LE CHOUAN «ARTHUR » DES VAUX-DU-LOIR EST NE A LUCEAU

Publié le 26 Septembre 2021

Le Loup Pendu à Luceau, lieu de naissance de la Poterie aujourd'hui propriété privée

 

Le 24 février 1793, la Convention décrète la levée en masse de 300 000 hommes pris parmi les célibataires ou veufs de 18 à 25 ans.

Chaque département doit fournir des volontaires complétés par des hommes requis ou par tirage au sort. Le 23 août, cette même Convention décrète un complément de levée en masse dans la tranche d'âge de 25 à 30 ans.

 

Si cette levée en masse fonctionne, faisant passer les effectifs de l'armée de 200 000 hommes en février 1793 à 804 000 en décembre de la même année, elle suscite énormément de mécontentements dans le monde paysan et provoque de nombreuses émeutes dans les provinces.

Elle entraîne le début de la guerre de Vendée. Des insurrections éclatent dans l'ouest de la France en Mayenne, Sarthe, Ille et Vilaine, Maine- et-Loire, Loire Atlantique...

 

Dans la Sarthe et dans les Vaux-du-Loir un personnage, militaire de formation, va utiliser cet état d'esprit et pousser des jeunes gens à protester énergiquement contre la décision de la Convention.

 

 

 

Jacques-Pierre-André Guillot de la Poterie est né le 30 novembre 1767 et fut baptisé le même jour au château de Loup Pendu, près de Luceau dans le canton de Château-du-Loir.

Il est le fils de Jacques Guillot de la Poterie, commandant de la gendarmerie de Saint-Calais et de dame Françoise Dervillé.

Par l'intermédiaire de son père, il entre à l'école militaire de Brienne d'où il sort en 1788 affecté à un régiment de dragons.

 

A 19 ans, il se marie à Pontvallain avec Louise-Renée le Féron dont il aura, en 1791, un fils Henry-Jacques.

 

Très vite la situation familiale va se compliquer car Jacques de la Poterie est un fervent royaliste alors que son père affiche les idées nouvelles et que deux de ses frères servent dans les armées Républicaines.

 

 

 

 

Ses idées vont très vite le faire repérer et dès 1793 il est inscrit sur la liste des émigrés dont il n'en sera rayé qu'après la Terreur grâce aux démarches de son père, classé lui, comme patriote et avec l'appui d'un de ses frères blessé sous l'uniforme républicain.

Mais aucun de ses biens ne sera saisi et sa famille ne fut pas inquiétée. On rapporte que quittant le domicile familial pour aller guerroyer avec ses Chouans, il aurait déclaré bien haut à sa femme en lui faisant ses adieux :

« Malheur à qui osera, à cause de moi, inquiéter ma famille ou toucher à mes biens, j'en tirerai une vengeance éclatante ». On le savait capable, aussi les autorités locales respectèrent ses biens et laissèrent sa famille en paix.

 

 

 

« Arthur »

 

Jacques de la Poterie est un homme au caractère bien trempé, courageux jusqu'à la témérité. Il va parfaitement réussir à mobiliser les jeunes gens de Luceau et des paroisses voisines à protester contre le décret de Convention.

« Il y aura du bruit à Jupilles, Lhomme ou Coulongé.. ». Tant et si bien que la ville de Château-du-Loir ne fournira qu'un seul homme à la réquisition, un dénommé Dauphin Huillonneau, présenté par son père.

 

La Poterie va ainsi pouvoir constituer assez facilement en bataillon plusieurs centaines de réfractaires et commencer à organiser la résistance en prenant le surnom « d'Arthur ».

 

Il est, par contre, vraisemblable qu'il ne se montrera à la tête de son unité qu'après le passage de l'armée vendéenne à La Flèche et au Mans lors de la virée de galerne et les massacres de la bataille du Mans qui fit 10 000 à 15 000 morts, hommes, femmes, enfants, prisonniers, vieillards et malades achevés dans les hôpitaux. A La Flèche 300 malades et blessés sont achevés par la division Kléber.

