LE MESSAGER DE L'HIVER

Publié le 19 Septembre 2021

 

 

« Tous les pays du monde qui n'ont plus de légendes seront condamnés à mourir de froid. »

 

 Patrice de la Tour du Pin - La Quête de Joie

 

 

Une histoire raconte qu'un petit oiseau cherchait un arbre pour s'abriter du froid de l'hiver.

Tous les arbres qu'il rencontra lui refusèrent l'hospitalité sauf le houx. En se posant sur une branche il se blessa avec les épines des feuilles et quelques gouttes de sang vinrent colorer son poitrail. C'est ainsi qu'il devint rouge-gorge.

Depuis, par punition tous les arbres perdirent leurs feuilles sauf le houx qui portent désormais en souvenir de belles baies rouges.

 

On peut croire aux légendes, chacune a sa part de rêves et de poésie.

 

La plus connue du rouge-gorge est liée à la mort du Jésus. Il n'était à l'époque qu'un modeste passereau au plumage gris. Le jour de la passion il s'approcha du supplicié sur la croix. De ses ailes, il essuya les larmes du Christ, de son bec il arracha les épines qui pénétraient sa tête, lorsqu'une goutte de sang tomba sur sa gorge, tachant à tout jamais son plumage.

 

 

 

Quand le jardinier aperçoit la petite boule de plumes au plastron écarlate perché sur son manche de bêche, il est certain que les gelées ne vont pas tarder.

 

Depuis les derniers jours de mars, mon rouge-gorge, car nous sommes amis depuis des années, semblait avoir disparu du potager. Une illusion que seule une attention soutenue aurait pu faire me faire démentir par l'audition de son chant caractéristique.

 

Puis en cette fin de septembre, jamais avant, le voilà de nouveau, effronté et guilleret, fidèle au rendez-vous devant la bêche qui retourne la terre, fièrement posé sur les mottes à quelques centimètres de mes sabots, me surveillant d'un œil interrogateur, malicieux et attentif et de l'autre repérant le moindre mouvement d'un vermisseau qu'il engloutit d'un coup.

 

 

 

 

Il est revenu plus hardi que jamais, régnant en maître auprès des mangeoires. Il attrape chenilles et araignées sur les feuilles, gobe en vol les moucherons, apprécie les dernières petites baies et ne dédaigne pas quelques miettes de pain.

 

Rien d'étonnant que son retour soudain après une si longue absence ait intriguée nos illustres ancêtres. Ainsi le célèbre philosophe grec Aristote pensait que pendant l'été il se transformait en un autre oiseau puis retrouvait son apparence « normale » l'automne revenue. Mais point de mystère car on sait maintenant que son extrême discrétion coïncide avec la période de nidification et l'élevage de sa progéniture dissimulée dans un nid douillet au ras du sol, dans les feuilles, entre les racines d'un arbre ou au revers d'un talus.

 

Mon rouge-gorge, même si cette attribution peut paraître abusive, constitue un des éléments essentiels de l'environnement quotidien du jardin qu'il me fait le privilège d'occuper six mois de l'année. C'est ainsi que je vois les choses.

Le calendrier de son amitié est immuable.

 

A l'automne, il se fond dans la rouille des feuilles. L'hiver, il est la petite flamme rousse qui réchauffe. Sa disparition printanière laisse un vide que des cousins à lui arrivant de villégiatures tropicales vient combler. Il n'y a pas d'animosité entre eux, ils viennent simplement se partager mon petit lopin de terre.

 

 

 

 

* Propriétaire irascible,

 

L'angélisme, le côté attendrissant qui se dégagent de mon rouge-gorge qui en ferait « craquer » plus d'un est passablement écorné par son tempérament. Il se conduit en propriétaire exclusif de son territoire et la seule vue d'un congénère à la poitrine enflammée lui suffit à « voir rouge ».

Bombant le torse, il lance une succession de strophes assassines et si l'intrus ne détale pas illico, il lui vole dans les plumes.

 

Plus que par des démonstrations de force, c'est par son chant que le rouge-gorge livre bataille et délimite son territoire. L'ornithologue anglais, David Lack, ayant capturé un mâle, l'installa dans une cage, sur son territoire. L'oiseau écarta tous ses concurrents par son chant. La cage déplacée sur le fief d'un autre mâle, il ne put sortir un seul accord de son gosier, tant il était paralysé par la peur.

 

 

 

* Infatigable chanteur

 

Incontestable virtuose, la mélodie de son chant est d'un charme discret et d'une grande richesse puisqu'on a décelé 250 éléments différenciés et un répertoire de 1300 motifs.

 

Sa ritournelle retentit tôt le matin ou tard le soir. A la différence de nombreux oiseaux son chant ne se limite pas à la seule saison des amours et au cœur de l'hiver il clame encore avec force ses titres de propriété, aidé en cela par certaines femelles qui ne négligent pas de pousser aussi la chansonnette.

 

 

 

 

* Petite flamme rousse

 

Dans quelques jours, il sera là. Pour rien au monde je ne renoncerais à sa première visite et à ses deux gros boutons de bottines qui lui donnent son regard interrogateur.

 

A ce moment les gelées ne seront plus très loin, le potager bientôt s'engourdira. Alors mon rouge-gorge sera la petite flamme rousse qui me réchauffera et me consolera des nuits sans fin de l'hiver.

 

 

 

 

Je vous souhaite la meilleure semaine possible !

 

 

Amitiés 

 

 

Yves

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #Potager de Saint Jean

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Très belle histoire !
Bonne semaine à vous,
Monique
Répondre
Y
Merci
A bientôt
Yves
D
Merci pour votre amour de notre rouge-gorge Desjardins Viviane
Répondre
Y
merci à vous et bonne soirée
Yves
D
Merci pour votre amour de Monsieur rouge-gorge Viviane
Répondre