SAINT-MARTIN DE CHENU : SUIVEZ LE GUIDE

Publié le 21 Août 2021

 

 

Ce petit tableau découvert chez un cousin, vieux catonicien, m'a inspiré l'article qui suit.

Il a été peint par Garcia Rodriguez, émigré espagnol ayant fui l'Espagne de Franco.

Réfugié, en premier lieu, à Paris, il tenait un petit café et signait alors ses tableaux de la griffe « Bistrot ».

L'occupation allemande l'oblige à fuir la capitale. Il trouve refuge dans les Vaux-du-Loir à la Bruère-sur-le-Loir en 1943.

 

Dans son style simple et coloré mélange d'art brut et naïf, il a baladé son chevalet dans tous les paysages des Vaux-du-Loir.

Ce tableau de l'église de Chenu, peint en 1953, a été offert à mon cousin pour service rendu. Il est signé en bas à gauche « Garcia », sa nouvelle signature.

 

 

St Martin de Chenu dans les années1950 avant la disparition demandée par les monuments historiques de l'arche qui était l'identité de l'église. Dommage

 

 

A mon retour au village, à l'heure où la page de l'activité professionnelle est tournée l'une de mes premières visites en dehors de celles à de vieux amis fut de venir me recueillir dans l'église.

 

Je suis venu un jour, seul, m'asseoir sur le même banc, là où il y a plus de 60 ans face à une brave Madame Caze, je suivais les cours hebdomadaires du catéchisme, j'y apprenais les prières et l'histoire sainte.

Lieu symbolique où j'ai reçu comme mes ancêtres le premier des sacrements, celui du baptême qui fait devenir chrétien et entrer dans l'église. Celui qui ouvre l'alliance et l'amitié avec Dieu.

 

Par quel mystère ai-je revu, l'espace de quelques instants, les images claires et précises de ces temps révolus, ressenti les mêmes odeurs comme si les pierres, le bois des sièges avaient gardé en mémoire les traces de mon passage antérieur ?

Est-ce dû à la majesté séculaire du lieu, son silence enveloppant, une présence surnaturelle ?

 

J'ai quitté mon vieux banc verni, frôlé de mes mains les piliers ancestraux, regardé peintures et sculptures...

Qui furent celles et ceux qui donnèrent naissance à ce monument ? D'où venait leur puissance pour que leurs œuvres traversent les siècles et arrivent jusqu'à nous presque intactes ?

 

 

La nef aujourd'hui

 

 

 

Saint-Martin de Chenu

Plantagenêt et peintures murales

 

 

Il y a peu d'informations disponibles sur l'église paroissiale de Chenu. Si l'on considère la présence dans la campagne environnante de vestiges préhistoriques et gallo-romains on peut aisément penser que l'histoire de l'édifice est à l'image de celle du village, c'est à dire très ancienne.

 

Elle est placée sous le patronage du grand thaumaturge Saint Martin de Tours ; la seigneurie de la paroisse étant aux chanoines du chapitre de Saint Martin de Tours.

Une église romane de plan allongé terminée par une abside ornée de chapiteaux de feuilles d'acanthe existe au 12ème siècle.

 

On peut d'ailleurs lire les origines romanes dans les mûrs de la nef qui montrent des voûtes angevines de style Plantagenêt dont le concept architectural se retrouve dans la cathédrale d'Angers (Chenu se situe dans le Haut-Anjou).

 

On peut y découvrir des traces de peintures murales (croix de consécration...) réalisées au Moyen Age et vers le 15ème ou 16ème siècle.

Les premiers signalements remontent à 1912 par un certain Lucien Lécureux. Il faut attendre 1950 lorsque Aimée Neury qui travaillait à un inventaire des peintures murales indiqua des décors peints derrière des badigeons et le confessionnal.

 

 

Photo prise peut être dans les années 1930 ou 1940 ???

 

 

Selon des relevés archéologiques effectués en 1882, la façade possédait un décor soigné d'époque romane.

Il est toutefois raisonnable de penser qu'un édifice du haut Moyen Age existait à l'emplacement actuel de l'église.

 

Son plan, assez atypique, fut profondément remanié vers la fin du 15ème et au début du 16ème siècle par la reconstruction du chœur, l'adjonction de deux chapelles latérales et un clocher en charpente qui fut démoli en 1882 après l'apparition en 1878 de fissures qui menaçaient la stabilité de la croisée du clocher. Il fut remplacé par un autre clocher construit sur la façade occidentale, renforcée par une tribune à l'intérieur qui a raccourci la nef. La charpente de la nef construite au 16ème siècle est restée apparente sans lambris.

