ACOCOTLI ALIAS CHICHIPATLI : LE DAHLIA

Publié le 5 Juin 2022

 

 

Au jardin, elle est une mexicaine colorée avec sa grande corolle en guise de parasol : voilà l'acocotli, alias chichipatli comme on l'appelle au Mexique, Dalhia comme on la nomme chez nous.

On a beaucoup moins écrit sur l'origine du dahlia que sur celle du chrysanthème ou de la rose, mais les divers auteurs sont à peu près d'accord pour en faire remonter l'introduction en Europe au 18ème siècle.

 

On sait par contre que la fleur était déjà connue des botanistes et figure sous des noms indigènes dans l'ouvrage consacré aux plantes du Mexique (Nouvelle Espagne) par le médecin Francisco Hernandez en 1651. Attesté en culture en 1712 à l'île de la Réunion, le botaniste français Thierry de Menouville la signale un peu plus tard aux Antilles.

 

 

Statue de Cavanillès dans le jardin botanique de Madrid

 

Il est en tout cas indiscutable que c'est à Vincente Cervantès, professeur de botanique à Mexico ( rien à voir avec l'auteur de Don Quichotte) que revient l'honneur d'avoir envoyé, en 1789, à son bon ami, l'abbé Cavanillès qui assurait de son côté la destinée du jardin botanique de Madrid quelques racines bulbeuses de cette fleur alors inconnue dans nos jardins dont il ne pouvait soupçonner le brillant avenir horticole.

Sans doute contrariée, elle ne daigna fleurir que deux années plus tard.
Ce fut une révélation et Cavanillès s'empressa de l'ajouter à sa liste botanique sous le nom de Dahlia en mémoire du botaniste suédois Anders Dahl, élève de Carl Von Linné.

 

 

 

 

Quand Cavanillès dut partir en France comme précepteur des enfants du duc de l'Infantado, nommé ambassadeur, il en profita pour rencontrer les plus éminents botanistes dont le professeur André Thouin, directeur de la Chaire de Culture du Muséum Nationale d'Histoire Naturelle (Jardin des Plantes de Paris) à qui il offrit quelques tubercules.

Celui-ci les cultiva dans les parterres et au jardin botanique en serres chaudes.

Pendant de nombreuses années on chercha à l'utiliser comme plante potagère, rivale de la pomme de terre, ses tubercules pouvant, croyait-on, donner un grand rendement de matière alimentaire.

Les Montgolfier, papetiers à Annonay (Ardèche) et inventeurs de la Montgolfière, cultivaient, dit-on, les bulbes depuis 1715 pour alimenter leurs ouvriers.

Les ouvrages d'horticulture de l'époque classent même les tubercules de dahlia dans les plantes potagères et le « Bon Jardinier » de 1817 le cite encore comme tel.

On les essaya donc rôties, bouillies, en fricassées, braisées, en sauce mais il faut reconnaître qu'ils n'approchèrent même pas les plus mauvais topinambours et « ...les plus savantes préparations culinaires ne parvinrent pas à le rendre mangeable. Les animaux eux-mêmes refusèrent de consommer cette hérésie culinaire... »

 

Cependant, en 1908, Léon Diguet, alors correspondant du Muséum au Mexique écrivait dans le bulletin du Muséum : « les tubercules de dahlias que je vous ai envoyés appartiennent à des espèces souvent naines et à tige toujours grêle ; elles ont ceci de particulier c'est que, pour la plupart, elles possèdent des tubercules qui sont appréciés des indigènes qui les consomment crus ».

 

On oublia très vite cet épisode culinaire et à la faveur de la passion pour les fleurs de l'Impératrice Joséphine, le dahlia quitta le potager pour regagner les jardins botaniques et repartir à l'assaut des jardins...ornementaux. On sait, aujourd'hui, tout le parti que les jardiniers, magiciens et un peu sorciers en ont tiré en France, Belgique, Hollande, Allemagne puis dans tout l'Empire britannique.

 

Un jardinier d'Auteuil créa les premiers dahlias entièrement doubles. Il fut abondamment multiplié à tel point qu'en 1828, les frères Jacquelin, grainetiers à Paris, en cataloguaient déjà 450 dans l'ouvrage qu'ils publièrent sur les dahlias.

Les allemands, à cette époque, imaginèrent une race curieuse, les Lilliput (pompons ou nids d'abeilles en France), précieuse pour les bouquets longtemps cultivés par les jardiniers d'Ile de France pour la fleuristerie et la bouquetterie (Montreuil, Argenteuil, Bobigny, Enghien notamment).

 

 

 

 

Ce fut le hollandais Van Den Berg qui introduisit le dahlia « Etoile du Diable » de couleur rouge cramoisi et de forme originale. Dédié au président d'alors du Mexique, Juarez, il fut le point de départ de la série des dahlias cactus.

