LA VOITURE N° 3434

Publié le 5 Septembre 2021

Croquis aquarellé Yves de Saint Jean

 

 

 

«Rien ne commence par la Littérature, mais tout finit par elle, y compris  l’Orient-Express ».

Paul Morand

 

 

 

En visitant la Rotonde ferroviaire de Montabon dans les Vaux-du-Loir, actuellement en cours de restauration grâce notamment au soutien de la mission patrimoine de Stéphane Bern et à ses bénévoles, au milieu des locomotives, motrices et autres matériels ferroviaires, il est un wagon tout de bleu vêtu qui inspire l'évasion, les grands voyages, les paillettes, les stars :

 

La voiture-lits N° 3434.

 

 

 

Les stars aiment à se montrer aux fenêtres de l'Orient-Express

 

 

En gravissant les quelques marches qui mènent aux compartiments vous êtes déjà dans un autre monde. Pour la clientèle d'élégants voyageurs de l'époque la magie opérait dès la montée à bord. Luxe et volupté étaient au rendez-vous, grâce à un décor au raffinement inouï bien loin du toc glacé des TGV : parois lambrissées en loupe et ronce d'acajou, plafond en cuir de Cordoue, fenêtres tendues de velours de Gênes, tapisseries, vaisselle d'argent... dans les cabines intimes, fermées de portes damassées, on compte deux lits, une armoire de toilette intégrée dans la boiserie, un lavabo en aluminium et détail digne de tout palace : un bouton de cuivre pour appeler le groom.

 

 

 

 

 

 

* Un palace roulant

 

« Le Bosphore est devenu une banlieue de la Seine » écrira le romancier Edmond About en ce mois d'octobre 1883, de retour d'Istanbul après le mémorable voyage inaugural de l'Express d'Orient où tout le gratin de la presse et de la littérature a été invité.

 

Ce palace roulant est le rêve d'un fils de banquier liégeois Georges Nagelmackers, né en 1845, exilé aux Etats-Unis à 23 ans suite à une déception amoureuse.

Il y découvre les premiers wagons Pullman et décide d'importer l'idée en Europe.

En 1872, il fonde la Compagnie Internationale des Wagons-Lits et lance ses luxueuses voitures sur les rails de la vieille Europe vers Constantinople, misant sur la magie de l'Orient. En cette fin de 19ème siècle, l'orientalisme fait fureur, cette promesse des mille et une nuits comprise dans un billet de train a de quoi fasciner romanciers, vedettes et artistes de l'époque.

Loin des dortoirs roulants américains, il invente un art du voyage à la française.

De 1883 à 1977, année de son dernier trajet direct entre Paris et Istanbul, l'Orient-Express a nourri quatre générations de voyageurs. Ce palace sur roues aux voitures capitonnées a vu se nouer amours, intrigues, négociations secrètes, rencontres diplomatiques et donner naissance à toute une littérature.

 

 

 

La voiture-lit 3434

 

 

 

Glamour et paillettes

 

 

 

 

 

En s'installant dans la voiture N° 3434, va-t-on s'asseoir à la place occupée par Joséphine Baker, Marlène Dietrich, Lawrence d'Arabie ou Agatha Christie, croiser Hercule Poirot bouclant sa célèbre enquête en interrogeant Lauren Bacall, Vanessa Redgrave, Sean Connery ou Jean Pierre Cassel ?

Le Simplon-Orient-Express a vu au cours de ces décennies se bousculer toutes les célébrités et actrices hollywoodiennes, Greta Garbo, Vivien Leigh, les romanciers Graham Green, Joseph Kessel, Ernest Hemingway, Maurice Dekobra, Jean Giraudoux, Paul Morand qui y transportait la valise diplomatique...

Les stars aimaient à se montrer à la fenêtre, alors pourquoi ne pas s'imaginer aux côtés de Jean Marais, Serge Reggiani, Jean Gabin, Anouk aimée... ou encore rêver d'y rencontrer la Madone des sleepings* ?

La clientèle cosmopolite du train mêle tout un microcosme des dominants qui se déplace le long des rails, panier de crabes de l'Europe des nations et empires vacillants : hauts fonctionnaires, officiers casernés dans le golfe Persique et en Inde, écrivains à l’œuvre aventurière et journalistique, hommes d'affaires, espions, marchands d'armes, têtes couronnées, riches héritières, courtisanes et belles horizontales qui donnent au voyage son parfum sulfureux que de nombreux livres nous permettent de croiser au détour du bar ou de la voiture-salon.

 

 

 

 

 

 

L'Orient-Express offre un espace inédit où s'exprime un jeu diplomatique et littéraire en mouvement perpétuel.

Agatha Christie et l'adaptation de son roman « Le Crime de l'Orient-Express » a fait de ce train le mythe que l'on connaît aujourd'hui.

