HUMBLE ET FIDELE : LE POIREAU

Publié le 13 Octobre 2020

 

 

Au potager de Saint Jean comme ailleurs octobre est là et les quelques rayons de soleil entre les averses viennent encore éclairer les dernières tomates accrochées sur les pieds.

Ça sent presque la fin du potager sauf pour quelques solides cucurbitacées, choux pommés et l'humble mais fidèle poireau.

 

« Malgré son aspect de pitre blafard qui, la tête en bas, dresse en l’air ses jambes pantalonnées de vert, malgré la tignasse blanche qui se hérisse en un toupet grotesque sur son crâne déprimé de crétin microcéphale emmanché d’un long cou rigide et démesurément long, le poireau a le droit de s’enorgueillir, comme l’ail et l’oignon, de l’ancienneté de sa généalogie… ». C’est ainsi qu'Henri Leclerc qualifie celui que l’on appelait autrefois «porreau » ou « pourreau ».

Il poursuit : « peut être est-ce cela qui lui a, si j'ose dire, fait perdre la tête, cette tête robuste, divisée en plusieurs caïeux, à laquelle on reconnaît son ancêtre, « Allium ampeloprasum », ail d'orient ou poireau des vignes, qui croit abondamment dans la région méditerranéenne. »

 

Celui à qui on a souvent prêté le nom « d'asperge du pauvre » se retrouve en botte sur bon nombre de fresques funéraires égyptiennes. Grecs et Romains le cultivaient.

Le surnom de « porrophage » (mangeur de poireau) fut attribué à l’empereur tyrannique Néron qui en faisait grande consommation dans le but d’entretenir ses cordes vocales pour avoir une meilleure voix. Il ne l'accompagnait ni de pain ni d'aucune viande, ne les consommant qu'à l'huile.

 

Le Moyen Age a fait grand cas du poireau. La « porée » ou « poirée » soupe au poireaux et autres légumes était sur toutes les tables. Curieusement le terme de poirée est venu désigner la bette à cardes qui n'a rien à voir avec le poireau mais sans doute parce que ce légume figurait dans les ingrédients de la soupe.

 

 

 

Les Gallois l’adoptèrent comme emblème, pour commémorer, selon une légende parfois controversée, une célèbre victoire dans un champ de poireau qui les opposa non pas à la teigne ou la mouche mais aux saxons au cours de laquelle David de Ménerie (Saint patron du Pays de Galles) conseilla aux soldats gallois d'insérer un poireau dans leur couvre-chef respectif en signe de reconnaissance.

Depuis, la fête de Saint David est commémorée chaque 1er mars dans toutes les villes du pays et le légume figure sur la coiffe des soldats gallois de l'armée anglaise sous la forme de plumes vertes et blanches.

Quant aux amateurs de rugby, tous savent que leurs équipes nationales s'opposent chaque année dans le tournoi des 6 nations au XV du poireau.

 

Vous en conviendrez, toute cette histoire avec ce banal légume à de quoi vous laissez planter comme un poireau.

 

 

 

 

Au Jardin

 

Le poireau est un légume rustique. « Bleu de Solaize », « Gros long de l'été », « Monstrueux de Carentan », «Monstrueux d'Elbeuf »... résistent bien aux gelées et peuvent poireauter au jardin. On peut ainsi le récolter toute l'année.

Le poireau est sensible au mildiou, à l'oïdium, au vers du poireau et à la mouche mineuse. On peut lutter de manière préventive contre ces inconvénients avec des pulvérisations régulières de purin d'ortie ou en l'associant à d'autres légumes amis comme la carotte, le céleri, le fraisier ou l'oignon mais on évitera les haricots, la bette, le chou ou encore le pois.

Démocrite, le philosophe grec, trois cents ans avant notre ère conseillait de faire tremper les graines de toutes les variété de légumes dans une infusion de poireau avant de les mettre en terre afin de limiter la propagation des maladies. Je n'ai personnellement pas encore testé cette technique qui a le mérite de ne pas être toxique contrairement aux produits de la chimie.

Pour favoriser son blanchiment, il est conseillé de le butter régulièrement en ramenant de la terre au pied.

 

 

 

 

Pour la santé

 

En France, Jean Gueurot, médecin particulier de François 1er, le conseillait aux gens « mugueteurs de dames pour leur donner plaisante haleine ».

 

Peu calorique, c’est un aliment léger qui convient à ceux qui veulent perdre un peu de poids. L’estomac s’accommode fort bien du bouillon de poireau qui le repose en le tonifiant.

Riche en fibres, il possède en outre des vertus laxatives très marquées dues à sa trame cellulosique et à sa teneur élevée en mucilage qui en font un véritable « balai de l’intestin ».

Il est aussi diurétique, adoucissant, apéritif, tonique et cholagogue.

Il est indiqué bouilli en cataplasmes sur la vessie en cas de cystite ou autres affections urinaires.

Pris sous forme de bouillon, il facilite l’élimination rénale.

On peut également faire cuire à très petit feu, six poireaux couverts d’huile d’olive. Quand ils sont bien chauds, les appliquer sur le bas-ventre. Le malade urinera rapidement.

