LA BONNE ANNEE

Publié le 30 Décembre 2021

La bonne année ! pensée et porte bonheur - petite aquarelle Yves de Saint Jean

 

 

 

* LES ETRENNES DE JANVIER *

 

 

Janvier doit son nom à Janus, fils d'Apollon, venu, dit la légende, se fixer au bord du Tibre.

Son temple est situé sur le forum de Rome. Il est le dieu des fins et du commencement, du choix et des passages des portes. Il avait le pouvoir de connaître à la fois le passé et l'avenir.
Ainsi Janvier a-t-il deux visages, à la charnière de deux années.

 

* Le mois des étrennes *

 

 

Les coutumes du jour de l'an sont vieilles comme le monde. Étrennes, cadeaux, visites, échanges de souhaits sont les quelques dernières traditions de politesse et de courtoisie que nos pères nous ont léguées.

 

Tatius

 

 

Pour parler des étrennes, on peut se dispenser de remonter aux Grecs, certainement pas aux Romains, inventeurs de cet usage. Le consul Symmachus nous apprend que cette tradition fut introduite sous l'autorité du roi Tatius Sabinus, roi des Sabins, adversaire puis co-roi de Rome avec Romulus. Tatius reçut le premier la « verbène » (la verveine) du bois sacré de la déesse du nouvel an, Strénia, pour les bons présages de la nouvelle année.

 

A l'origine, on vint faire des présents de figues, de dattes, de miel. Avec les cadeaux, ils se souhaitaient mutuellement toutes sortes de bonheur, d'amitié, de prospérité, de choses agréables et douces pour le reste de l'année.

Puis les Romains quittant leur première simplicité, changeant leurs dieux de bois en dieux d'or et d'argent, ils commencèrent à magnifier leurs dons et à s'offrir ce jour-là des monnaies et médailles d'argent, trouvant qu'ils avaient été bien simples et miséreux dans les siècles précédents de croire que le miel et les figues furent plus doux que l'argent.

 

Prenant autant d'autorité dans la religion que dans l’État, ils ne manquèrent pas d'établir des lois et firent du nouvel an un jour de fête qu'ils dédièrent et consacrèrent particulièrement au dieu Janus dont le buste le représente avec une face tournée vers le passé, l'autre sur l'avenir.

 

L'usage des étrennes devint si fréquent que tout le peuple allait souhaiter la bonne année aux empereurs. Ces cadeaux se faisaient en numéraire, selon son pouvoir et sa richesse. C'était une manière d'impôt. On raconte que Caligula, troisième empereur romain, qui régna de 37 à 41, n'ayant pas confiance en ses percepteurs, se tenait, le premier jour de l'an dans le vestibule de son palais et recevait des mains de ses sujets les étrennes qu'il empilait dans des coffres placés à ses côtés.

 

 

 

 

 

* Des étrennes royales *

 

 

Nous retrouvons cette mode plus florissante que jamais aux temps somptueux du Moyen Age. A la cour des ducs de Bourgogne, à Bruges et à Gand, on échange force cadeaux précieux.

A Paris, l’affluence des acheteurs se presse dans la célèbre galerie des merciers, au Palais, où tous les marchands d’objets de luxe et de jolies bagatelles ont leurs comptoirs. On trouvait là à foison, joyaux d’or et d’argent, tissus d'Orient, parures pour les femmes et les jeunes filles, tapisseries, épées, ceintures et boucles, jeux de toutes sortes et, pour les petites filles, des poupées habillées aussi richement que des princesses.

 

A la cour de Louis XIV, la cérémonie des étrennes était une vraie folie. L’année où les ambassadeurs siamois vinrent en France en 1686, on vit, le 1er janvier, un véritable débordement de cadeaux. Les envoyés orientaux avaient apporté au roi les merveilles de l’art de leur pays : cabinets de laque incrustés d’écaille et de métaux précieux, vases, aiguières, coupes, flacons d’or et d’argent, paravents de soie, tapis brodés, porcelaines, bronzes ciselés et damasquinés. Plusieurs chariots avaient été nécessaires pour transporter de Brest à Paris tous ces présents.