Celle qui a rencontré son mari à bord du train permettant aux lecteurs de découvrir l'intimité de l'Orient-Express a écrit : « Tout autour de nous se trouvent des gens de toutes classes, de toutes nationalités, de tous âges. Pendant trois jours, ces gens, ces étrangers les uns aux autres se retrouvent ensemble. Ils dorment et prennent leurs repas sous le même toit, ils ne peuvent s'éviter les uns les autres. A la fin de ces trois jours, ils se séparent, chacun suivant son chemin, et ne se reverront sans doute jamais. »

Ian Fleming et son héros inoxydable James Bond ne sont pas en reste. Ainsi « Bons baisers de Russie » devait être publier en France sous le titre « Échec à l'Orient-Express ».

 

 

 

 

 

 

* Les années vingt : l'âge d'or

 

L'Orient-Express c'est l'exotisme au bout du quai.

En 1883, il fallait quatre-vingt une heure pour relier Paris à Constantinople (actuelle Istanbul) alors qu'on devait patienter deux semaines en bateau pour atteindre le Bosphore.

Avec la fin des hostilités de la grande guerre, les années vingt vont être l'âge d'or du nouveau Simplon-Orient-Express qui gagne en vitesse grâce au tunnel alpin creusé en 1906. Le palace roulant s'enrichit d'une escale à Venise, emprunte les routes de l'Europe centrale-Paris, Vienne, Budapest, Bucarest, Zagreb, impose un passage en bac sur le Danube puis un vapeur depuis Varna sur la mer Noire jusqu'à Constantinople.

Les lignes vont alors se ramifier et mener jusqu'à Beyrouth, Le Caire, Damas, Alep, Bagdad...

 

Au rythme lent de la locomotive, les paysages défilent par la fenêtre comme autant de scènes de théâtre.

A la table du wagon restaurant où se presse l'élite européenne, les voyageurs se régalent d'une cuisine raffinée, inspirée de chaque pays traversé et réalisée par de grands chefs. On mange dans de l'argenterie, on boit dans des verres en cristal.

Dans l'habitacle les voyageurs sont choyés comme des princes, préservés, à l'abri du fracas des conflits et des empires qui s'effondrent.

« Les femmes dans les couloirs paraissent plus belles, les hommes plus audacieux. Le miracle était à l'intérieur dans cette boîte close, vernie et capitonnée », écrira Joseph Kessel dans Wagon-lit (1932).

 

 

 

 

 

 

Nagelmackers, mort en 1905, ne connaîtra pas le succès de cette époque ni son irréversible déclin des Trente Glorieuses, lié à la montée des conflits au Proche-Orient et à l'expansion de l'aviation.

Néanmoins le mythe s'est profondément ancré dans la littérature, au cinéma, sur les affiches colorées de Roger Broders, M. Barbey ou J. de Mézière et dans l'imaginaire collectif reflétant l'âge d'or d'une Europe ouverte, cultivée et audacieuse.

 

 

 

La Rotonde de Montabon croquis aquarellé Yves de Saint Jean

 

Un grand merci à l'association de La Rotonde Ferroviaire de la Vallée du Loir (RFVL), son président, ses bénévoles de nous offrir une portion d'un passé glorieux de la vie du rail et après la visite de la voiture-lits N°3434 ce voyage d'outre-temps.

En descendant les marches du wagon, on peut se laisser volontiers aller à imaginer des élégantes en robe charleston attablées avec des gentlemen en frac. Le rêve est là à portée de main.

Il suffit d'un peu de fantaisie, de rêverie et d'improvisation.

 

 

* « La Madone des sleepings » : célèbre roman de Maurice Dekobra (1925).

 

 

 

La voiture 3434 à la Rotonde Ferroviaire

 

 

La voiture lits N°3434 de 1929 fait partie d'une série de 189 exemplaires construits à partir de 1922 entièrement en acier.

Les voitures étaient auparavant avec des caisses en structure bois avec habillage de teck verni. Suite à de nombreux incidents ou accident, la Compagnie Internationale des Wagons Lits et des grands réseaux de chemin de fer européens misait sur la sécurité avec des matériaux plus résistants aux chocs.

C'est la première série de voitures à inaugurer la célèbre livrée bleu nuit à filets dorés.

La voiture 3434 fait partie du dernier lot fabriqué en 1929 par Birmingham Railway Carriage en Grande Bretagne.

 

 

 

 

Je vous souhaite une agréable et bonne semaine !!

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Bonne semaine à vous et merci pour ce voyage dans le temps
Répondre
Y
Merci
J'espère que vous allez bien
Amitiés
Yves
J
sympa ce grand voyage dans la voiture 3434 qu'il était beau ce temps!
Répondre
Y
et oui. nous sommes tombés bien bas
amitiés
Yves
M
Encore et toujours grand plaisir à vous lire. Quel beau dépaysement ! Et toujours vos magnifiques aquarelles . Merci
Répondre
Y
Merci Bonne soirée !
amitiés
Yves