EMILE PAYSAN ET CHARLES PEGUY

Publié le 13 Janvier 2021

 

 

« Aujourd'hui, dans le désarroi des consciences, nous sommes malheureusement en mesure de dire que le monde moderne s'est trouvé, et qu'il s'est trouvé mauvais ». Charles Péguy - « Les cahiers de la quinzaine » dans « Œuvres en proses complètes » Librairie La Pléiade - Gallimard - p. 1390.

 

 

JP Lautman, homme de culture, secrétaire général de la société des Amis de Paul Louis Courier, est un lecteur assidu du blog, commentateur voire correcteur. Répondant au billet sur mon ami « Émile paysan toute sa vie », je ne résiste à publier son commentaire à un moment où pour des raisons obscures, certains tentent, par tous les moyens, de faire voler en éclats des valeurs ancestrales.

 

 

 

 

Le paysan incarne la France, même si cette vérité s’effrite sous les coups de boutoir de la modernité au point de disparaître. Il y a plus d'un siècle, Péguy l’avait étonnamment perçu. Avec cette singularité qu’il identifie le paysan qui se sait mortel et chrétien. C’était sa conception ; elle sert de facile repoussoir à ceux qui ne l’ont jamais lu de près. Le paysan est nettement dépeint, par exemple, dans cet extrait pris dans « Le Porche du Mystère de la deuxième vertu », rédigé à une époque où n’existait aucune protection sociale institutionnelle...
Bien à vous.

Jean-Pierre Lautman

 


[…]
« Ses trois enfants qui grandissent tellement.
Pourvu qu’ils ne soient pas malades.
Et qui seront certainement plus grands que lui.
(Comme il en est fier dans son cœur).
Et ses deux gars seront rudement forts.
Ses deux gars le remplaceront, ses enfants tiendront sa place sur la terre.
Quand il n’y sera plus.
Sa place dans la paroisse et sa place dans la forêt.
Sa place dans l’église et sa place dans la maison.
Sa place dans le bourg et sa place dans la vigne.
Et sur la plaine et sur le coteau et dans la vallée.
Sa place dans la chrétienté. Enfin. Quoi.
Sa place d’homme et de chrétien.
Sa place de paroissien, sa place de laboureur.
Sa place de paysan.
Sa place de père.
Sa place de Lorrain et de Français.
Car c’est des places, grand Dieu, qu’il faut qui soient tenues.
Et il faut que tout cela continue.
Quand il n’y sera plus comme à présent.
Sinon mieux.
Il faut que la paysannerie continue.
Et la vigne et le blé et la moisson et la vendange.
Et le labour de la terre.
Et le pâtour des bêtes.
Quand il n’y sera plus comme à présent. »

 

 

Au commentaire de JP Lautman, je rajouterais que Péguy critique dans la modernité d'abord la vanité de l'homme qui prétend remplacer Dieu, et un avilissement moral largement inévitable, en raison surtout de la part donnée à l'argent et à l'âpreté mise dans sa recherche et son accumulation ; un monde qui tourne le dos aux humbles vertus du travail patient de l'artisan ou du paysan.

 

Il déplore, notamment, la part prise dans nos sociétés par l'esprit de cupidité, la spéculation, la publicité et les impératifs d'une société de spectacle, au détriment du souci de l'éducation de tous.

 

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

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