NOUVELLE VIE

Publié le 28 Novembre 2021

 

 

 

« L’automne est un second printemps où chaque feuille est une fleur. »

 

Albert Camus

 

 

 

* Du jaune au rouge, splendeur des couleurs

 

L'automne est un temps de merveilles et de richesses. Splendeurs des teintes, les rouges, les or, les cuivre, les tons de feu, les tons de miel, ceux venus du soleil et de l'eau, tous les dérivés du vert, tous les tons éteints parmi ceux qui flambent.

L'opulence est partout dans ces fruits qui tombent et ces amoncellements de feuilles comme l'immense gaspillage d'une fête bachique que la nature donnerait à grand spectacle et à profusion avant l'hivernal repos.

 

Dernier chant de la nature, à l'arrivée de la mauvaise saison, l'automne, sans artifice, pare les feuilles de tous les arbres et arbustes de la plus belle palette de couleurs qu'un peintre puisse imaginer.

 

 

* La seconde vie des feuilles

 

 

Aquarelle, pastel Yves de Saint Jean

 

Chronique d'une mort annoncée, une série d'événements conduit la verte feuille jusqu'à son dépérissement, à sa chute et enfin à sa destruction qui signe, en même temps, l'acte de la continuation de la vie.

C'est le moment où au plus secret des plantes, avec la diminution des jours et la chute des températures, le calendrier des hormones végétales, les gaz produits dans les tissus, les composés aux actions compliquées et encore mystérieuses ralentissent la sécrétion des substances de croissance.

 

 

Photo Yves de Saint Jean

 

 

Tous ces signaux déclenchent le dépérissement des feuilles qui jaunissent. La chlorophylle verte fuit vers la tige, protéines, sels minéraux ou autres précieuses substances déménagent.
Selon les espèces, les feuilles se parent des plus jolies couleurs quand certains composés, produits de la chimie végétale, s'accumulent dans leurs cellules. L'arbre ou l'arbuste laisse alors dans la feuille deux types de pigments, les carotènes (qui rendent les feuilles de couleur jaune à orange foncé) et les anthocyanes (rouge, violet ou brun-rouge). La couleur et l’intensité de chaque feuille s’expliquent donc par les types de pigments présents. Elles peuvent passer directement du vert au brun, tomber, ou prendre un éventail de couleurs.

 

Au même moment, une autre hormone, la « dormine », prépare la séparation par une couche de petites cellules soudées par une sorte de petite colle, la pectine et ensuite par une couche de liège, fabriquée avant la chute des feuilles, pour cicatriser.

Seulement tenues par les vaisseaux conducteurs de sève, eux-mêmes vite bouchés, il suffit alors d'un léger souffle de vent ou d'une légère pluie pour que les feuilles s'envolent.

 

 

Photo Yves de Saint Jean

 

 

 

* Rien ne se perd, tout se transforme

 

Tombées à terre, les feuilles mortes jouent un grand rôle. Dans la litière détrempée par les pluies d'automne leur décomposition forme un véritable bouillon de culture qui fait vivre un monde inconnu grouillant et multiforme.

Des milliards de bactéries et des millions d'animaux microscopiques (amibes, protozoaires...) se multiplient sur chaque centimètre carré.

Des bataillons d'acariens découpent et rongent la chair des feuilles. A ce travail mécanique s'ajoute la puissante décomposition chimique des champignons capable de venir à bout des molécules difficiles comme les lignines.

Des armées de lombrics partent à l'assaut, soldats infatigables, dont le nombre peut dépasser les 2 500 000 individus à l'hectare.

 

 

Photo Yves de Saint Jean

 

 

Dans ce gigantesque  chantier à ciel ouvert d'autres ouvriers silencieux, limaces, escargots, cloportes, scolopendres, insectes, légions de minuscules parasites ou autres terribles prédateurs comme les fourmis, nématodes, punaises des bois, araignées viennent se nourrir des débris mélangés aux champignons, excréments et déchets divers.

 

A partir de ce monde en transformation, rejaillissent des chaînes alimentaires qui passent par les rongeurs et les oiseaux.

L'énergie du soleil captée aux beaux jours par les arbres et les plantes qui restait dans les feuilles sous forme de molécules variées est mise à profit par le monde vivant.

Le carbone fixé par la photosynthèse finit par retourner dans l'atmosphère sous différentes formes gazeuses et les sels minéraux se retrouvent mis à la disposition de la végétation.

Sans ces retours, ces échanges que la nature a fabriqués d'elle-même, il y a belle lurette que l'accumulation des déchets et l'appauvrissement des ressources qui en découle auraient épuisé notre planète.

 

Scène finale de ce grand spectacle, certains éléments des feuilles qui n'ont pu être décomposés totalement viennent former l'humus, l'une des clés de la fertilité des sols.

 

 

Alors, comme depuis la nuit des temps, une autre vie pourra apparaître... !

 

 

 

photo Yves de Saint Jean
Photo Yves de Saint Jean

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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V
très belle cette seconde vie des feuilles ,vive les lombrics et l'humus permettant de voir l'arrivée d'une prochaine vie au printemps
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Y
merci
à bientôt
Amitiés
Yves