EMILE RACONTE -11- UN JOUR DE MARCHE

Publié le 4 Juillet 2021

 

 

 

Le marché est un lieu de vie, de rencontres, d'échanges, un lieu où les intermédiaires sont supprimés.

 

C'est l'art du bien vivre. On y va le nez au vent, sans liste précise simplement guidé par la découverte des couleurs changeantes des saisons, les odeurs des fruits et légumes, les effluves des préparations culinaires, celles des poulets qui rôtissent, des pains tout juste sortis du four, des embruns iodés de la mer chez le poissonnier, des étals de fromages ou de charcuterie.

 

On y prend son temps, celui de faire connaissance avec les agriculteurs, les maraîchers, les artisans, les bouquets colorés du fleuriste, le marchand de chaussures et l'affûteur de couteaux.

On y croise toutes les générations, couples, familles, retraités, touristes, toutes classes sociales confondues, des collègues de bureau ou d'atelier, des parents d'élèves, des voisins ou de parfaits inconnus avec qui on peut engager la conversation, boire un café...

 

Ce matin là deux bonnes amies Émilienne et Clémentine qui ne s'étaient pas vues depuis un bon moment se croisent entre les étals.

 

 

 

Emilienne

« Bonjour Clémentine comment que ça va ? Quel plaisir ! »

Clémentine

« Bonjour Émilienne, j'te fais la bise. T'as la goule bin fraîche. Bin ça va et pis quand ça va pas on se pousse, y faut bin et toi ! »

Emilienne

« Ça va bien dieu merci. »

Clémentine

« Et ton bonhomme ? »

Emilienne

« Il a bin du mal à se requinquer. Il aurait comme une fièvre muteuse que quand ça le prend il ne peut tenir en place. »

Clémentine

« Et le médecin ?

Emilienne

On n'a point vu le médecin. Pour des cas comme le sien, les médecins y connaissent rin. Pour lui, on lui a jeté un sort.

Comme on a fait venir le rebouteux pour une vache qu'est tombée ribaude, par la même occasion il a regardé mon homme et lui a donné ses médicaments.

Il a fait bouillir des feuilles de saule dans du vinaigre. Il y a fait un cataplasme autour du cou. Au bout d'une demi-heure, il est rouge comme une écrevisse, la piau toute érussée comme les branches d'un ormeau. Après ça, on lui met des sangsues et on le frotte à l'eau salée. Eh bin, ça le fait tousser de plus belle, il ne guérit point. Lui qui était affable, il devient rifaige, il diminue.

Enfin on n'a pas tous les malheurs, j'ai vendu notre poulain, tout mon beurre et mes œufs.

Et toi ma Clémentine ? »

Clémentine

Dieu merci on n'a pas trop à se plaindre avec toute notre marmaille. Mon homme est revenu de la guerre pas trop mal en point et il a trouvé du travail bien payé à la ferme des Surfons. Je touche toujours ma pension d'allocation d'après guerre pour moi et mes queniaux.

Emilienne

« Ça par exemple comment qu' tu fais ?

Clémentine

« C'est bien simple. Quand je vais voir le percepteur derrière son guichet, il me demande si mon homme est toujours sur le front ?

J'y fais croire que j'entends haut et que j'ai l'oreille paresseuse. Au lieu de « sur le front », j'entends « Surfons ». J'y fais oui monsieur le percepteur et je signe le bordereau. C'est pas un gros mensonge. Tant qu' ça marche, j'en profite. »

Emilienne

« Ah ma pauvre Clémentine, il est ti loin le temps qu'on allait à la communale.

Te rappelles-tu le gars Martin Pinaudeau, qui avait une tête de grenouille et qui valsait si bien ?

Et bin il est venu la semaine passée à la maison. Il avait entendu que le maître n'était pas au mieux et comme il n'est pas marié, il est revenu plusieurs fois pour voir s'il ne serait pas possible de s'arranger... tu vois ce que je veux dire.

Et comme il a ce qu'il faut là où il faut, je n'y ai point dit positivement non.

Tu ne vas pas me croire mais il a perdu sa tête de grenouille, il a quasiment une vraie tête de coq vainqueur.

Allez, j' te laisse ma Clémentine, je dois m'acheter des culottes neuves et de la semence pour le jardin. »

Clémentine

« Au revoir mon Émilienne, porte-toi bien et passe à la maison quand tu pourras. »

 

 

 

 

 

A la semaine prochaine !

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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MARIE NARBONNE 04/07/2021 20:01

ah,ah,ah!!!!très drôle

Yves de Saint Jean 05/07/2021 17:50

Il faut bien rire un peu dans ce monde de brutes