LE TRESOR DU CHEVALIER DENIS DE BASTARD DE FONTENAY

Publié le 2 Août 2021

Portrait du chevalier Denis de Bastard dans la grande salle du château de Dobert

 

 

Il y a plus de 300 ans, « l'Agréable » le vaisseau du Roi-Soleil, incontestablement « le plus imposant de la flotte française » à deux ponts de 66 canons est attaqué au large de l'île Bourbon (La Réunion) et doit livrer un dur combat pour se dégager d'un adversaire qui reste inconnu à ce jour. Gravement blessé, le capitaine Châteaumorand dut laisser son second, le capitaine Bastard de Fontenay, prendre le commandement.

Le navire, né dans les chantiers toulonnais, est sérieusement endommagé. Par précaution, une escale forcée à l'île Bourbon s'impose pour réparer les dégâts.

Dans ses cales, l'or des Indes que le capitaine Bastard de Fontenay va se trouver condamné à cacher dans une ravine de la côte ouest de l'île pour venir le récupérer plus tard avec des moyens plus puissants.

C'était en 1701.

« L'Agréable », vaisseau « fort de bois, fin de voile, propre en corps d'armée », rentra à vide à Lorient (le port de la Compagnie des Indes) mais le déclenchement d'une nouvelle guerre (guerre de succession d'Espagne) fit oublier le métal précieux dans sa cachette où il se trouverait encore.

Ironie de l'histoire ?

Pourquoi le capitaine n'est-il jamais venu le récupérer ?

 

 

 

Les histoires de trésors sont sûrement celles qui font le plus rêver. Elles entraînent ceux qui s'y intéressent dans des aventures qui ne sont jamais banales et en disent long sur les évocations fabuleuses des batailles navales d'antan, des secrets d'alcôves et autres légendes qui courent à travers les ravines et mirifiques cachettes de ces îles aux trésors dont l'île Bourbon est un des plus beaux exemple.

Elles entretiennent le mystère et laissent planer le doute sur l'existence de caisses d'or, d'argent et autres sacs de diamants et pierres précieuses.

 

 

Un petit article dans une gazette locale a suffi pour me mettre la puce à l'oreille. D'un naturel curieux, j'ai tiré sur le fil des mots, tourné les clefs des malles et tiroirs à secrets pour découvrir que le capitaine Bastard de Fontenay était originaire de nos Vaux-du-Loir et de la Sarthe.

Oublié de l'histoire, il fut un grand marin, fidèle à son roi.

 

 

Denis de Bastard de Fontenay

 

 

Denis de Bastard - Aquarelle Yves de Saint Jean

 

Denis de Bastard, 1er du nom, dit d'abord le Chevalier de Fontenay, puis Marquis de Fontenay, et le Marquis Fontenay-Montreuil, chevalier, haut et puissant seigneur de Montreuil-le-Henri (près du Grand-Lucé) et autres lieux au Maine, et du (chef de sa femme) du Bourguay et de Briançon, de Torcy, de Petit-ville-Touffeville, de la Brémaverie, au Pays de Caux, en Normandie, chevalier de Saint-Louis, chef d'escadre des armées navales, quatrième fils de Claude de Bastard et de Renée Couasnon est né au château de Fontenay-sur-Vègre le 3 novembre 1666. Il fut tenu sur les fonds baptismaux, le 28 octobre de l'année suivante, par Denis le Vayer, conseiller de la cour des aides de Paris et Marie de Sévin, épouse de Jacques le Vayer, lieutenant général de la sénéchaussée du Mans.

 

Après des études au collège des jésuites de la Flèche, comme son père et son grand-père, il entre à 17 ans (le 11 mars 1684) dans le corps des gardes marines du département de Brest sous le nom de « Chevalier de Fontenay ».

 

 

Bataille de Brevéziers par Albert Brenet

 

Nous sommes à l'époque où la marine française prend un essor spectaculaire sous le règne de Louis XIV. Encouragé par son ministre Colbert, le Roi Soleil veut faire de la France une puissance militaire navale de premier plan pour lutter et tenir tête aux marines anglaise et hollandaise.

Les moyens mis en œuvre sont imposants : aménagement des ports du Havre, Brest, Toulon, Lorient, Rochefort, Dieppe etc... constructions massives de navires, recrutement d'équipages...

De splendides carrières vont illustrer son règne comme celles de Duquesne, Duguay-Trouin, Tourville etc...

 

Dès son entrée dans le corps des gardes marines de 1684 à 1694, Denis de Bastard de Fontenay va participer à de nombreuses campagnes sous les ordres de prestigieux marins : bombardement de Gênes par Duquesne à la suite duquel le doge Impérial et quatre sénateurs vinrent faire leur soumission à Versailles ( 16 avril 1684 ). Il était au siège de Tripoli le 19 juin 1685 et à l'expédition de Tunis avec le maréchal d'Estrées en 1685, Cadix en 1686, Alger avec Tourville en 1687. Le 10 juillet 1690, il se distingue à la victoire de Béveziers où la flotte française partagée en trois divisions détruisit 17 vaisseaux hollandais, en brûla plusieurs aux anglais et poursuivit l'ennemi jusque dans les eaux de la Tamise. Il fut nommé huit jours plus tard Enseigne de Vaisseau.

 

 

Le vaisseau Le Bon par Paul Jobert

 

Les bonnes fortunes du Chevalier

 

Le 27 mars 1694, monté sur le vaisseau « Le Bon », il rencontra sur les Sorlingues*, deux navires anglais revenant des Indes Orientales richement chargés de poivre, pierreries, porcelaines, étoffes d'or, de soie, lingots d'or et d'argent... Il donna la chasse à l'un d'eux le « Barkley-Castle » de 70 canons. Lancé à l'abordage, Denis de Bastard de Fontenay et ses hommes forcent les anglais, après une rude bataille de plus de trois heures, à demander quartier. La prise du « Barkley-Castle » valait tant en argent qu'en pierreries la somme considérable de 500 000 livres.

