VAUBOIN - UNE HARMONIE VERTE

Publié le 8 Août 2021

 

« Si tu as une bibliothèque qui donne sur un jardin, que peux-tu souhaiter d'autre ? »

Cette jolie phrase est attribuée à Cicéron, dans « Epistulae ad familiares, IX, 4,1 » qui sont les lettres de Cicéron à ses amis. La phrase est tirée d'une conversation épistolaire avec son ami Terentius Varro (Varron en français).

 

 

« La nature ne doit pas échapper à notre loi » dirent les hommes dès qu'ils commencèrent à se prendre pour des puissants. Alors avec l'aide de la lumière et la chaleur du ciel, la fraîcheur de l'eau, la fertilité de la terre, ils imaginèrent un lieu clos où ils seraient les maîtres : le jardin.

 

Mais en chaque créateur un dieu sommeille et voilà pourquoi des jardiniers inspirés sans doute par quelque puissance divine, nostalgiques d'innocents paradis, ont su, dans une longue quête de la connaissance, traduire dans ces lieux de rêves inventés leurs inquiétudes, leurs passions et leurs espoirs.

 

La Sarthe et les Vaux-du-Loir ne manquent pas de jardins, tous aussi différents que les passionnés qui les ont imaginés. Il en va des jardins comme des hommes.

Certains jouent de sobriété ; ils ne visent qu'à présenter les connaissances botaniques colorées de leurs créateurs. D'autres plus éloquents s'intéressent aux plaisirs des sens. Plusieurs, considérés comme les plus accomplis allient les jeux des sens, de la connaissance et de l'esprit.

 

 

 

Parmi ces jardins, il en est un, niché au pied d'un coteau de tuffeau, au creux d'un vallon à quelques encablures du village de Beaumont-sur-Dême, dans cette « Vallis Boana du Pagus Védacensis », la bonne vallée du pays de Vaas donnée en 971 par Siefred évêque du Mans aux moines de Saint-Julien et lieu d'un prieuré fondé en 1002 : le prieuré de Vauboin* dont le bâtiment actuel est daté du 14 ou 15ème siècle.

 

Le lieu inspire. Deux personnages célèbres l'ont habité ; Augustin Thierry (1795-1856) historien de renom, disciple des Saint-Simoniens auteur des « Lettres sur l'Histoire de France » et André-Michel Guerry (1802-1866), fondateur de la statistique morale, à l'origine des disciplines telles que la criminologie ou la sociologie. On sait également que Tocqueville et Auguste Comte ont séjourné et réfléchi à Vauboin.

 

 

 

 

* Hortus Conclusus

 

Quand, il y a près de trente ans, Thierry Juge, l'actuel propriétaire, séduit par les lieux, achète un hectare quasiment en friches, il porte en lui le désir de créer de toutes pièces un « hortus conclusus », ce jardin clos, reproduction du Paradis à travers des éléments symboliques et clos pour échapper aux tourments de la vie extérieure.

 

Inspiré, notre jardinier sait ce qu'il veut.

Il ceinture l'ensemble d'un rempart protecteur fait d'empilements de rondins de châtaigniers recouverts de sarments de vigne, puis divise le terrain en quatre espaces principaux, centrés sur la maison : le jardin Renaissance et la silhouette monumentale de « Monsieur », le plus grand buis du jardin ; le Labyrinthe pour la méditation et la spiritualité avec ses buis ciselés en pointe et orientés aux quatre points cardinaux avec au centre, groupés sur la pelouse, quatre sujets cisaillés en boule ; le Potager, pour les nourritures terrestres, cloisonné en dix neuf parties bordées de buis avec une alternance de cubes, boules et cônes et enfin le Verger avec ses cerisiers écimés en plateau. A leurs pieds des banquettes de topiaires taillées en boule ou en carré.

 

Le tout se révèle dans une symphonie de toutes les nuances de verts ponctués de quelques taches de blanc, symbole de pureté. Les fleurs ne sont que des pervenches, clématites, roses... blanches afin de souligner l'éclat du vert des buis, omniprésents, verts toute l'année qui symbolisent l'éternité.

