QUAND LA LOIRE S'APPELAIT CE

Publié le 27 Septembre 2020

 

Pendant ce mois d'août en faisant un peu de rangement dans mon fatras de papiers, documents et vieux livres, j'ai retrouvé un article que mon ami Yves Babonaux, le géographe de la Loire, m'avait communiqué lors d'un de ces fameux dîner à Neuvy-le-Roi où nous avions coutume de partir dans de folles discussions, souvent confortablement arrosées et qui se terminaient toujours fort tard. Nous parlions histoire, gastronomie, vins, barrages sur la Loire, parfois de politique. Si nos idées étaient divergentes, les échanges se faisaient toujours dans la plus grande courtoisie et respect.

 

 

 

 

Nous avions quitté, ce soir là, les rives de notre Loir pour celles du grand fleuve royal : La Loire. Yves en était arrivé à la conclusion qu'il était faux de considérer que mythes et légendes s'étaient moins emparés de la lumineuse Loire que du Rhin mélancolique.

« La conquérante, la fantasque, la rivière aux menteuses langueurs, aux brusques terribles colères » comme l'écrivait Maurice Genevoix regorge d'histoires pas ordinaires où fontaines sacrées, fantômes, pierres et dolmens magiques, monastères, abbayes, châteaux, princes, chevaliers et fées, saint guérisseurs, villes et villages engloutis en sont les acteurs mystérieux...

Fouillant dans ses papiers, Yves précisait qu'il ne fallait pas ignorer que de bien curieuses et étranges spéculations concernaient les origines de la Loire et surtout de son nom.

 

L'article de mon ami faisait, en effet, état d'un extrait de la « Dissertation sur le nom primitif de la Loire », un opuscule d'une douzaine de pages publié en avril-mai 1892 à Roanne par un certain Francis Pérot (1840 -1918), menuisier devenu archéologue et historien autodidacte spécialisé dans l'histoire du Bourbonnais. Collecteur de nombreuses légendes et contes il était membre de la "Société Préhistorique Française".

 

 

 

 

Extrait :

 

« Nous proposons, écrit-il, d'admettre que le nom primitif du fleuve de Loire était Cé et nous étayons notre argumentation sur les faits suivants :

Il existe en Bourbonnais, sur les derniers confins de cette province bordée par la Loire, au sortir du Forez et du Brionnais, sur le territoire de la commune de Chassenard, le souvenir et les traces d'une ville importante bâtie sur les bords du fleuve vers l'époque gauloise ; plus tard les Gallo-Romains l'agrandirent en édifiant leurs constructions sur le versant du coteau. Cette ville a disparu depuis des siècles ; nous avons reconnu ses ruines et fouillé une partie de sa vaste nécropole ; l'emplacement porte encore le nom somptueux de Ville-de-Cé : la Loire recouvre une grande partie de ses ruines et, durant la saison des basses-eaux, l'on voit encore l'emplacement de plusieurs puits en maçonnerie sèche.

Le bruissement des eaux sur les galets qui forment le lit du fleuve et leur glissement sur la rive du coteau, reproduisent exactement au moment d'une faible crue, le nom de cette vieille ville de Cé. (…)

Descendant le cours du fleuve jusqu'à Orléans, l'antique Cenabum des Romains, nous trouvons dans cette ville une petite ruelle tortueuse débouchant sur la Loire et à droite du pont actuel, qui a conservé un nom bien caractéristique : rue du Pont-de-Cé.

Pourquoi une semblable désignation ? Et comment se fait-il que cette rue, qui conduisait à un pont, ne soit pas désignée par le nom actuel du fleuve sur lequel le pont était jeté ?

C'est que la tradition a retenu le nom primitif de la rivière sur laquelle était établi un pont, dont la rue du Pont-de-Cé indique l'accès.

Si cette ruelle eût été désignée rue de Cé, nous n'aurions même pas songé à ce rapprochement ; la rue du Pont-de-Cé nous dit suffisamment que la rivière sur laquelle le pont était établi se nommait Cé.

Ce seul fait déterminerait déjà une date très reculée de la fondation de Cenabum, rien ne s'oppose à ce que la cité gauloise, qui a précédé la ville gallo-romaine, ait possédé un pont en bois, puisque bien auparavant les villes lacustres étaient construites sur des pilotis, reliés et recouverts de palplanches*.

Le nom primitif d'Orléans actuel n'aurait-il pas été lui-même celui de Cé, comme dans l'exemple précédent et dans celui qui va suivre ?

Continuant à descendre encore le cours du fleuve et après avoir passé Angers, nous trouvons une petite ville qui a conservé son antique dénomination : les Ponts-de-Cé.

C'était donc bien le fleuve qui s'appelait ainsi : Cé, et c'est pour la troisième fois que nous trouvons les ponts de la ville de Cé, c'est-à-dire le lieu où était construit un pont sur la rivière Cé, et cela sur une étendue de près de cinq cents kilomètres !

(…)

Nous supposons que le nom de Cé n'avait été donné au fleuve que vers le Bourbonnais, le point de démarcation entre la langue d'oc et la langue d'oïl, que ce nom lui était particulier jusqu'à son embouchure à la mer et que le nom plus récent de Loire, Louère, Loëre, la Liger des Commentaires, aura pris naissance dans le haut pays de la langue d'oc, non loin de la source ; ce dernier nom aura prévalu et il est resté particulier au fleuve et à cette contrée. »

 

 

 

*Une palplanche était une planche servant à consolider une galerie de mine afin d'éviter les éboulements. Le mot désigne généralement aujourd'hui un pieu profilé conçu pour être battu en terre ou dans le sédiment et s'enclenchant aux pieux voisins par l'intermédiaire de nervures latérales

 

 

 

 

En 1874, un cultivateur labourant son champ à Chassenard, dans l’Allier, près de Digoin, découvrit une sépulture à incinération d’époque gallo-romaine. Elle fut vraisemblablement la tombe gallo-romaine d'un important personnage probablement militaire, contenant notamment un masque de fer et des coins monétaire. Cette occupation romaine est confirmée par la présence d'un reste de pont sur la Loire (pieux émergents) dont la mise en place serait comprise entre le 1er siècle av. J.C. et le IIIème siècle.

 

La découverte

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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