On trouva neuf paquets de diamants. Le capitaine distribua le quart de la prise à l'équipage dont un paquet de diamants aux officiers et remis le reste entre les mains du roi qui, le 29 mai suivant, nommait Bastard de Fontenay, Capitaine de frégate légère (brevet du 1er mai 1694).

 

Coureur des mers, élevé en 1702 au grade de Capitaine de vaisseau, Denis de Bastard ne cessera de sillonner les mers à bord de bâtiments royaux dont la mission était de protéger les navires marchands de la Compagnie des Indes.

En route pour les Indes, commandant le « Maurepas » de 16 canons et 210 hommes d'équipage, accompagné du « Pondichéry », il s'empare, malgré un feu nourri d'un navire anglais le « Cantorbery » chargé d'une précieuse cargaison qui sera partagée entre les membres de l'équipage du « Maurepas ».

Mais Denis de Bastard ne fit pas que protéger les navires de la Compagnie des Indes. En 1703, il avait été choisi par Louis XIV pour convoyer jusqu'à Pondichéry Charles Thomas Maillard de Tournon, le légat du pape Clément XI, accompagné de 13 émissaires. Nommé pour la cause Patriarche d'Antioche, le légat avait pour mission de régler les problèmes des rites chinois tolérés par les missionnaires jésuites en place. Après des disputes avec l'empereur de Chine, il est exilé à Macao où il meurt en 1710.

 

En 1703 Denis Bastard fut attaché au Havre où des travaux de construction demandaient la présence de nombre d'officiers de la marine royale. C'est lors de ces fréquents séjours en Normandie qu'il rencontra Judith de Langlois du Bourguay qu'il épousa deux ans plus tard à Paris, le 30 juillet 1705, en l'église de Saint-Sulpice. De cette union naît Denis II de Bastard de Fontenay, seigneur de Dobert.

Judith survivra 40 ans à son mari et s'éteindra le 10 mars 1762 à l'âge de quatre-vingt treize ans.

Les bonnes fortunes dont Denis de Bastard avait bénéficié en coureur des mers lui permirent de renoncer à la succession de ses père et mère, la laissant à ses frères et sœurs. Il acheta la terre et le château de Montreuil-le-Henri près du Grand-Lucé.

 

 

L'île Bourbon - La Réunion au 17ème siècle

 

 

Le trésor de l'île Bourbon, ironie de l'histoire ?

 

Peu après l'escale à l'île Bourbon en 1701, éclate la guerre de succession d'Espagne et à travers elle la domination en Europe. La guerre fait rage sur terre et sur mer. Elle cesse avec le traité de Rastatt en janvier 1714.

En 1715 Louis XIV meurt.

Denis de Bastard promet solennellement de remettre les richesses du trésor au futur Louis XV lorsque le jeune roi, alors âgé de 5 ans, montera sur le trône après la régence de Philippe d'Orléans.

Denis de Bastard attend. C'est un militaire et les ordres sont les ordres.

Quand enfin Louis XV monte sur le trône en 1723, Denis de Bastard est élevé au grade de chef d'escadre sur la ligne maritime des Caraïbes. Le brevet vient d'être expédié, quand on apprend la mort du célèbre marin à 56 ans le 8 juillet 1723 à Basse Terre en Guadeloupe, terrassé par les fièvres tropicales alors qu'il commande le vaisseau « Thetis ».

 

Ironie de l'histoire, ceci explique sans doute, pourquoi Denis de Bastard n'est jamais venu récupérer le trésor. Celui-ci serait donc toujours au fond d'une crique à La Réunion malgré les recherches de nombreux chasseurs de « fortunes ».

 

Trésor devenu sacré parce qu'il appartient au roi de France et qu'il est placé sous la garde de Dieu.

 

 

* Remerciements

 

Bien que n'ayant pas le pied marin, je suis parti sabre au clair à l'abordage de ce personnage fabuleux.

 

Je n'aurais pu réaliser ce billet sans l'aide, les informations et l'accueil chaleureux d'Hélène du Peyroux et Nathalie Le Brethon du Peyroux, descendantes directes du chevalier Denis de Bastard et propriétaires du château de Dobert à Avoise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Sorlingues : ou îles Scilly archipel à l'ouest-sud-ouest de la péninsule de Lizard en Cornouailles

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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philae 06/08/2021 11:21

superbe découverte cordialement

Yves de Saint Jean 06/08/2021 14:14

merci bonne journée

Alinéas 02/08/2021 14:19

On rêve dans les embruns. On se réveille à l'abordage. Hardi blogueur !!!

Yves de Saint Jean 02/08/2021 18:02

Cet article m'a donné des envies de soleil, de sable blanc et de palmiers.
plus jeune je serais peut être parti à la recherche de ce trésor; qu'un monsieur ayant tout quitté a cherché pendant des années. malheureusement il est décédé en 2006. D'autres continuent l'aventure.
Ce qui est passionnant c'est que dans dans nos campagnes oubliées il y a une multitude de personnages au parcours étonnant dont on en parle jamais.
Nous sommes là pour réveiller tout ça sabre au clair s'il le faut
Amitiés
Yves

Clémence 02/08/2021 12:08

Merci Yves pour ce rappel qui unit un peu la forêt et la mer...

Yves de Saint Jean 02/08/2021 17:56

La mer et les bois de marine de Bercé
Désolé pour samedi soir. une soeur qui arrive des Etats Unis et un fils du Havre. la maison débordait et le pétillant était de la fête.
J'espère que votre soirée s'est bien passée
Amitiés
Yves