 

 

La bataille du Mans

 

« Arthur » (alias la Poterie) avec Charles de Tilly, de Tiercer et le chevalier de La Volveine va être un des premiers chefs de l'insurrection royaliste de 1793, comme capitaine de l’État-major de l'armée du Maine sous les ordres du comte de Rochecotte.

Tous s'entendirent pour monter leurs plans, diriger leurs opérations et avant tout se faire connaître et accepter des paysans manceaux qui s'étaient plus ou moins rapprochés de ceux qui avaient investi le pouvoir.

 

« Arthur » eut à soutenir de nombreux engagements à partir de la forêt de Bercé où il avait établi son quartier général ce qui ne l'empêcha pas de prendre part à de nombreux événements dans les districts de La Flèche, Le Mans ou de La Ferté-Bernard surtout à l'époque ou le général comte de Médavi fut chargé par les princes de venir prendre en 1795 dans le Maine et la Basse-Normandie le commandement en chef de toutes les forces royalistes.

 

Déjà, dès le début de l'hiver 1794, la chouannerie était devenue si redoutable dans le Maine, que le Comité Révolutionnaire de la ville du Mans adressa un long courrier de détresse le 10 janvier 1795 à la Convention : «... les Chouans se multiplient de la manière la plus effrayante... Si la Convention diffère plus longtemps à faire passer dans ce district une force considérable de bonnes troupes, le département de la Sarthe sera perdu pour la République... »

 

Le Comité de Salut Public enjoignit alors dans l'urgence au général Aubert-Dubayet, commandant l'armée des Côtes de Cherbourg, de détacher 4 000 hommes dans le Maine. Renfort qui permit à de grosses colonnes de sillonner et fouiller sans relâche les départements de la Sarthe et de la Mayenne.

 

 

 

En 1796, «Arthur » devient le chef de la division de Château-du-Loir et de Vendôme sous les ordres du Comte de Bourmont dit « Renardin » et les chouans s'adaptent à cette nouvelle stratégie militaire.

Ils vont prouver en de multiples occasions qu'ils peuvent se mesurer efficacement à leur adversaire comme en témoignent les prises de Chassillé et de Beaumont-le-Vicomte, les combats victorieux de La Durandière, du château de Bouillé, de Montfaucon, de la Groie etc...où des bataillons républicains sont mis en déroute.

 

Le Comte de Bourmont

 

Cependant les choses vont changer. Les massacres et exactions des colonnes infernales vont avoir raison de la résistance. Trois des plus intrépides et des plus redoutables chefs de la chouannerie du Maine, Louis Courtillé dit « Saint Paul », Michel Jacquet dit « Taillefer » et « Carpar » tombent sous les balles républicaines.

 

Quant au comte Louis de Frotté dit « Blondel » depuis sa défaite à Tinchebray (Orne), il a beaucoup de mal à se maintenir.

 

D'Andigné dit « Chevalier de Sainte-Gemme », Turpin, Dieusie dont la légion opérait aux confins du Maine-Anjou, après de longues hésitations à l'exemple du comte de Châtillon et de Scépeaux de Bois-Guignot déposent les armes.

« Arthur », « Escarboville » (alias de Tilly) et « Paratouski » (Alias La Volveine) et « Néméré » (Alias Rochecotte ) se décident après deux mois de marches, de combats et de revers à avoir une entrevue secrète avec le général Watrin. Ils signent au début août 1796 un traité mettant fin aux combats, aux mêmes conditions de paix que pour les angevins.

 

 

 

 

Troisième chouannerie et traité de paix

 

On ne sait rien sur l'activité « d'Arthur » entre août 1796 et la reprise des hostilités avec la troisième chouannerie en 1799, sous le commandement du Comte de Bourmont. On sait seulement qu'il caracolait sur une magnifique monture au côté de Bourmont et Châteauneuf à la tête de 3 000 hommes le 14 octobre 1799 lors de la prise de la ville du Mans sur les troupes républicaines. Il montra un courage particulier à la victoire de Foulletourte le 24 janvier 1800 sur la 30ème demi-brigade d'infanterie légère.

 

Le 2 février 1800, il est aux côté de Bourmont pour la signature de paix avec le Premier Consul.