Sa richesse en provitamine A et en vitamines C et E en font un protecteur antioxydant de nos cellules.

Il est réputé posséder des propriétés émollientes susceptibles de soulager une trachéite et de rendre la voix à ceux qui l’ont momentanément perdue. Les cataplasmes de poireaux bouillis saupoudrés de poivre blanc, posés sur la gorge, guérissent de l’angine.

Antiseptique, des cataplasmes de poireaux préparés avec le blanc cuit dans très peu d’eau sucrée et malaxé pour faire une sorte de pâte font avorter les furoncles.

 

 

Chacun connaît l'expression « poireauter » ou attendre planter comme un poireau. Dans le langage familier c'est aussi la décoration du « Mérite Agricole » et chez les militaires le poireau est le Général qui a la tête blanche mais est toujours vert.

 

 

 

 

 

Symbole ou emblème phallique bien connu ...

 

Pour terminer cet article je n'ai pas résisté à vous proposer un texte écrit par un jardinier inconnu dont l'humour léger mais non grivois, ne manquera pas, j'en suis sûr, de vous faire sourire :

 

« Le poireau, du latin porrum, se présente sous la forme d’une tige dont la longueur est variable suivant l’âge du sujet. Nous considérerons dans cet exposé uniquement le cas du poireau adulte.

Il se distingue par un tube oblong, garni de poils abondants à l’une de ses extrémités, d’une saveur fade et d’une douceur âcre mais bien préparé, il devient exquis.

L’origine du poireau est très ancienne. C’est notre ancêtre Adam qui l’introduisit le premier et pas seulement dans les Bouches-du-Rhône, comme le prétendent certains.

Dès le début, le poireau fut introduit dans le corps enseignant. Henri IV, lui, voulut mettre le poireau dans le pot.
Bien que cet usage ne soit pas entré dans les mœurs, il est encore pratiqué de nos jours. Plus tard, vers le dix-huitième siècle, St Germain, qui en possédait un beau spécimen, l’introduisit un peu partout en France.

La culture du poireau, florissante jusqu’à nos jours, a eu de nombreuses maisons spécialisées dans l’art de la plantation. Depuis quelques années, ces maisons sont fermées, mais la plantation du poireau n’a nullement souffert de cet état de choses puisque, depuis, elle se propage d’une manière artisanale et familiale.

 

Il y a différentes manières de planter le poireau. Il est bon de le planter dès que sa longueur atteint 15 centimètres. Prendre alors un poireau adulte, bien ferme et barbu à souhait, l’enfoncer par la tête de préférence dans les terrains vierges de toute culture, bien ombragés et humides. Il réussit particulièrement dans les terrains gras situés dans les vallées. Le poireau s’accommode très bien du voisinage de l’oignon qui, dans certains cas, favorise son développement.

Dans sa jeunesse, le poireau se plante souvent derrière l’église et, comme le fait remarquer le spécialiste alsacien Schpuntz, sa culture sur les bords de la Vistule donne de bons résultats. En revanche, le voisinage de la mer lui est néfaste, les maladies du poireau s’attrapant au bord d’elle.

Il est recommandé, avant de planter le poireau, de le faire fumer. Il est signalé que certains composés chimiques, comme les bromures, sont contraires à son développement.

 

On constate assez souvent un durcissement subit du poireau, particulièrement lorsqu’il est légèrement effleuré ou trop longtemps manipulé : il perd son jus et s’amollit. Il suffit dans ce cas, de le laisser en attente pendant un certain temps. C’est ce qu’on appelle « faire le poireau » il retrouvera ensuite ses qualités premières.

Selon certains, le jus de poireau sert à arroser le persil, selon d’autres, il sert à confectionner le café des pauvres. Mais ceci est une affaire de goût personnel.

Le poireau véritable, et recherché, paraît être celui dont la taille et la saveur sont appréciées des connaisseurs. Il est également très recherché des ménagères qui le mettent dans leur pot au feu, accompagné souvent d’un morceau dans la culotte.

L’abus de poireau donne aux ménagères une tendance à l’embonpoint. Pour éviter cet inconvénient, notamment dans le cas du poireau à la crème, il est recommandé de le préparer suivant la vieille méthode dite « anglaise ».

En Bretagne, on met le poireau dans les moules marinières. Certaines personnes prétendent qu’il existe 32 manières de présenter le poireau. A Paris, dans le quartier des halles, il est très courant d’entendre proposer la botte. Nous mettons en garde contre de tels procédés, la marchandise s’avérant souvent défraîchie. Il est préférable de mettre la main au panier pour se rendre compte de la qualité.

Nous vous signalons enfin que la plupart des maladies du poireau sont curables.
Bien traité et bien accommodé le poireau est prêt à n’importe quel moment. Usez donc du poireau, surtout si vous en faites un usage délicieux et fréquent.
»

 

 

 


 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #Potager de Saint Jean

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M
Passionnant comme toujours !
Et comme j’ai souri et même davantage à la fin si bien tournée ????
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Y
merci
A bientôt pour de nouvelles aventures