 

A Vauboin on est en quête d'absolu. Géométrie et symbolique des chiffres y sont parfaitement respectés. L'eau y est importante. Elle circule tout autour de la maison. Elle fait le lien entre les jardins où elle prend sa source, lieu de vie, de naissance, de résurrection.

A la rigueur des pelouses et des buis taillés s'oppose l'exubérance des Gunnéras qui offrent la vision d'une explosion végétale désordonnée mais génératrice.

 

 

Les géants

 

 

* Une heureuse découverte

 

Quand le maître des lieux acquiert le coteau percé d'une grotte, au pied duquel s'adosse sa propriété, une divine surprise l'attend. A la suite du défrichage des bosquets, apparaît comme par miracle, dormant depuis longtemps sous un couvert de vieux chênes une buissaie centenaire oubliée et placée là par le destin.

Pour y accéder, il faut emprunter une passerelle de bois puis une allée sinueuse serpente jusqu'au sommet du coteau abrupt.

Alors apparaissent des centaines de buis dont la silhouette se découpe sur le ciel d'un bleu azur.

L'étonnement est alors à son comble.

 

Thierry Juge a dégagé chaque sujet, les a modelés selon son inspiration, utilisant le topiaire pour construire un imaginaire. Il leur a donné une forme, un nom. Les buis vous entourent, s'échappent, débordent, grimpent, se métamorphosent en fantômes en une mise en scène extravagante.

 

Certains évoquent une actrice célèbre, une danseuse, un vol d'oiseaux... Ici spirales, boules, cônes, là, entrelacs, volutes, nuages, plateaux. Plus loin on croise le chemin du Serpent de la Connaissance, quelques pas de plus et le spectaculaire buis Pu-Yi (dernier empereur de Chine devenu jardinier) déploie sa silhouette graphique. Alors, une banquette à l'ombre du buis parasol vous accueille pour une pause méditative.

Le spectacle ne peut laisser indifférent.

 

Il a fallu plusieurs années d'un travail de précision au quotidien pour sculpter les buis, les domestiquer, faire apparaître les formes venues de rêves insensés puis les entretenir avec comme seules armes, la passion et une fine paire de cisailles.

 

 

Esthète, illuminé, poète, magicien, philosophe inspiré d'une grande spiritualité, tels pourraient être les termes qui résument Thierry Juge. Peu importe, même s'il se dit prisonnier de sa passion, sa motivation est intacte et son jardin, hymne aux formes, est une pure merveille d'harmonie.

 

Depuis près de trente ans il a, par son courage, son savoir, une exigence, une discipline, des intuitions fulgurantes, créé un endroit unique, non reproductible, havre de paix, lieu de découvertes et de déambulation.

 

Dans ce grand livre ouvert aux quatre vents, aux quatre saisons, aux quatre âges de l'homme, Vauboin parle au visiteur. Il lui tient un discours individuel et unique. Le lieu parle à l'âme de chacun qui ressent les choses différemment selon son vécu, son caractère, l'humeur du jour ou sa propre histoire.

 

On se sent apaisé, mystique, admiratif face au travail accompli.

En quittant Vauboin, on laisse un moment unique, magique et fou.

 

L'allée du repos

 

 

Thierry Juge

Un grand merci à Thierry Juge pour son accueil et ses commentaires éclairés ainsi qu'à mon amie Véronique qui m'a fait découvrir ce lieu magique.

 

* Le Jardin du Prieuré de Vauboin labellisé « Jardin remarquable » est Lauréat du prix de l'Art du Jardin 2020 remis par la fondation SIGNATURE - Ministère de la culture.

 

 

A la semaine prochaine !

 

 

Le Verger
Le Potager
Les Gunnéras

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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J
EXCELLENT ARTICLE !
Montmagner il faut absolument retourner le visiter c'est vraiment magnifique maintenant
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Y
Absolument
Yves
A
Impressionnant ! Toute notre admiration.
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M
Nous avons visité ce jardin il y a quelques années et je me demandais si la pyrale du buis l'avait épargné..
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Y
Oui avec force pièges il y a deux ans surtout
l'année passée peu d'attaques
Mais cette année pas d'invasion de la pyrale ou très peu et le jardin est magnifique.
Amitiés
Yves