LE HOUX - ARBUSTE DE NOËL

Publié le 18 Décembre 2021

 

 

 

Je vous avais raconté dans un précédent article cette légende du petit oiseau cherchant un arbre pour s'abriter des rigueurs de l'hiver.

Tous les arbres interrogés avaient refusé l'hospitalité qu'il demandait sauf le houx. Le petit oiseau se blessa avec les épines de ses feuilles et il devint rouge-gorge.

 

 

 

 

Noël est vieux comme le monde. Avant de devenir une fête chrétienne, il fut, chez les Celtes, nos pères, la grande fête de la germination.

Dans la tradition celtique, les feuilles épineuses faisaient du houx le protecteur par excellence. Cet arbuste qui symbolise la persistance de la nature durant les rigueurs hivernales était un signe de bienvenue pour les bons esprits de la forêt ou les voyageurs perdus dans le froid.

Il protégeait aussi des mauvais esprits, des sorcières, et des foudres divines.

Il ornait les bâtons des druides et était offert aux hommes et aux femmes des villages pour leur porter bonheur.

Les peuples germaniques et britanniques voyaient dans ses baies rouges le symbole de la fertilité hivernale, promesse du retour à la lumière et à la chaleur.

 

 

 

Dans la vision populaire, le houx a gardé son rapport avec la fonction sacerdotale. Symbole axial, comme le bâton de Merlin, il est le lien entre la terre et le ciel pour obtenir le pardon des dieux.

 

 

 

 

 

 

Le houx de Noël est cher aux chrétiens pour sa symbolique. Pour les premiers de ceux-ci, le houx est associé à la légende selon laquelle lorsque la Sainte Famille fuyant en Égypte poursuivie par l'armée du roi Hérode, Joseph, Marie et l'enfant Jésus se cachèrent derrière un houx. A l'approche du soldat, l'arbuste étendit ses branches pour les préserver.

Très reconnaissante, la Vierge Marie bénit l'arbuste pour qu'il reste vert pour toujours.
Le houx devint alors un arbre à feuilles persistantes, symbole d'immortalité.

 

En regardant l'histoire, on découvre que cet arbuste était déjà utilisé à l'époque romaine quand, pendant le solstice d'hiver, les fameuses Saturnales qui avaient lieu aux alentours du 22 décembre, on accrochait des rameaux de houx sur les vêtements pour éloigner le mal et les sorcelleries. Pendant les festivités, les Romains s'offraient mutuellement des couronnes de houx, décoraient les statues de Saturne avec des branches de l'arbuste et s'envoyaient des présents garnis de rameaux aux proches en signe de bienveillance..

 

 

 

 

Les premiers Chrétiens adoptèrent cette tradition afin de ne pas éveiller les soupçons et pour éviter les persécutions. Le houx perdit son caractère païen pour devenir le symbole chrétien du moment de Noël, surtout en ce qui concerne les pays de l'occident. Les feuilles acérées représentent les épines de la couronne, les feuilles vertes l'éternité et les baies rouges le sang du Christ.

La tradition utilise le Noël dans la décoration de l'autel des églises pour la messe de minuit. On le retrouve sur les couronnes de l'Avent, en branches sur nos tables mais aussi en décoration sur la traditionnelle bûche de Noël.

 

Plante singulière et familière d'une grande résistance, le houx commun a pour nom savant « Ilex aquifolium ». Comment imaginer que derrière cet arbuste de 4 à 5 mètres, sommeille un véritable arbre qui peut atteindre, si on lui en laisse le temps, 20 mètres de hauteur et vivre plus de 300 ans.

A peu près partout en France, il est présent dans toute l'Europe occidentale aussi bien en plaine qu'en montagne jusqu'à 1500 mètres d'altitude. Il pousse lentement mais tout aussi sûrement sous un couvert forestier que sous un soleil méridional.

 

 

 

 

 

 

* Feuilles coriaces et baies rouges

 

 

Il doit une grande partie de son succès à ses feuilles piquantes, qui découragent le bétail. Elles sont vertes, cireuses ou vernissées, coriaces, ondulées et dentées. Elles limitent la transpiration et permettent à l'arbuste de passer l'hiver avec tout son feuillage. En ce sens, le houx est le seul arbre feuillu de l'hémisphère nord dont les feuilles ne tombent pas à l'automne, à l'instar des conifères.

Il n'est pas le seul végétal qui ait développé des feuilles aussi vertes et coriaces ; c'est d'ailleurs le Chêne vert méditerranéen appelé aussi Yeuse « Quercus Ilex », qui a donné au houx son nom botanique en raison de la ressemblance morphologique qui existe entre leurs feuilles respectives.

Il existe des houx mâles et des houx femelles. Ces dernières son trahies par la présence de baies rouges en hiver.

Toutefois il faut être prudent car malgré un bel effet décoratif, les petites baies rouges sont très toxiques (violents vomissements et même la mort) pour l'homme et tous les animaux sauf les oiseaux, merles et grives notamment, qui s'en délectent, participant ainsi à la dispersion des graines.

