CARTE POSTALE

Publié le 19 Août 2021

 

 

Serge Dupont-Vallin est un ami écrivain, auteur de plusieurs romans dont « Les Routes de la Faim » et « Itinéraire d'un SDF ».

 

Nos chemins se sont croisés en Normandie. Nous avons partagé en commun des séances de dédicaces et de bons petits plats autour de tables joyeuses. Nous y évoquions nos passés, riches d'aventures et d'expériences. Je fus prospecteur dans les jungles équatoriales, Serge, marin, ébéniste ainsi qu'éleveur de visons, critique gastronomique...

 

Nous avons en commun des rêves insensés, devenir James Bond, trappeur en Alaska, flibustier, pape, prince, concertiste ou prix Nobel...

 

Il est le compagnon de Diane de Lalène-Virchaux, sculpteur. Elle a fréquenté la Fondation Maeght, réalisé de nombreux décors monumentaux pour de grandes entreprises et elle a travaillé accessoirement pour César.

 

Ils vivent dans le sud et je n'ai pas résisté au plaisir de publier cette carte postale au parfum de lavande qu'ils viennent de m'envoyer.

 

Amitiés

 

Yves et Catherine

 

 

 

 

Adessias les amis,

 

L’été déroule son fil doré du ciel au jardin chassant la verte chlorophylle pour imposer ses tresses grillées. Chaleur et nonchalance nous habillent et l’on ne sait de l’été ou de l’hiver, du coin d’ombre ou du pétillement des bûches lequel est le plus conciliable aux lecture. On s’en fiche, l’important est de voyager en écritures. Pourtant ma lecture présente me retient en Normandie, dans les traits de l’enfance de Patrick Grainville (« L’Orgie, la neige »), hiver 62 froidure et neige exceptionnels sur les lieux mêmes de ma propre enfance, âges identiques, lignes et pages raidies par le froid au moment même où nous luttons contre la canicule…

Sensation étrange, décalée, presque dérangeante.

 

La saison estivale plus que jamais a saisi la côte dans une frénésie festive. Depuis, le jardin, balcon sur la Méditerranée, nous ne comptons plus les feux d’artifice et les échos de trémoussements syncopés sur la place du village nous parviennent sans rémission. En réponse, nous avons nos heures étoilées à nous quand nous poussons la puissance des haut-parleurs, se délecter de « Norma » ou « La bohème » sous la voûte étoilée laisse les cigales médusées et muettes !

 

Ce mois-ci Diane a son heure de gloire dans la gazette du village avant une rétrospective l’an prochain au musée de la céramique de Biot. Quant au Cercle littéraire des dilettanti, il s’étoffe de quelques nouveaux lecteurs.

 

 

Ainsi vous parviennent les échos saisonniers des exilés normands toujours proches de vous.

Cependant l’été musarde entre siestes, pastis ou rosé, salades froides et fruits de saison autant de raisons qui excusent la plume paresseuse. Laissez-moi vous narrer le week-end passé puis vous abandonner à vos rêves et réalités.

 

Ce vendredi passé nous prenions la route de Manosque par l’arrière-pays. C’est un itinéraire montagnard qui multiplie les lacets, se perd dans la forêt dense, rencontre des lacs, des canyons et même des bisons puis il trace son sillage dans l’immensité odorante du plateau de Valensole jusqu’aux premiers faubourgs commerçants et horribles qui bordent la ville. Nous sommes chez Giono dont l’association du même nom fête chaque année l’auteur du pays, une sorte de père pour moi.

J’avais le choix, je choisis de porter nos pas dans les villages où Jean le bleu situait ses récits plutôt que d’écouter un pédantisme érudit qui ne nous apporterait rien que nous ne sachions, au moins le pensions-nous.

Le clocher de Vachères n’est pas bleu et le village délaissé, écrasé sous le soleil, se taisait dans le bercement des roses trémières envahissant les sentes. Nous sommes entrés dans le pays d’en-haut, le pays « des vraies richesses ». Plus loin, quand la route fatiguée s’arrêtait de serpenter nous abordions des fermes érigées en forteresses ou bien des villages perchés tel Simiane la Rotonde, Aubenas-les-Alpes, « le village » selon Giono ombragé de marronniers centenaires.

Au loin, Banon s’est fait désirer. Il y a une quarantaine d’années, Jean Giono m’attira déjà dans les murs du gros bourg. J’ai écrit là, à l’ombre d’un tilleul sur le parvis de l’église haute où burinait un sculpteur barbu, quelques pages maladroites dans l’esprit du poète haut-provençal. Lieu de naissance de mes écrits. A Banon est née une librairie pas comme les autres qui reçoit ma visite lors de mes balades gionesques. Une fois encore nous avons subi le charme d’une maison labyrinthe où s’offrent des milliers de livres.

 

 

Quittant Banon, le vieux Redortiers en direction du Contadour est un village abandonné où je rencontrais il y a fort longtemps une femme tisserande et sa fille, âmes solitaires au cœur des ruines où seul le battement du métier accordait au village fantôme le dernier feu. Le vieux village est à présent nu ; il frissonne de longs regrets. Il frissonnait déjà sous la plume de Jean Giono, ce village c’était Aubignane, le berceau de « Regain ».

Nous logions en chambre d’hôtes ces vendredi et samedi passés dans une ferme d’où l’on apercevait le village de Simiane en cascade enrochée. Il suffit d’une guitare comme ce fut le cas pour qu’un dîner se prolongea en chansons. Plaisirs simples.

Dans ces contrées voisines on distillait la lavande. Retour accompagné du parfum des garrigues.

Nous vous boujoutons amicalement dans l’attente de vos bienvenus échos des Vaux-du- Loir, lecture délicieuse.

 

À si vèire…

 

Serge & Diane

 

 

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #Agenda

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