BRENNUS DES VAUX-DU-LOIR

Publié le 14 Juin 2021

 

 

« Le rugby, c'est l'histoire d'un ballon avec des copains autour et quand il n'y a plus de ballon, il reste les copains. »

 

Jean Pierre Rives

 

 

Obscur objet de désir, mythe fou, « Graal » des temps modernes, il est, à lui seul, un rêve insensé, une quête, une épopée.

Depuis plus d'un siècle, toute équipe de rugby rêve d'en être dépositaire pour une année.

 

Ne l'avoir jamais brandi est synonyme de regrets et d'amertume. C'est une tache sur le palmarès des clubs, une cicatrice sensible pour certains parmi les grands joueurs de l'histoire de notre rugby hexagonal.

 

Ce trophée prestigieux, c'est bien entendu le « Bouclier de Brennus », le « bout de bois », ou encore le « lou planchot » occitan, un objet à mi-chemin entre une coupe et une œuvre d'art d'un mètre de haut, 75 centimètres de large et 2,5 centimètres d'épaisseur complété par un disque de cuivre de 52 centimètres de diamètre avec au centre deux anneaux enlacés et la devise « Ludus pro Patria » qui signifie des « Jeux pour la Patrie ».

Telles sont les mensurations et la symbolique de l'objet le plus convoité du rugby français, remis chaque année, depuis 1892, au champion de France, témoin sacré de nombreuses fêtes, mêlées, essais et combats mémorables.

 

 

Brennus le chef gaulois provenant de la figure de proue du cuisassi er le Brennus

 

Ce nom devenu familier nous renvoie dans l'imaginaire gaulois empreint de plus de deux millénaires d'histoire et plus précisément à la tribu des « Senons » guidés par leur chef Brennus qui vers 390 av. J.C. envahirent Étrurie puis Rome qu'ils pillèrent et incendièrent avant de se retirer en échange du versement d'une forte rançon.

 

 

 

* Charles Brennus *

 

 

 

Charles Brennus

 

 

Mais rien de tel dans notre histoire du patrimoine des Vaux-du-Loir.

Le « Bouclier de Brennus » n'est pas le prestigieux trophée historique légué par les descendants d'un chef gaulois ayant vécu il y a 2400 ans dans la région de l'Yonne et de la Seine-et-Marne.

Il porte tout simplement le nom du graveur-ciseleur qui l'a créé d'après un croquis du Baron Pierre de Coubertin.

Mais s'il n'a pas le prestige d'une antiquité millénaire, ses concepteurs, Coubertin comme Brennus, sont des personnalités éblouissantes du sport mondial, pour le premier et du rugby hexagonal pour le second.

 

Connu sous le pseudonyme de « Charles Brennus », Brennus-Ambiorix Crosnier, fils de Jules-Alphonse Crosnier, tailleur et d'Augustine Sibot, couturière, est né le 30 novembre 1859 à Châteaudun dans les Vaux-du-Loir.

Après son apprentissage de maître-graveur, il installe son atelier 17 rue Chapon à Paris, se spécialisant dans la conception et la réalisation de trophées sportifs.

 

Ce n'est que vers la trentaine qu'il rencontre la passion dévorante de sa vie, le sport et d'abord par la pratique du cyclisme.

Dès 1895, il fonde le « Sporting Club Amateur » qui deviendra en 1902 le « Sporting Club Universitaire de France ».

Ne laissant pas une grande marque en tant que joueur, c'est en qualité d'organisateur et de dirigeant hors pair qu'il va montrer tout son talent à une époque où le sport essaie de se donner de solides structures nationales et internationales.

Il fera partie de toute l'aventure notamment au côté du Baron Pierre de Coubertin qui fera en 1894 le vœu de rétablir les Jeux Olympiques de la Grèce antique sous une forme rénovée.

 

Le Baron Pierre de Coubertin

 

Brennus préside en 1898 la commission « athlétisme » et en 1900 il devient président de la commission Rugby sans interruption jusqu'en 1919.

A l'heure de la retraite sportive, il devient arbitre de haut-niveau et dirigea les plus grandes rencontres dans un championnat de France réduit à quelques clubs : Stade Français, Racing Club de France, Stade Bordelais, Olympique de Paris et Étudiants Toulousains devenu Stade Toulousain en 1907.

 

 

* Initiateur et stratège du rugby français *

 

 

 

Sous sa direction, le rugby connut ses premiers succès internationaux. Sous sa coupe vont se disputer les premières rencontres franco-britanniques avant que la France n'intègre en 1910 le « Tournoi des V Nations ».

Les équipes de France jouaient alors en maillot blanc quelle que soit la discipline avec sur la poitrine, deux anneaux entrelacés, rouge et bleu, qui inspireront plus tard les anneaux olympiques, et seront complétés à partir des années 1913-1914 par le coq gaulois.

 

Durant vingt ans, Charles Brennus fut l'initiateur et le grand stratège de l'essor du rugby international français, avant d'en assurer la survie durant la première guerre mondiale. A la sortie du conflit sera créée la Fédération Française de Rugby Amateur dont il fut le président d'honneur et le trésorier.

D'une grande activité malgré son âge, il resta un conseiller avisé et respecté.

Il ne se retira qu'au début de la seconde guerre mondiale et meurt au Mans, chez sa fille, le 23 décembre 1943, à l'âge de 86 ans.

 

 

Grâce au bouclier, le nom de Brennus des Vaux-du-Loir et son souvenir restent très présents.

Symboliquement, ce sont deux jeunes joueurs revêtus du maillot du club, le SCUF, qu'il a fondé et animé qui viennent chaque année remettre le trophée à la garde du vainqueur de la finale. Pourtant finaliste en 1911 et 1913 le club de Brennus ne l'a jamais gagné

 

 

J'avais eu le plaisir et l'honneur de rencontrer Naas Botha, célèbre N°10 des Springboks des années 1990

 

J'aime le rugby.

Je manque rarement les grands matchs. Je suis allé plusieurs fois à l'époque au parc des Princes et même jusqu'en Écosse.

Modeste joueur dans ma jeunesse étudiante puis militaire, je n'ai, bien entendu jamais soulevé ce valeureux trophée mais j'ai le souvenir glorieux d'avoir marqué comme troisième ligne centre (N°8) un essai au milieu des poteaux contre une sélection anglaise sur le grand stade d'Abidjan devant plusieurs milliers de spectateurs.

J'en garde un souvenir ébloui et notre équipe avait  gagné.

 

 

 

 

A la semaine prochaine !

 


 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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A
J'avais zappé cette chronique en son temps ! Nos régions sont riches de ces rencontres mi-confidentielles, mi-glorieuses. Il est bon de temps en temps de faire remonter à la mémoire des hommes le souvenir de ces instants d'amitié. Merci pour la passe en retrait...
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