Louis XIV distribua autour de lui ces innombrables cadeaux. Toute la cour, jusqu’aux plus modestes officiers et aux plus humbles filles d’honneur, eut part à ses largesses. C’était le temps de l’abondance, de la grandeur et de la prospérité.

 

Puis vinrent les dernières années du règne : 1710, les armées vaincues, la France envahie, la misère par les campagnes, la famine à Paris, et le vide dans les caisses de l’État.

Le 1er janvier 1710, le marquis de Dangeau note dans son célèbre « Journal » où il décrit la vie à la cour de Versailles à la fin du règne de Louis XIV : « Le roi n’a point pris, cette année, trente ou quarante mille pistoles qu’on avait accoutumé de lui donner du trésor royal pour ses étrennes (...) Il n’a point donné d’étrennes à la famille royale, comme il avait accoutumé de le faire (...) Il a défendu aussi à la ville de donner des étrennes ».

Dangeau poursuit et raconte que les courtisans offrirent leur vaisselle d’argent au roi qui décida de faire fondre sa vaisselle d’or. Il déclara « qu’il ne voulait plus rien prendre sur le peuple », et que, s’il trouvait à engager les pierreries de la couronne, il le ferait. Ainsi, la vaisselle d’or et d’argent, les cadeaux de naguère s’en furent à la Monnaie pour être convertis en numéraire. Les courtisans rendaient leurs étrennes au roi. Et le monarque lui-même y envoyait non seulement sa vaisselle, mais jusqu’aux joujoux précieux qu’il avait reçus pour étrennes en son enfance, de petits canons d’or et toute une armée de jolis soldats en argent dont s’étaient amusés les princes, ses enfants et petits-enfants.

 

 

 

 

 

* Le compliment du facteur *

 

 

L'usage des étrennes va néanmoins s'imposer plus encore que précédemment au 18ème siècle, époque prodigue entre toutes. Louis XV adore les étrennes. En 1740 il offre une boîte d'or incrustée à madame de Vintimille et Louis XVI dépense sans compter en bijoux pour les étrennes de sa sœur Elisabeth et son épouse Marie Antoinette.

 

L'ingénieux philanthrope, médecin, novateur Piarron de Chamousset eut la bonne idée de créer la « Petite Poste » locale de distribution et de relève du courrier à Paris autorisée par les lettres patentes de Louis XV le 4 mars 1758.

Ces messieurs les facteurs de l'époque eurent alors l'idée de réclamer leurs petites « étrennes du sentiment ». En échange ils offraient comme, aujourd'hui, un joli calendrier qui portait une belle image et un petit poème :

 

 

« Recevez ce petit présent,
C’est l’étrenne du sentiment.
Comptez toujours sur un facteur
Pour vous plein de zèle et d’ardeur,
Et n’oubliez pas le commis
De la p’tit’ poste de Paris. »

 

 

A la Révolution, la mode des étrennes eut à subir de rudes assauts mais cette période qui eut raison de toutes les pratiques de l'Ancien Régime, ne put vaincre celle-là.

 

 

 

 

 

 

* Traditions immuables *

 

 

Par la suite, l'usage des étrennes va se généraliser, gagner toutes les classes de la société et résister à tous les cataclysmes. Dans les temps de restrictions comme le furent les années 1940, les gamins galopant en sabots criaient à tue tête cette rengaine : « Je vous souhaite la bonne année, accompagnée de beaucoup d'autres. Ne parlons pas d'argent. La bourse en serait folle. Vive le sou troué et la bonne santé. »

 

 

 

 

Le sou troué était une pièce de quelques centimes, plate, légère et de couleur grise. Beaucoup d'enfants se contentaient ce jour-là du sou troué quand les gens pouvaient leur donner l'étrenne. « Pour t'acheter un peu de liberté » disait un grand-père à son petit fils.

 

Au « Caveau », la célèbre société bachique, chantante et littéraire parisienne, sur le jour de l'an on chantait :

 

« On se pare, on se tourmente,
L’un chez l’autre on se présente,
L’un l’autre on se complimente,
Et presque toujours on ment
Ah ! l’beau jour que l’jour de l’an ! »

 

 

Les coutumes du jour de l'an demeurent aujourd'hui à peu près les mêmes qu'au temps jadis. Sans doute se fait-on moins de visite qu'à cette époque, les temps ont changé et la technologie a fait son apparition mais on se congratule toujours pour le nouvel an.