 

 

 

 

 

* Usages multiples

 

 

Les apothicaires du 16ème siècle vont l'inscrire tardivement dans leur pharmacopée. Ses feuilles contiennent un composé baptisé « Ilicine » - que l'on retrouve chez le chêne – qui leur donne un goût amer. Sous la forme de décoction ou d'infusion, elles ont la réputation de soigner les fièvres persistantes et les digestions difficiles.

En Amérique du sud, les feuilles de houx du Paraguay « Ilex paraguariensis » sont à la base du « Maté » (Yerba maté) une boisson populaire énergisante qui n'est pas sans rappeler un thé assez âcre.

 

Son bois blanchâtre très dur est utilisé en lutherie. Les ébénistes le recherchent. Très employé en marqueterie au 17ème siècle, souvent teinté de noir en lieu et place de l'ébène. Très résistant et ayant la faculté d'atténuer les vibrations, il se transforme en manches agricoles, outils, fouets, cravaches, baguettes ( les houssines), balais ( les houssoirs), pièces de charrues, verges de fléaux...

C'est le bois des aiguillons de bouviers (meneurs de bœufs) qui guidaient les bêtes vers « le bon chemin ».
Quant aux ecclésiastiques, ils chassaient les sorcières à coup de trique confectionnée dans son bois.

 

On le retrouve dans le langage, ainsi au 18ème siècle, les maîtresses de maison « houspignaient » ou encore  « houssinaient » leur intérieur (avec un balais de houx), pour finalement « houspiller » (disputer) leurs enfants.

 

 

 

 

* Symbole et sortilèges

 

 

S'il symbolise la persistance de la vie végétale certains pensent qu'il serait né du diable, de sa jalousie envers les créations divines mais pour la plupart grâce à son beau feuillage vert luisant qui traverse la Saison sombre, il est la promesse d'un soleil vainqueur, symbole de l'espoir du retour de la belle saison, des récoltes abondantes et du pain sur la table.

 

En Normandie, quelques feuilles de houx dans le lait protégeaient celui-ci des esprits mauvais et des sortilèges. En Belgique, seul le bâton de houx défendait le voyageur sur les chemins contre toutes sortes d'apparitions étranges. Planté à côté d'une maison, il préserve la famille qui y réside contre les mauvaises pensées, les démons et le malheur qui tombe du ciel sous forme de foudre.

Il sert à capturer le mal et la maladie qui frappent la personne en faisant appel à ses pouvoirs. Placé aux côtés du malade, le houx prendra sur lui le mal pour apporter la guérison.

 

 

 

 

 

* Argent et fortune

 

 

Dans les années 1880 un couple américain venu du Kansas les époux Wilcox achète un terrain dans la vallée de Cahuenga, banlieue de Los Angeles pour y installer leur Ranch. Daieda Wilcox l'appellera Hollywood le « bois de houx ». Son choix, comme elle l'expliquera plus tard fut guidé à la fois par son côté superstitieux et par la sonorité de l'expression. On connaît la suite.

 

Réputé pour attirer l'argent, le houx constitue pour certains hommes d'affaires d'Amérique un talisman, précieux fétiche. Une croyance stipule qu'il suffit de plonger une branche de houx dans du vin après minuit puis de rapporter le morceau de bois à la maison pour devenir très riche.

Enfin pour les chercheurs de trésor, il faut savoir que deux branches prélevées au petit matin avant le lever du jour montreront la voie pour trouver des magots.

 

Alors, si avec tout ça vous ne faites pas fortune, je ne peux plus rien pour vous !

 

 

 

Bonne semaine !

 

 

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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M
Comme d'habitude, très enrichissant !<br /> Quand nous étions enfants et pas sages, ma mère nous menaçait de prendre l'houssine. <br /> Je vous souhaite un bon Noël en famille<br /> Bises, Monique
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Y
Joyeux Noël également<br /> bizzzzzzzzzz<br /> Yves
A
et planté à côté des points d'eau , sources ou puits ,il garantissait la qualité du breuvage! en effet ses feuilles piquantes , (aquifoliacées ou "acri foliacées) repoussant les animaux (et donc leurs déjections) auraient pu contribuer au fait que nos lointains ancêtres avaient constaté que l'eau restait plus pure autour des sources entourées de houx;<br /> <br /> d'où peut être les pouvoirs magiques qu'on lui donna. Mais , ce qui est sûr, c'est qu'il y a toujours une part de fondement vrai et scientifique à toute légende;<br /> Et ne parlons pas, car c'est de nos jours interdit, de la glu tirée de son écorce qui mélangée à la poix de cordonnier, nous permettait ,gamins, de capturer les grives!!!!!
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Y
Bonjour il y aurait tant à dire <br /> merci pour ce commentaire éclairé<br /> Yves
F
Merci Yves <br /> Maintenant je connais l'origine du verbe houspiller Joyeux Noël à toute ta famille <br /> François
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Y
merci à toi et bon Noêl également<br /> A bientôt<br /> Yves
A
Et joyeux Noël !
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A
Très instructif et réjouissant. Chez nous, souvent faute de houx, nous utilisons à Noël le petit houx ou fragonnette. Dont nous mangeons en outre les jeunes pousses au printemps... Rien ne se perd.
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Y
Bon Noël <br /> Amitiés <br /> Yves