BALADE DANS LES VAUX DU LOIR

Publié le 17 Avril 2022

 

 

 

La vallée du Loir est mon pays, attachement viscéral au pays natal fixé dans la mémoire de l'enfance. Sa campagne doucement vallonnée aux horizons verts et bleus invite à la quiétude et au repos.

Dans le jardin de la France, le Loir dessine une vallée discrète, un peu écartée mais d'un charme pénétrant et subtil. Ses champs, bois, haies, jardins et chemins creux abritent des secrets et le riche patrimoine de nos terroirs. Les paysages délicats, variés, agréables et souriants expriment à merveille cette aimable élégance de l'esprit et du cœur. 

 

 

Le Loir naît aux abords du Perche, à Saint-Eman. Le long de ses 317 km de rives paresseuses, bien des jardins de curé et nombre de potagers maintiennent cette étiquette de « Jardin de la France ».

Epicurien, le Loir attire vignobles et cultures maraîchères. Bucolique, il se promène dans un paysage rural. Prince, il a des châteaux pour bijoux et son lit devient collier.

Cultivé, il a écrit de belles et nobles pages de l'histoire de France.

 

 

 

Il est le val des poètes, artistes, écrivains et célébrités parfois oubliées de l'histoire.

Ronsard et Racan y sont nés. Balzac fut élève au lycée de Vendôme. Zola est venu à Cloyes se documenter sur son ouvrage « La Terre ». Il logeait à Chateaudun au « Bon Laboureur ». Il prit Romilly-sur-Aigre, au nom magnifiquement terrien, comme modèle pour son Rogne, et une ferme d'Ozoir-le-Breuil pour La Borderie, le domaine des Hourdequin. Marcel Proust rendit célèbre la commune d'Illiers en la décrivant sous le nom de Combray dans son cycle romanesque « A la Recherche du Temps Perdu ».

« Le père de M. Sainteuil, dit Marcel Proust, avait de l'autre côté de la ville un immense jardin qui s'étendait d'abord en terre-plein devant le cours du Loir. » Ce jardin, c'est le Pré Catelan, où joua le petit Marcel entre la tante Léonie et l'oncle Jules Amiot quand il y passait ses vacances.

 

 

 

Le Loir est aussi la patrie de Marie Pape Carpentier, née à La Flèche organisatrice des premières écoles maternelles, Léo Delibes, compositeur né à Saint-Germain-du-Val, D'Esternelles de Constant, prix Nobel de la Paix en 1909, Liane de Pougy, danseuse, courtisane et croqueuse de diamants, le marquis de Turbilly, agronome, initiateur du mérite agricole et des comices, Guillot de la Poterie à Luceau, chef chouan sous le surnom d'Arthur, Louis Rustin à la Chartre-sur-le-Loir, père de la petite pastille de caoutchouc destinée à réparer vite et bien les chambres à air, Jacques Bouillault, naturaliste, créateur du parc zoologique de La Flèche et tant d'autres...

 

Il est agréable de suivre la promenade nonchalante du Loir de Vendôme à Briollay près d'Angers où il va donner naissance à la Maine avec ses cousines, la Sarthe et la Mayenne. Dans les craies de tuffeau la vallée s'enfonce. Tour à tour émergent des pans de roches où se plaque la lumière blanche et dorée avec de-ci, de-là des cavernes, des abris souterrains, des habitations troglodytes, des caves profondes puis au sommet d'un coteau, sur un promontoire, une ruine, une tour, un château. C'est Troô, Fréteval, Montoire, Lavardin, La Poissonnière, vieux manoir qui vit la naissance de Ronsard.

 

« O petit Loir, honneur du Vendômois ! » Joachim du Bellay

 

Puis la vallée se libère, les paysages apparaissent plus vastes, plus dodus et opulents. C'est La Chartre-sur-le-Loir, Château-du-Loir, Nogent, Vaas.

Toujours plus large, plus prospère, la vallée accueille avec grandeur Le Lude et son château, bijou de la Renaissance ou coucha Madame de Sévigné le 9 octobre 1690, La Flèche puis Durtal, hautain et belliqueux avant de retrouver la douceur angevine.

 

 

 

 

La vallée du Loir recèle des trésors d'architecture rurale d'une incroyable variété intégrée au relief et au climat des campagnes. Le tuffeau, le bois, la tuile, l'ardoise racontent des histoires.

Loir préhistorique, Plantagenêt, Roman, Gothique, Renaissance, châteaux et belles demeures, églises, moulins, loges de vigne, pigeonniers, lavoirs et autres curiosités témoignent de la vie quotidienne et de l'environnement des femmes et des hommes qui ont façonné cette vallée pour celles et ceux qui ont décidé de continuer à y vivre.

 

Le Loir harmonieux issu de traditions populaires s'offre à nous. C'est le terroir de Jasnières et du Chenin, des coteaux du Vendômois et du Pineau d'Aunis, de la pomme à Chenu, de la poule noire à La Flèche, du jeu de la boule de fort jusqu'à Chenu et Saint-Germain-d'Arcé.

 

 

 

 

Tout le long de son cours, les moulins sont nombreux : moulins à tan, à chanvre, à foulon, à farine et même à glace à La Bruère près de La Flèche. Moulins Saint-Jacques et Pousset à Coëmont, de Rotrou à Vaas, de La Providence et de Poil de Rieu à La Flèche... sont les témoins vivants de ce passé.

Essentiels pour la régulation de la rivière, ils permettaient surtout une navigation sur environ 100 km depuis son embouchure, à Briollay, jusqu'à Port-Gauthier près de Château-du-Loir.

Celle-ci se faisait grâce à 36 portes marinières, une tous les 3 kilomètres. Leur passage était rendu périlleux du fait de la déclivité et du courant accéléré par l'étroitesse du passage. Il y eut de nombreux accidents.

Gabares de 24 à 27 mètres, havriers, toues, futreaux, le transport sur l'eau employait un grand nombre d'hommes. Ces "Vilains sur terre" mais "Seigneurs sur l'eau", ces mariniers surnommés "Chalandoux" et même "Chie dans l'iau" par opposition aux "Culs terreux" restés sur la rive ont fait la gloire du commerce du grand fleuve et de ses affluents dont le Loir, jusqu'au début du XXème siècle.

 

 

 

 

A la remontée on transportait de l'ardoise, des pierres à bâtir, du sel pour le grenier à sel de Neuvy-le-Roi. A la baisse, vers Nantes, des toiles, fabriquées dans le canton de Château-du-Loir pour le ménage et la navigation à voile, estimées les meilleures de France non pour leur finesse mais pour leur extrême solidité, des briques, du bois, des carreaux dont ceux de Durtal, des sabots dont Jupilles, au cœur de la forêt de Bercé, était la capitale de fabrication.

Le chemin de fer et la grande guerre auront raison de cette économie.

 

Par ses traditions architecturales, gastronomiques, viticoles, patrimoniales, la vallée du Loir plonge ses racines dans un riche passé.

Son identité se veut discrète mais vigilante, terre de douceur, de culture, de plaisir et de qualité de vie.

 

 

Bonne semaine !

 

 

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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