètres de l'ancienne motte féodale devenue le délicieux château du Paty passait la « Via Romania » ce chemin romain venait de « Vindunum » (Le Mans).

Une voie secondaire arrivant de « Juliomagus » (Angers) passait au milieu de l'immense sanctuaire de Cherré sur la commune « d'Aubignicum » (Aubigné) atteignait « Vicus » (Vaas) que l'on quittait en traversant le « Lédo » (le Loir) au niveau du Moulin-de-Rotrou. On quittait alors le pays « Védacensis » territoire des « Aulerques Cénomans », l'ancienne frontière se situait au lieu dit « La Pierre fine », pour pénétrer dans celui des « Andes ». Plus au sud, après le vieux camp romain situé sur le coteau de Gransard, la voie continuait sur « Bricca » (Brèches) avant d'entrer dans la province des « Turons » et leur capitale « Caesarodunum » (Tours).

 

Le château du Paty

 

Chenu se trouve ainsi en Haut-Anjou à cheval sur trois provinces du « Jardin de la France », l'Anjou, le Maine, la Touraine, bordé au nord par la Bruère et Nogent, à l'est par Saint-Aubin, au sud par Brèches et enfin à l'ouest par Saint-Germain-d'Arcé.

Un peu partout dans le voisinage de ces voies antiques, on retrouve les traces de villas ayant donné naissance à de grands domaines : La Borderie, Chérigny, la Fosse, Forgeais, Méré, la Brosse... où furent mis à jour nombre de vestiges gallo-romains.

 

Ancienne propriété de la Collégiale de Saint-Martin-de-Tours, Chenu était attaché à la dignité du Prévôt d'Anjou qui prenait qualification de seigneur de Chenu.

Les droits de justice sur cette paroisse furent vendus à la collégiale au mois d'août 1245 par Jehan II d'Alluys, seigneur de Château-la-Vallière qui ramena de sa croisade un morceau de la vraie croix du Christ en forme de croix à double traverses qui deviendra beaucoup plus tard la Croix d'Anjou puis la Croix de Lorraine, symbole de la Résistance.

 

Croquis du château de Chérigny

 

Monuments et maisons

 

Les lieux et monuments remarquables qui jalonnent le territoire catonicien semblent indiquer que Chenu a conservé une réelle importance.

Ainsi la Grange Dimière du XIIIème siècle cumulait les fonctions d'habitation et de stockage où résidait le maire nommé par les chanoines. Il était chargé de rendre la justice et collecter la dîme, impôt essentiellement prélevé en nature.

L'église, placée sous le patronage de Saint Martin de Tours, dont les origines romanes se lisent encore dans les murs de la nef montrent des voûtes angevines sur croisées d'ogives de style Plantagenêt.

Le chœur présente un magnifique retable édifié par le sculpteur manceau Étienne Doudieu. En son centre, un tableau sur le thème de « l'Adoration des Mages » peint pour certains par Mignard, pour d'autres par François Salet montre derrière les personnages historiques les portraits en pied des donateurs, en costumes du temps de Louis XIV, mari et femme de la maison de Bourdeille, seigneurs du Paty.

C'est en ce château que vécut l'archevêque de Tours Hélie de Bourdeille, obscur ecclésiastique, vicaire de Périgueux qui permit la réhabilitation de Jeanne d'Arc dont il démonta le procès. Aujourd'hui, il est la propriété d'une famille où se réfugièrent les derniers survivants de l'explosion de la Montagne Pelé en 1905 qui tua 350 membres des leurs.

 

La grange Dimière

 

De nombreuses maisons construites au lendemain de la guerre de cent ans conservent de cette époque un décor parfois sophistiqué.

La première moitié du XVIème siècle paraît avoir été une période privilégiée.

Ainsi cette maison à étages et tourelle d'escalier dite « Maison Chabin » aurait été celle d'un chanoine du chapitre de Saint Martin. Elle porte en médaillon la date de 1555 et s'orne de sculptures de la première Renaissance.

