MARCELINE ET LA MODE

Publié le 4 Octobre 2020

Croquis aquarellé Yves de Saint Jean

 

« Les souvenirs de notre propre enfance ne sont faits que d'instants sublimés qui constituent un véritable patrimoine personnel et intime ... »*

 

Mon enfance a été bercée d'un côté par le travail du bois de Louis le grand père et de l'autre par l'ambiance feutrée de l'atelier de couture de Marceline où toutes les belles dames des Vaux-du-Loir accouraient pour se faire confectionner robes de mariées, tenues de soirée, bustier ou amples manteaux.

On y parlait satin, velours, jersey, mousseline, dentelles, tulle ou tergal...Les dames défilaient et virevoltaient devant le grand miroir à l'encadrement doré. On y vivait au rythme des essayages où il était de tradition d'inviter Louis au premier de ceux-ci sous peine de crime de lèse majesté. Tout le monde y était accueilli avec la même simplicité et bienveillance.

J'ai gardé de cette époque, aujourd'hui lointaine, un souvenir ému et reconnaissant puisque, sans doute, l'amour du bois de Louis m'a conduit à faire une carrière au milieu des arbres depuis le nord de l'Europe jusqu'à la jungle équatoriale gardant passion et intérêt pour tout ce qui touche au patrimoine et à nos valeurs de ruralité.

 

Croquis au stylo Yves de Saint Jean

 

Grâce à Marceline, j'ai toujours conservé un œil attentif et critique sur les sujets touchant à la mode. J'aurais pu, qui sait, devenir tailleur ou styliste, « le destin donne d'étranges rendez-vous » !

J'observe avec intérêt les défilés de la « semaine de la mode » qui oscillent entre bon goût et excentricité. Stylistes, couturières, petites mains, plumassiers, chausseurs, modistes, maroquiniers, bijoutiers sont des créateurs, des artistes qui produisent souvent de véritables chefs d’œuvres inédits. Pour chacune et chacun d'entre eux, l'intérêt de ses présentations étant de se faire remarquer.

Aujourd'hui la mode est marquée par l'originalité, elle est l'expression de sa personnalité. On se démarque en apportant ce petit quelque chose qui va parfois vers des idées un peu loufoques. Pour tout dire, chacun s'habille comme il l'entend, vêtement un peu court, voire provocant, coiffures plus décontractées. Les accessoires comme les casques et les smartphones font partie de cette mode moderne qui sert à provoquer une réaction chez les autres.

 

 

Aquarelle Yves de Saint Jean

 

 

Pour moi, l'excentricité flirte parfois avec le mauvais goût et Marceline aurait été bien désespérée de constater que dans bien des cas, la tenue débraillée est devenue tendance, ou jeunes et même certaines personnes d'âge mûr trouvent un chic aux jeans lacérés et déchirés dont les tailles basses frôlent les talons, slips à peine cachés, habits informes, parfois sales, T-shirts portant slogans publicitaires et provocateurs où le burlesque met en avant des attributs anatomiques qui ne demanderaient qu'à être dissimulés...

Tout le contraire de l'élégance que Marceline avait su imposer en ces temps lointains d'avant et après guerre.

 

Marceline nous a quittés en 1992 en nous laissant un trésor : l'amour du beau et du travail bien fait.

Il m'arrive parfois de parler avec Marceline dont le portrait trône sur le mur à gauche de mon bureau. Revenant un bref instant de son long voyage, je l'ai imaginée en ce dimanche gris et pluvieux assise dans le petit salon atelier et entretenir une petite discussion avec quelques élégantes venues lui demander quelques conseils :

 

« Mes amies, en ville, vous porterez un manteau noir à manches courtes, une robe de crêpe marocain et des accessoires blancs, trois fleurs artificielles, l'une au revers de la jaquette ou à l'encolure de la robe, les deux autres posées sur un amusant petit chapeau de cellophane à bord penché sur l’œil droit, de longs gants de Suède, une pochette d'étoffe.

Toujours une note de couleur sur les robes d'été blanches : large ceinture tressée tricolore, fichu ou boléro de teinte vive, torsade de crêpe de Chine à pois autour de la taille.

 

Pour réunions d'après midi, une robe de mousseline blanche imprimée d'un léger dessin de teinte claire, avec des manches courtes et une jupe presque aussi longue que dans les robes de dîner.

 

Toujours et à toute heure du jour, des gants, simples mais ornés de nervures parallèles, d'un petit revers de couleur ou, pour le soir, entièrement faits en tulle, de la forme la plus nouvelle et assez courte, laissant voir les bras nus entre le milieu de l'avant-bras ou même le poignet et la manche courte.

Aux pieds, d'élégants escarpins en daim de couleur lumineuse à talon et liserés de cuir vernis noir.

Sur les robes d'été de couleur claire, un boléro à manches courtes fait en crêpe de soie ou de laine, d'une teinte crue et vive : rouge clair, mandarine, vert émeraude ou bleu roi.

 

Vous n'hésiterez pas dans les détails très féminins, comme un gros nœud et des bas de manches de dentelle sur une robe sombre, un petit bouquet vieillot au creux du décolleté ou un grand col bordé d'un volant ondulé.

 

Au soleil vous porterez un grand chapeau transparent blanc, garni d'une bande d'organdi écossais. Vous pourrez laisser les petits pour d'énormes capelines de paille blanche simplement ornées d'un ruban et dont les bords seront inclinés dans un gracieux mouvement sur l’œil droit.

 

Vous garderez présent à l'esprit et en toutes circonstances le souci de réaliser des harmonies de couleurs, de style entre le chapeau, les gants, la robe et les différents accessoires de la toilette. »

 

Marceline était une artiste dont toute la vie fut faite d'élégance et de simplicité :

 

« Le beau est la splendeur du vrai » était sa devise.

 

 

Aquarelle Yves de Saint Jean

 

 

* Pierre Szalowski « Mais qu'est ce que tu fais là tout seul ? »

 


 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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