Plus tard, Jules Chrétien, chef jardinier du parc de la Tête d'Or à Lyon, tout en travaillant le dahlia simple, obtenait de superbes variétés doubles qui se distinguaient par l'ampleur de leurs proportions au point de motiver la création d'un nouveau groupe : les décoratifs d'abord à grandes fleurs.

A l'exposition Universelle de 1900 apparurent les dahlias à « collerette » avec des fleurs d'environ 10 cm de diamètre.

Un jardinier amateur de Saint-Etienne, M. Colcombet réussit à obtenir les premières variétés de dahlias étoilés. M. Martin de Digoin les fit connaître sous le nom «d'Etoiles Digoinaises » qui firent le tour du monde sous les pinceaux lumineux de Claude Monet.

 

Jusqu'en 1872, on connut seulement les dahlias simples. Puis ce fut la merveilleuse aventure des hybrideurs.

Il faut dire que nulle fleur sauf la rose, n'a autant de variétés, nulle ne jouit d'une gamme aussi raffinée de nuances ; toutes les couleurs sauf le bleu.

Un vrai casse tête, dont personne n'a trouvé la solution. Déjà en 1846, la société d'horticulture de Dublin s'arrachait les cheveux à essayer d'obtenir cette couleur. Elle offrait 50 000 F or à qui ferait cette découverte. En 1937, un certain Carl Ohnetz le trouva presque. Il obtint un dahlia approchant le bleu, mais celui-ci mourut à la première gelée et il ne put jamais le recréer.

« Depuis vingt ans, on a semé quarante lieues de graines de dahlia, sans qu'on ait pu avoir un dalhia bleu » écrivait Alphonse Karr.

 

 

 

La production des nouveautés du dahlia est innombrable. On recense des centaines de cultivars en France. Un catalogue complet est tenu régulièrement à jour par la section dahlia de la SNHF*.

Un conservatoire du dahlia qui porte le nom d'André Thouin, existe au Muséum d'Histoire Naturelle, ainsi qu'un herbier historique comportant des pièces extrêmement rares.

Des centaines de cultivars sont présentés chaque année au public parisien mais aussi aux amateurs provenant des pays du monde entier.

 

Chaque année, depuis 1836, la SNHF organise un salon national ou international du dahlia dans une ville de France. Longtemps le lauréat du grand prix se voyait remettre un vase de céramique de Sèvres, offert par le président de la République avec la formule suivante :

« Par Flore, déesse des fleurs, par Pomone déesse des fruits, je te baptise, Dalhia, roi des jardins ! »

 

Il existe également de nombreux salons au niveau local, départemental ou régional ainsi que plusieurs conservatoires du dahlia : Jardin des Plantes de Paris, parc floral de Paris, Parc floral d'Orléans la Source, Alès, parc départemental de la Courneuve, château de la Bourdaisière en Touraine...

Un corso fleuri du dahlia a lieu chaque année depuis 1929 en Alsace à Sélestat où plus de 500 000 dahlias habillent les nombreux chars du défilé.

 

 

 

 

En Angleterre pour la mort du Prince Albert, la reine Victoria fit créer un dahlia « demi-deuil » d'une couleur pourpre sombre. Aux Etats-Unis, un fait divers macabre - une femme sauvagement assassinée dans un terrain vague de Cleveland - donne l'idée à l'écrivain James Elroy d'écrire son fameux roman « Le Dahlia Noir ».

 

Il en aurait des choses à raconter cet authentique esthète, roi des massifs de nos jardins où brillent des milliers de variétés, les unes cactus, simples, doubles, « girafes», miniatures ou à collerette, les autres à fleurs pompon, nid d'abeilles, de camélia, d'anémone ou de pivoine.

Pas étonnant alors qu'un jeune poète, dans les années 1890, le célèbre en ces termes :

 

« ... Fleur grasse et riche, autour de toi ne flotte aucun
Arôme, et la beauté sereine de ton corps
Déroule, mate, ses impeccables accords.»

 

Paul Verlaine avait bien vu le défaut de la cuirasse de ce seigneur, il n'est pas parfumé.

 

Peu importe, les amoureux se sont emparés de sa riche symbolique :

 

« je suis à toi pour toujours ».

 

 

Vous l'avez compris depuis longtemps, j'aime les fleurs et je ne conçois pas  le potager sans ces merveilles colorées. Cette année, j'ai placé le jardin sous  le regard du dahlia. Les tiges et feuilles commencent à sortir de terre. Des boutons se forment. J'espère que les orages qui se succèdent, parfois avec violence, ne m'empêcheront pas de vous faire partager mes choix.

 

 

 

 

 

 

Bonne semaine fleurie !

 

 

Yves

 

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #Potager de Saint Jean

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M
A très bientôt pour les photos de dahlias !<br /> Bonne semaine
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