Plusieurs autres maisons de la rue Saint Jean aux corniches et croisées Renaissance symbolisent une certaine aisance des propriétaires de l'époque.

Près de l'église, dans une splendide demeure « maison de charité » fondée par un sieur Coicault, deux sœurs faisaient l'école aux jeunes filles.

 

 

Croquis de la maison Chabin au centre bourg

 

 

Fermes, domaines et célébrités

 

Le territoire catonicien est occupé par de grands domaines liés à des châteaux. Le Paty, bien entendu, « Forgeais » autrefois propriété de l'ancienne maison Juglart, la Borderie de la maison Ruzé d'Effiat, la Brosse appartenant à Madame Dupont de Vaugirard, Méré, la Chouanière, la Fosse Beauregard, la ferme modèle de la Gagnerie et Chérigny, ce dernier acheté en 1828 par Antoine Pierre Piscatory. Domaine célèbre par ses verreries immortalisées par l'écrivain Daphné du Maurier dans son roman « Les Souffleurs de Verre ». Soucieuse de retrouver trace de ses ancêtres, elle rendit visite au propriétaire de l'époque, le Vicomte Foy à qui elle écrivit le 22 avril 1961 :

« Je voudrais vous remercier de votre très grande gentillesse de m'avoir reçue au château de Chérigny, lundi dernier, et d'avoir permis à mon fils de faire les photographies de l'ancienne verrerie. Nous avons eu beaucoup de plaisir à voir « Le Maurier » et contempler la même scène et le même paysage que nos ancêtres il y a plus de deux cents ans. »*

 

Chenu a vu la naissance du moine Urbain Plancher, savant bénédictin qui rédigea une exceptionnelle « histoire de la Bourgogne ». Invité par l'abbaye de Solesmes, j'ai eu le plaisir d'en feuilleter un exemplaire de l'édition originale.

Ludwick Rajchman, né à Varsovie en 1881, créateur de l'UNICEF en 1946, termina sa vie en 1965 à Chenu où il avait acquis La Fosse Beauregard en 1939.

 

 

La Grande Vallée

 

On comptait encore au XIXème siècle 86 closeries éparpillées en dizaines de hameaux et lieux-dits aux noms qui chantent le terroir et le patrimoine, autant de petits trous de verdure qui animent la campagne : la Vallée des pots, Gransard, La Coulée, Moque-souris, Les Quantières, La Moussardière, La Fredonnière, la Sicaudière, la Tuile, Villeronde, Chef-de-Ville, la Croix, Les Tuileries...

On comptait plusieurs moulins, ceux du Paty, de la Rivière, de Coulongé, de Forgeais, quatre fours à chaux tuiles et briques. La richesse en minerai de fer permettait d'alimenter la forge de Château-la-Vallière.

On sait moins que Chenu comptait jusqu'au XIXème siècle 14 métiers à tisser qui produisaient des pièces de toiles « façon Château-du-Loir » pour le ménage et les voiles de navigation sur la Loire et le Loir. On les estimait les meilleures, non pour leur finesse mais pour leur extrême solidité.

 

Si Chenu a toujours été un pays de polyculture, maraîchage et jardins potagers y avaient une importance particulière notamment dans la « Vallée de la Rivière », désignée à l'époque, on ne sait pourquoi, la « Vallée des Sauvages ».

On y élève encore des vaches et pays du cheval de course, les magnifiques trotteurs que furent Kébir de Chenu, Chambon, Vertige de Chenu et bien d'autres « de Chenu » ont porté haut les couleurs catoniciennes sur tous les champs de course.

 

On comptait encore dans les années après guerre quelques 500 ha de vignes produisant un vin d'excellente qualité, droit de goût et d'une certaine vivacité. A l'exposition de 1900, ce sont 7 médailles d'or, 10 d'argent et 14 de bronze sans compter les mentions honorables qui furent décernées.