 

 

* Pour terminer ! *

 

 

Une pensée pour toutes et tous -croquis aquarellé Yves de Saint Jean

 

 

Pour terminer cet article avant le grand passage vers la nouvelle année, je veux remercier les 28 000 visiteurs du blog, lecteurs de plus de 54000 pages mais aussi commentateurs et parfois correcteurs.

 

 

Le carnet et l'encrier croquis aquarellé Yves de Saint Jean

 

 

Je ne me targue d'aucun talent d'historien, ni de folkloriste encore moins de romancier mais j'ai le plaisir, modeste, de l'assemblage imprévu des mots qui racontent des histoires en allant de-ci de-là butiner la mémoire humaine pour recueillir et noter sur mes carnets de couleur, secrets, traditions, légendes, recettes, mœurs, coutumes, croyances, aventures qui font la richesse d'une ruralité oubliée et bien souvent négligée.

Dans cette opération laborieuse et de partage, un mot, une citation, un proverbe, une rencontre, une amitié, une lecture, une discussion autour d'un café ou d'un verre de Jasnières peuvent révéler des trésors.

 

Ces quelques articles ne cherchent rien d'autre comme l'écrivait René Boylesve :

« qu'à provoquer la rêverie féconde, à nous instruire des mobiles inconscients de nos actions et des prolongements infinis de nos gestes, à nous faire entendre, l'oreille à terre, comme le murmure musical d'une eau souterraine, la vie cachée des forces invisibles ; d'un point de vue plus positif, à nous enseigner que, contrairement à l'opinion de ceux qui ne nous prêchent que le caractère transitoire de toutes choses, la vérité est que les choses durent, que toute pensée émise et tout acte exécuté ont leur importance... Prenons y garde et surveillons-nous, poursuivait-il, notre tenue devant les enfants, notre attitude devant le monde, les expressions et jusqu'au ton que nous employons pour formuler notre état mental, se concrétisent, se solidifient, à la manière du ciment, pour former un pont jeté d'une rive à l'autre, d'une génération à la suivante, aux suivantes, et où passeront des arrières petits-neveux qui n'auront aucune souvenance de nous. »

 

Ces élites qui pensent, paraît-il, mieux que nous qui sommes « gens de rien » comme ils disent, seraient bien inspirées d'y réfléchir !

 

 

 

 

Je vous souhaite à toutes et tous une bonne année, une bonne santé pour 2022

et de beaucoup d'autres accompagnées !!!

 

 

 

 

Mes petits carnets - croquis aquarellé Yves de Saint Jean

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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M
Bonne année et bonne santé à vous et à vos proches.<br /> Je prends beaucoup de plaisir à lire vos récits très enrichissant.<br /> Amitiés<br /> Monique
Répondre
Y
Amitiés et encore meilleurs voeux <br /> Yves
M
Cher monsieur,<br /> si je m’écoutais vous auriez un commentaire élogieux, heureux, à chacun de vos blogs !<br /> En voici encore un car ce n’est pas mon premier, pour vous remercier chaleureusement. C’est un plaisir de vous lire, et vous m’en apprenez tant !<br /> Je souhaite longue vie à votre blog ainsi qu’à vous même bien sûr.<br /> Veuillez accepter tous mes meilleurs vœux pour l’année 2022, pour vous et tous ceux qui vous sont chers.<br /> Ghislaine Maillet.
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Y
Encore merci et plein de bonnes choses<br /> amitiés <br /> Yves
J
MERCI POUR CE BLOG TOUJOURS TRES CAPTIVANT <br /> BONNE ANNEE ET ENCORE DE NOMBREUX RECITS
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Y
bonne année à Joséphine !!!!!
A
Merci infiniment pour cette pensée aussi profonde que colorée. Très bonne année. Très amicalement.<br /> Michel.
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Y
merci et beaucoup d'articles sur votre région que j'aime beaucoup<br /> amitiés <br /> Yves