 

La cloche Marie, celle dont la voix sonne au moins aux trois points du jour qui se confondent avec les trois angélus et qui carillonne pour les messes, mariages ou funérailles, fut bénie en 1732.

 

 

Le retable avec au sommet la statue de Saint Martin

 

 

Retables et stalles

 

 

Le magnifique retable édifié par le sculpteur manceau Etienne Doudieu de l'autel majeur ferme le chœur et déborde sur les piliers adjacents avec deux niches surmontées de cartouches divisées en deux parties portant la date de 1653.

 

Il est décoré d'un tableau peint en 1654 par le peintre manceau François Sallé (école de Mignard). Il représente « l'Adoration des Mages ».

 

Il aurait été commandé par un couple de la famille Bourdeille de Brantôme, seigneurs de la terre du Paty. Le couple y apparaît en habit de l'époque en arrière plan du tableau mais l'écusson avec les armes des donateurs peint sur le tableau étant coupé, il est impossible de confirmer cette attribution. D'autant que la partie visible de l'écusson ne semble pas confirmer le dessin de l'écusson de la famille Bourdeille.

Il pourrait s'agir également d'autres seigneurs de Chenu : la famille Juglard du fief des Forgeais, la famille de la Moynerie du fief de Chérigny ainsi que les propriétaires des fiefs de la Borderie, de la Brosse, de Méré, ou de la Chouannière.

 

 

"L'adoration des mages" de François Sallé et les deux personnages à l'arrière plan

 

 

Le maître autel est composé d'une table d'autel en bois peint en faux marbre. Il date de la fin du 19ème siècle ou début du 20ème, l'ancien ayant disparu. Il est surmonté d'un tabernacle installé en 1825.

 

L'ensemble décoré d'une frise d'acanthe dorée est entouré de cinq statues polychromes, œuvres d'un atelier manceau très actif au 17ème siècle (Vierge à l'Enfant, Saint Pierre, Saint Paul, Saint Louis). Saint Martin se dresse au sommet du retable. Il est habillé en évêque et tient une grande croix à double traverses.

 

Cet ensemble est entouré de deux retables de style néo-classique en tuffeau peint en blanc. Selon l'inventaire exécuté en 1902 il dateraient de 1837.

Ils ont été dessinés par le sculpteur Zaniter et exécutés par l'homme de l'art Charles Baudrier de Château-la-Vallière.

Les niches sont décorées chacune d'une statue en plâtre polychrome : la chapelle de droite abrite la Vierge Marie, celle de gauche, Saint Joseph.

 

L'ensemble est fermé par une clôture de chœur munie de 114 balustres, offerte en 1811 par l'abbé Jean Fayet, curé de Chenu.

 

Les stalles en bois du 16ème siècle. Il y a les même sur le côté gauche

 

Dans le chœur, deux rangées de sept stalles se faisant face ont été exécutées dans la seconde moitié du 16ème siècle. Peintes en gris et ornées de motifs en rouge et vert, elles ont été restaurées et repeintes en 1760 par l'abbé Adrian Franc Gognelet, curé de Chenu.

 

 

 

Le Christ en croix et Sainte Catherine

 

 

 

 

Il a dominé le chœur pendant des décennies. Décroché, sa remise en place au-dessus du chœur suscita une vive polémique parmi certaines fidèles qui craignaient que le Christ leur tombe sur la tête. Il est maintenant fixé sur le pilier droit.

 

La sculpture très expressive, fine et nerveuse est en bois clair (tilleul) et polychromée. Elle date de la fin du 17ème et serait l’œuvre du sculpteur manceau Etienne Doudieux (1638-1706).

Le Christ est fixé par des clous sur une croix faite de planches de bois peintes. L'ensemble fut repeint à la fin du 19ème ou au début du 20ème siècle.

 

 

Sainte Catherine

 

 

Sur le pilier gauche se dresse la statue de Sainte Catherine d'Alexandrie en pierre polychrome façonnée dans un seul bloc de pierre. Elle est datée de la fin 15ème et début 16ème siècle et repeinte fin 19ème début 20ème.

 

 

La folle histoire des vitraux

 

Je reviendrai plus en détails dans un prochain article sur cette folle histoire et les liens entre l'abbé Lépine, curé de la paroisse et le révérend Bradford Denne Hawkinds, vicaire de la paroisse de Rivenhall dans l'Essex, en Angleterre.