L'arrivée dans les années 50 de l'arboriculteur sonnera le glas de ce patrimoine viticole et Chenu va alors se couvrir de centaines d'hectares de vergers et devenir l'emblème de la pomiculture dans ce sud Sarthe : Golden, Délice d'or, Bertane, et autres Gala...

 

 

La gare en 1900

 

 

Révolution industrielle

 

La construction de la ligne Paris-Bordeaux va bouleverser la vie du village. Elle est inaugurée le 11 juillet 1886 à la fin des travaux de construction, par Jean Cail, du viaduc qui enjambe la vallée du Chef-de-Ville. A l'époque, ce sont 10 trains de voyageurs et une vingtaine de marchandises qui passent par Chenu. On perce alors l'avenue de la gare et le village attire de nouveaux habitants qui construisent des demeures inspirées de l'architecture des stations balnéaires. La « Villa des Acacias » construite en 1905, La villa « Sam-Suphi » aujourd'hui « Villa Antoine » bâtie dans les années 1920 par une famille de bijoutiers parisiens, la « Villa Saint-Hubert », la « Villa des Roses », « Les Longuerais » longtemps appelé la « Villa des Violettes » sont le témoignage éclatant de l'influence du chemin de fer.

Parallèlement, Chenu se dote de nouveaux équipements publics avec une nouvelle mairie-école construite en 1909 sur les plans de l'architecte J. Durand et sous l'impulsion du maire de l'époque, M. Guéret.

 

Construction de la mairie en 1909

 

Il semblerait que la population de Chenu fut assez considérable autrefois. On attribue une partie de son affaiblissement à la révocation de l’Édit de Nantes qui chassa une partie de ses habitants.

Jusqu'au milieu du XIX siècle, Chenu a compté jusqu'à 1200 âmes et dans les années d'après guerre, on recensait encore plus d'une trentaine de commerces et artisans : boulangeries, boucherie, plusieurs bistrots et épiceries, maçons, couturières, menuisiers, cordonniers, maréchal-ferrant, charron, charpentiers, garagiste, bourrelier, coiffeur, bureau de tabac journaux...

Les temps ont changé !

 

Bien difficile de résumer en quelques lignes l'histoire riche et glorieuse de notre village au cœur du bocage, au cœur de l'histoire où une vieille légende qualifie ses habitants de « sorciers ». Il y aurait tant à dire et écrire.

 

 

Chenu dans les années 50

 

On le sait, nos petites vallées rurales souffrent, souvent oubliées, malmenées par les élites citadines. Elles se meurent parfois de vieillesse, de tristesse au fur et à mesure que les cafés, boulangeries, boucheries, et épiceries disparaissent. Les conflits, la politique, la voiture, la mécanisation, la télévision... ont fait leurs œuvres. Plus de curés, le docteur est à la ville et le facteur passe en coup de vent dans sa voiture jaune parce que son temps lui est compté.

 

Aujourd'hui Chenu est un petit bourg de quelques centaines d'âmes catoniciennes. L'histoire ne l'a pas oublié. Chacune et chacun respire dans cette vallée du Chef-de-Ville une qualité de vie irremplaçable, discrète, sans mondanité ostentatoire, riche de sa seule nature où quelques esprits optimistes et amoureux de leur village ont relevé le gant et cherchent à le réveiller.

 

Toute une histoire !

 

* Gentilé : terme qui désigne les habitants d'un lieu, d'une région, d'un pays par référence au lieu où ils habitent. Par exemple : Parisiens, Allemands sont des gentilé.

* Auroch : espèce de bovidé sauvage aujourd'hui disparue ancêtre des races actuelles de nos bovins

 

* Source : « Manderley For Ever » -Tatiana de Rosnay.

 

le choeur de l'église dédiée à St Martin vers 1900
Le manoir de Méré en 1948
la villa "Sam-Suphi" devenue "villa Antoine"

 

 

A la demande de la municipalité, cet article a été publié en août 2020 dans le bulletin local N°18 « Le Catonicien ».

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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C
Super article qui me fait de plus en plus regretter de ne pas habiter Chenu...
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Y
Il y a des maisons vides
bienvenu