 

Le premier Consul

Au terme de ce traité de paix, Jacques de la Poterie rentre dans ses foyers. Il s'y trouvait depuis un certain temps, goûtant les joies de la famille quand s'est produit l'explosion de la machine infernale de Saint-Régent rue Saint-Nicaise. L'attentat fomenté par le chef chouan Cadoudal et quelques complices visait le Premier Consul. Une mauvaise synchronisation permit de très peu à Bonaparte d'échapper au massacre qui fit près d'une trentaine de morts, une centaine de blessés et des dégâts considérables.

 

Traité avec moins de rigueur que Bourmont ou Andigné, Jacques de la Poterie ne fit pas de prison mais il fut mis sous la surveillance de la haute police pendant dix ans jusqu'à ce que son fils, forcé d'entrer à l’École Militaire en sorte pour prendre rang dans l'armée.

 

 

 

 

Fidèle au roi

 

A son retour en France, en juillet 1815, après Waterloo, Louis XVIII fit remettre à Jacques de la Poterie, par le général de Malartic, la croix de Saint-Louis et un brevet de colonel. Le roi lui accorda en outre le titre de Baron. Son écusson portait un lévrier surmonté d'un casque avec la devise « Semper, ubique fidelis » - Toujours, partout fidèle.

 

Une de ses dernières activités fut de présider le Conseil de guerre où siégeaient également La Volveine, Châteauneuf, Gaullier dit « Grand-Pierre », La Noierie et Chapdelaine, qui condamna à mort deux fameux faux chouans, espions ou malandrins : le Chevalier de Sotoneau et le marquis de Geslinière qui furent passés par les armes aux environs de la Flèche.

 

L'aventure « d'Arthur » fameux chef chouan du Maine et des Vaux-du-Loir, fidèle au roi et à sa province se termina ce soir du 10 octobre 1826 où en son château de Loup Pendu il fut frappé d'une attaque d'apoplexie qui l'emporta en quelques heures à l'âge de 59 ans.

 

 

 

 

Un grand merci à Jean Michel Cadenas-Membre administratif de la Chouannerie du Maine pour les précieux renseignements qu'il m'a fournis.

 

 

 

 

Après cette page d'histoire locale mouvementée qui s'inscrit dans notre histoire nationale, je vous souhaite une agréable semaine !

 

Amitiés

 

 

Yves

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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Z
yves,
je vois que tu prends les armes et tu nous ramenes à a la revolution et apres!. La foret de Berce est grande.
bonne fin de semaine.
HZ
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Y
Si c'est de l'humour, je n'ai pas très bien compris ? Révolution, quoi ? Prends les armes, Quoi ? Et Après, Quoi ? Il faut avoir l'esprit détourné et malveillant pour imaginé quoique ce soit dans cet article dont la seule volonté est de rappeler l'existence et de rendre hommage à un personnage oublié de notre histoire locale au même titre que Racan, Liane de Pougy, D'estournelle, Brennus et d'autres . Rien de plus, rien de moins.
Amitiés
Yves
M
C'est très étonnant ! Quelle coïncidence ! J'écris ce matin même mon prochain alinéa à propos du maréchal Lannes, né à Lectoure, volontaire en 93, Bien sûr nos deux héros sont aux antipodes de cette douloureuse histoire. Pour avoir habité plus de vingt ans en Vendée et comprendre voire admirer la chouannerie, cette histoire d'homme, d'honneur et de foi m'émeut profondément. Incroyables destins, terrible époque. Merci de redonner vie à ces résistants oubliés.
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Y
j'ai laissé passer quelques fautes. merci de m'en excuser
Y
"les grand esprits se rencontrent" pourrait-on dire. restons modestes bien entendu Mais nos campagnes, notre ruralité souvent décriée regorgent de personnages qui ont fait l'histoire. bien souvent oubliés ou vilipendés. ils sont notre richesse. Ils ont vécu des moments douloureux dont l'honneur, la foi, le courage. modestement nous leur devons reconnaissance.
Je suis bien souvent surpris , parfois anéanti par le désintérêt de relations qui me considèrent avec des yeux bizarres pour ma curiosité, parfois ma fascination. C'est dommage et triste mais c'est l'époque. A bientôt
Avec mes amitiés Yves