EN MAI - FETE DU TRAVAIL

Publié le 1 Mai 2022

 

Il s'en passe des choses dans la nuit du 30 avril au 1er mai.

C'est cette nuit là que les jeunes gens partent dans les bois choisir et couper le « Mai » qu'ils décorent et plantent au centre symbolique de leur communauté. C'est aussi à ce moment qu'à titre individuel ils font le « Mai » aux filles, accrochant aux volets, fenêtres et portes de telle ou telle des rameaux, des fleurs ou des légumes dont le sens est connu de toutes et tous, déclarant ainsi par cet artifice leur flamme, leur indifférence ou leur mépris.

 

Ce mois de mai est celui de la déesse Maïa, fille d'Atlas qui porte le monde sur ses épaules. Elle est mère d'Hermès, l'aînée des Pléiade, déesse de la terre qui nourrit les hommes.

 

 

Riche de jours fériés religieux ou païens, Mai incarne souvent l'insouciance, le bonheur, la détente avec l'arrivée des beaux jours.

Il est celui des rogations, les trois jours qui précèdent l'Ascension, l'une des principales fêtes chrétiennes qui célèbre l'élévation au ciel du Christ ressuscité. Il est le mois de Marie où il est déconseillé de se marier.

 

Depuis longtemps puisqu'un rondeau du 18 ème siècle en fait déjà mention, la coutume veut que le 1er mai on offre à celles et ceux que l'on aime un brin de muguet, porteur de bonheur et d'espérance.

La légende rapporte que cette petite fleur parfumée aurait été créée par Apollon pour donner à fouler aux neufs Muses un tapis digne d'elles.

Mais ce mois printanier lumineux qui incarne l'insouciance et l'espérance est aussi celui de la contestation étudiante et de la révolte ouvrière.

 

 

 

 

Le 1er Mai fête du travail

 

 

Le 19 ème siècle qui incarne en même temps le développement de l'industrie, des techniques, de l'urbanisation est aussi celui de l'effervescence et de la lutte pour l'humanisation des conditions de travail.

Les hommes, les femmes et même les enfants très jeunes travaillent 12 voire 15 heures par jour, dans les ateliers, les usines, les mines dans des conditions humainement pitoyables pour des salaires de misère.

Quelques progrès, lents, mais certains émaillent de cette période.

Ainsi en 1841, l'interdiction de travail des enfants de moins de huit ans sera étendue à ceux de moins de treize ans.

En 1864, la grève n'est plus considérée comme un délit. La même année, la liberté syndicale est reconnue pour tous, sauf les fonctionnaires.

Il faut cependant attendre 1907 pour que le repos hebdomadaire devienne une obligation.

 

 

 

 

Naissance aux Etats-Unis

 

Le 1er Mai plonge ses racines aux Etat-Unis. C'était pour les américains de cette époque le « moving day », la date de départ des contrats de louage, l'équivalent chez nous de ceux de la Saint-Jean et de la Saint-Michel.

En 1886, les organisations ouvrières américaines, dont les célèbres « Knights of Labor » choisissent cette date pour organiser, sur une base coopérative, une grève générale, afin de réclamer la journée de 8 heures, une aspiration majeure de la population travailleuse et laborieuse.

C'est ainsi que près de 35000 grévistes cessèrent le travail dans un grand enthousiasme.

A Chicago où la tension était la plus forte, la grève ne cessa pas. Des heurts violents eurent lieu entre police et manifestants. Il y eut des coups de feu. Six manifestants furent tués et il y eut de nombreux blessés. Une grande émotion envahit la ville. Un meeting réunit plus de 15000 personnes. Au moment de la dispersion et l'intervention de la police, une bombe explose et deux policiers sont tués.

Ce sera le début d'un terrible massacre dont on ne connaît pas, à ce jour, le nombre exact de victimes.

Il y eut une parodie de procès et six militants furent pendus haut et court. Les condamnés à la potence de Chicago devinrent alors de véritables martyrs de la cause ouvrière.

 

 

 

 

Le Congrès international socialiste réuni le 21 juillet 1890, prit la résolution de faire du 1er mai une journée internationale de revendications sociales qui sera conclue par une déclaration solennelle :

« Il sera organisé une grande manifestation internationale, de manière que dans tous les pays et toutes les villes à la fois, le même jour, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail et d'appliquer les autres résolutions du congrès de Paris. »

Une semblable manifestation est décidée pour le 1er mai 1890 par « l'American Federation of Labor », cette date est alors adoptée pour la manifestation internationale.

Le 1er mai 1890 en France, ne frappe pas les esprits mais celui de 1891 va rejoindre dans l'horreur celui de Chicago.

A Fourmies, petite cité industrielle du Nord, la fête revendicative se transforme en drame.

Les affrontements entre forces de l'ordre et manifestants font dix morts et des dizaines de blessés.

Découragements, désespoirs et désillusions se succèdent mais la pression populaire continue et ne reste pas sans effets.

En 1906 la loi sur le repos hebdomadaire est votée. En 1919, le parlement se résout à accorder la journée de 8 heures.

Le 1er mai 1936 une impressionnante démonstration de force va constituer un prélude aux grandes grèves qui déboucheront sur les semaines de quarante heures et quinze jours de congés payés.

Le 24 avril 1941, le gouvernement de Vichy instaure officiellement le 1er mai comme « fête du travail et de la concorde sociale ». L’églantine rouge associée à la mémoire du sang versé lors de la répression sanglante de Fourmies dans le nord est abandonnée au profit du muguet.

En 1947, le 1er mai devient une fête légale, chômée et payée.

 

 

 

 

Ce jour est célébré dans la plupart des pays industrialisés, sauf aux USA où la fête du travail est célébrée le premier lundi de septembre.

 

Depuis, chaque année des défilés syndicaux plus ou moins unitaires permettent aux centrales de rappeler leurs revendications prioritaires et de se situer par rapport aux politiques gouvernementales.

 

Même si le 1er mai est encore une occasion de s'exprimer, la fête du Travail est devenue au fil du temps une fête tout court, un jour de congé supplémentaire que les vicissitudes du calendrier permettent, selon les années, de bénéficier d'un long week-end ou d'un pont dont, seul, le mois de mai a le secrets.

 

Oubliées les fusillades de Chicago et de Fourmies. Aujourd'hui le farniente a pris le dessus sur les revendications.

 

 

 

 

« Trop d’aise le rend insolent [le peuple] ; il faut le faire payer pour lui ôter ce trop d’aise. Trop peu l’empêche de payer ; il faut lui laisser quelque chose comme aux abeilles on laisse du miel et de la cire. »

Paul-Louis Courier - VIe Lettre au Censeur

 

 

 

Bonne Semaine

 

 

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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