EMILE RACONTE - 12 - LE DIABLE MEUNIER

Publié le 19 Juillet 2021

 

Dans mon billet de la semaine passée je vous contais, à ma façon, cette légende qui nous a valu au village cette réputation de « sorciers ».

 

Toutes nos vallées : Loire, Berry, Poitou, Touraine, Maine, Vaux-du-Loir... fourmillent de nombreuses légendes similaires où un pont, un moulin, une grange sont liés à l'activité du « malin » toujours déjouée  par un saint local, un chat, une fée, une sorcière, un magicien ou un feu follet...

 

Hugues Lapaire

 

Issus d'une tradition orale, mythes, fables, histoires merveilleuses, légendes ou contes traditionnels sont devenus des textes littéraires rédigés par des écrivains.

Ils ne sont pas seulement destinés à des enfants mais à tout un chacun. Plus que de banales histoires, ils font partie de la mémoire collective. Ils ont en commun l'art de raconter des événements qui ne sont pas réels mais qui ont en eux une part de réalité. Ils expriment le merveilleux et les espoirs d'une communauté ou d'une société.

 

Plaisir de l'imaginaire, Charles Perrault, les frères Grimm, Andersen sont d'illustres ancêtres de cette forme littéraire. Plus près de nous George Sand et ses « Contes d'une grand mère », Henri Pourrat et ses « Contes du vieux-vieux temps », Hugues Lapaire inspiré par le terroir de sa province natale du Berry et quelques autres plus contemporains me sont des compagnons fidèles à l'image d’Émile.

 

 

 

 

* LE DIABLE MEUNIER *

 

 

Le village et la paroisse sont placés sous le haut patronage de Saint-Martin, protecteur des faibles et des pauvres. En toutes occasions, on fait appel au saint patron « des coupeurs d'habits » pour régler les conflits avec le « malin ».

 

Depuis la nuit des temps, tout au long de nos rivières des Vaux-du-Loir, se sont installés quantités de moulins utilisant la force de l'eau pour transformer en fines blanches farines les grains que tous les paysans apportent.

 

Le « malin » cherchait un métier, si possible peu fatigant et d'un rapport suffisant. Il réfléchit longuement et après moultes consultations, il choisit le métier de meunier.

La contrée était riche en minerai de fer et les forges locales fort productives. Il eut alors l'idée de construire un moulin tout en fer.

De mémoire d'hommes on n'avait jamais vu une chose pareille.

 

Tout nouveau, tout beau, c'est souvent ce qui séduit le plus vite.

Aussi les paysans des environs qui se plaignaient depuis quelque temps de leurs meuniers apportèrent leurs grains au nouveau moulin.

En moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire et le dire le « malin » accapara toute la clientèle, réduisant au chômage les autres meuniers.

Le « malin » jubilait et s'enrichissait, mais ses clients commencèrent bientôt à déchanter car, le naturel reprenant le dessus, il devint agressif et méprisant, escroquant ça et là le pauvre monde qui cria bientôt misère.

 

 

Le grand thaumaturge Saint Martin, toujours par monts et par vaux entendit les plaintes des braves gens et décida de soulager leur infortune.

 

Nous étions en janvier, l'hiver était d'une rigueur effroyable. L'évangélisateur entreprit alors de construire non loin du moulin du diable un moulin tout en glace.

L'affaire fut conclue en quelques jours.

C'était une merveille. Il fallait voir tourner les roues qui brillaient au soleil lançant mille éclairs.

Cette nouvelle fit rapidement le tour des fermes de la campagne et les paysans chargèrent ânes et chevaux pour y apporter leurs grains de blé que Martin transformait, à bon compte, en une farine fine et blanche.

 

Très rapidement le « malin » perdit l'ensemble de ses marchés. Sans plus attendre, il alla trouver son concurrent et lui proposa d'échanger son moulin de fer contre le moulin de glace.

Après un bref marchandage, Martin accepta, mais à la condition que le « malin » lui versât la somme de 1000 écus de plus-value. Cette somme représentait en fait le bénéfice escroqué sur les pauvres paysans.

Il n'avait pas vraiment prévu cette alternative. Il tenta de négocier puis après quelques semaines de discussion il accepta, se disant qu'il retrouverait rapidement cette somme dès qu'il aurait récupéré toute la clientèle.

 

Le temps passa. L'hiver sévissait plus rigoureux que jamais. Le « malin » se félicitait de son marché et s'apprêtait à refaire de beaux bénéfices toujours en trompant ses clients sur le poids du grain et la qualité de la farine.

 

 

 

 

Mais un beau matin le temps changea. Une douce tiédeur envahit la campagne faisant éclore mille bourgeons. Le printemps arrivait. Les oiseaux chantaient et préparaient leurs nids. Le soleil resplendissait et réchauffait la terre. La nature renaissait. Tout le monde était heureux.

 

Seul, le « malin » commença de déchanter car les roues de son moulin se mirent à fondre sous la puissance des rayons lumineux d'Hélios et diminuaient si vite que l'eau n'avait plus aucun effet pour les faire tourner. Quant aux meules, elles transformaient le blé en une ignoble bouillie impropre à la fabrication du pain.

Le « malin » s'arrachait les cheveux de désespoir ne sachant comment se sortir de ce mauvais pas.

Il courut chez son voisin le grand thaumaturge qui, ce jour là, était fort occupé. En écoutant les plaintes du diable, il eut envie de lui rire au nez mais Martin est un homme élégant et bon, aussi le congédia-t-il avec de bonnes paroles lui disant que c'est lui qui avait demandé l'échange et qu'il était juste d'en supporter les conséquences.

 

Il n'y eut plus de discussion possible. Tous les paysans avertis se moquèrent du meunier malhonnête.

Pour échapper à leurs quolibets et menaces, le « malin » décida alors de s'enfuir.

Depuis on ne l'a plus jamais revu sur les rives des Vaux-du-Loir.

 

 

 

 

Je vous souhaite une bonne Semaine !

 

 

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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Commenter cet article

Monique Reau 21/07/2021 17:32

La peinture du moulin me rappelle celui de Pont de Ruan en Touraine !
Bonne semaine également

Maillet Ghislaine 19/07/2021 19:05

J’ai toujours autant de plaisir à vous lire et à découvrir vos belles aquarelles . Merci !
Prenez bien soin de vous

Yves de Saint Jean 19/07/2021 19:31

merci
bonne soirée

Alinéas 19/07/2021 11:52

Magnifique. Voilà un conte qui aurait fait de l'effet sur un blog spécialisé dans les moulins... Et quelle chance de pouvoir s'illustrer soi-même ! Si joliment.

Yves de Saint Jean 19/07/2021 12:16

Merci
l'article sur l'ergot du seigle était très intéressant. Quelle terrible maladie !
Amicalement
Yves