 

 

 

 

 

TABLEAUX ET AUTRES TRESORS DE L'EGLISE

 

 

Saint Martin de Chenu est riche d'un charme discret et d'une architecture dépouillée. Si sculptures et tableaux se voient au premier regard, l'édifice conserve mille et un petits trésors.

 

 

 

 

Les fonds baptismaux, datés du 13 ème ou 14 ème siècle en calcaire peint, comportent des ornements et des motifs en relief de formes végétales (corde, feuilles) alternant avec des masques grimaçants. La cuve en cuivre aurait été ajoutée au 17ème ou 18ème siècle.

 

 

Les objets liturgiques

 

 

Saint Martin de Tours

 

 

Le ciboire en argent fut exécuté entre 1798 et 1809 par un orfèvre parisien non identifié.

 

Le calice est l’œuvre de deux orfèvres parisiens qui se sont partagés la création. La coupe lisse en forme de tulipe est dorée à l'intérieur. Elle a été réalisée entre 1809 et 1819 par Jean Claude Cahier. Le pied décoré de motifs repoussés a été créé par Alexandre Thierry entre 1823 et 1834.

Ce calice a été offert par la congrégation des sœurs augustines du Saint Cœur de Marie, très certainement suite à leur séjour à Saint-Germain-en-Laye entre 1827 et 1834.

 

Le tabernacle en bois doré est flanqué de 2 ailes en forme de volute, le tout décoré de motifs gravés.

A cet inventaire, il faut ajouter la clochette d'autel en bronze doré du 19ème, les croix de procession en bronze également de la seconde moitié du 19ème, les chandeliers figurant sur les retables de la Vierge et de Saint Joseph, le confessionnal, les 24 bancs de fidèles en bois avec un banc de seigneur incorporé à la droite datés eux aussi du 19ème et l'autel du sacré cœur.

 

 

La fuite en Egypte

 

 

Les tableaux

 

La visite ne serait pas complète si je ne parlais pas des tableaux accrochés sur le mur sud de l'édifice.

Ils s'ajoutent aux 12 lithographies du « Chemin de Croix » datant de la seconde moitié du 19ème siècle.

 

L'un représente « La Belle Jardinière », une copie du célèbre tableau de Raphaël peint en 1507. La Vierge est assise au milieu d'une prairie avec l'enfant Jésus et Saint Jean Baptiste enfant.

 

Le second est également une copie de « La Fuite en Égypte ». On y voit la vierge qui tient l'enfant emmailloté dans ses bras, Saint Joseph est assis dans la barque conduite par un vieillard et un ange mains jointes se tient à l'arrière de l'embarcation.

 

La facture de ces copies fidèles aux originaux que l'on peut voir au Louvre permettent de les dater dans la première moitié du 19ème siècle. L'un d'eux porterait la signature de I. ou J. Bonheur accompagnée de la date 1839.

 

 

Ecce Homo

 

Enfin proche du confessionnal, une copie d'un « Ecce Homo » expression latine signifiant « voici l'homme ». L'original fut peint par le peintre italien Guido Réni en 1640.

Sur le plan artistique « l'Ecce Homo » est une représentation de Jésus de Nazareth couronné d'épines, revêtu d'une cape, les deux mains entravées par une corde et tenant un sceptre de roseau. La copie de Chenu n'est pas signée.

 

 

Ce dessin ci-dessus de Chenu avec le château du Paty à gauche et l'église avec son clocher central date de 1839. Il a été exécuté par la baronne Piscatory née Blanche Foy, fille du général Foy, lorsqu'elle habitait le château de Chérigny.

L'original a été donné au vicomte Théobald Foy par Mme Hermite en 1940 et se trouverait au château de Chérigny. La présente reproduction a été donnée en 1942 à la mairie de Chenu.

 

 

Ainsi se termine la visite d'un élément prestigieux du patrimoine catonicien.

 

 

N'oubliez pas le guide !

 

 

Cet article a été repris et publié dans le dernier journal municipal Le Catonicien" N° 19 d'Août 2021

 

 

 

Passez une bonne semaine  !

 

 

 

Restes de peintures murales
Saint Joseph
La vierge Marie
La nef avec le christ au centre
La belle jardinière

 

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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Z
YVES BRAVO, pour rappeler l histoire de Chenu entre le haut Anjou ,la Touraine et le Maine . Hz
Répondre
Y
merci
Z
YVES BRAVO,
pour rappeler l histoire de Chenu entre le haut Anjou ,la Touraine et le Maine .
Hz
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