VENDANGES

Publié le 12 Juin 2022

La vendangeuse, croquis aquarellé

 

 

 

En 1997, cela ne nous rajeunit pas, j'avais eu l'idée de parcourir les vignobles de la vallée de la Loire. Des Côtes d'Auvergne au Muscadet du pays nantais en passant par Sancerre, Mennetou-Salon, Quincy, Reuilly, Vouvray, l'Anjou ou les Coteaux du Layon, j'avais rencontré des vignerons, des responsables d'organismes, de syndicats, de musées, des écrivains, des artistes, des poètes vignerons, des associations, des confréries, des œnologues, des restaurateurs, des mariniers...

Nous avions organisé des veillées dans des caves creusées dans le tuffeau ou sous la treille d'une loge de vigne. Chacun avait fouillé dans sa mémoire. Ce travail de rencontres et de collectage m'avait apporté poèmes, chansons, textes, citations, dictons et proverbes et nous avions dégusté par petites gorgées les meilleurs flacons de 1910, 1921, 1947 et même 1893.

 

J'avais illustré le tout de mes aquarelles et de mes « Vinarelles » (marque déposée). Nous avions réalisé une mise en page et imaginé une couverture comme une étiquette de bouteille.

 

C'était, à ma façon, mes vendanges et le résultat fut mon premier livre « Vendanges au fil de la Loire » que plusieurs milliers de lecteurs dégustèrent sans retenue.

 

 

 

Couverture du livre

 

 

 

Parmi tous les textes, un m'avait été donné par Jean Claude Audebert, vigneron bourgueillois et Grand Maître de la Commanderie de la Dive Bouteille de Bourgueil et Saint-Nicolas-de-Bourgueil. Il l'avait lu le 24 juillet 1997 à l'occasion de l'inauguration de la Maison du vin Jean Carmet à Bourgueil. Texte écrit par Jean Carmet lui-même.

 

En reparcourant mon livre, évocateur de mille souvenirs, je n'ai pas résisté à l'envie de vous le faire partager.

 

 

 

 

 

 

« J'appartiens à ces privilégiés qui, dès leur naissance, connurent le bonheur. On raconte que mon père, le jour de mon baptême, trempa son index dans un verre de Bourgueil pour m'en oindre les lèvres, et que j'eus l'air d'y prendre plaisir.

Vérité ? Affabulation? Je ne réfute pas l'événement. Bien sûr, enfant, j'ai connu l'eau du puits pour les ablutions qui n'étaient pas ce qu'elles sont maintenant et, en tant que boisson, pour couper un gobelet de « grolleau ».

Puis l'eau quitta mon paysage.

 

Ce fut une heureuse époque sur fond de récits bachiques. Là, il n'était plus question que de Bourgueil, de Chinon, de Coteau du Layon et d'Aubance. Si bien qu'à l'âge adulte, vins de Bordeaux et de Bourgogne n'étaient qu'une rumeur dont je n'imaginais pas le goût.

Les vignerons parlent de ces hauts lieux avec une grande vénération, osant timidement, quand elles atteignaient le sublime, comparer leurs cuvées à celles de terres prestigieuses.

Ces gens là étaient des modestes. Certains avaient des sobriquets, « Boîte à sucre », « Bec à fouasse », « Cul d'ours ». D'autres vivaient dans des lieux-dits, « les Galluches », « l'Oye qui cosse », « La Sale Terre ».

Mais tous avaient beau langage, qu'ils ont légué à leurs enfants.

 

C'étaient des conteurs magnifiques, qui souvent s'isolaient dans leurs caves pour parler à leurs barriques. Voilà pourquoi les vins de Loire sont des vins simples qui s'expriment sans emphase. A condition qu'on les respecte, ils s'ouvrent pour vous offrir toutes les richesses de leur jardin.

Ils aiment vous faire des surprises, vous attaquent quand vous les mâchez, vous embarquent dans leurs arômes, se rappellent à votre mémoire et, sans vous abandonner, tapissent votre palais de fraîcheur et de propreté.

 

Un de mes amis, très célèbre, orfèvre en cabernet-franc, converse avec ses flacons.

Il leur demande de leurs nouvelles... Comment ils ont passé l'hiver ? Sont-ils bien là où ils sont ?

Il prétend avoir observé qu'une bouteille caractérielle peut très bien refuser de s'offrir en présence d'un malfaisant et retrouver tous ses arômes quand l'intrus a quitté la place.

Allez donc savoir ce qui se passe dans la tête d'un vin qui ressemble à celui qui l'a fait...

 

Un jour j'ai franchi les frontières. Du Centre à l'Est, de l'Est au Sud... du Sud à l'Ouest, j'ai laissé là mes préjugés, flâné le long des rivières, suivi les chemins étroits où, devenus fantômes, rôdent le pas des chevaux et le roulement des carrioles.

Faites comme moi.

Traversez les villages aux noms qui donnent soif. Frappez aux portes des vignerons, peu avares sur leurs « fillettes ».

Retrouvez l'innocence et le besoin d'aimer.

Et si un jour vous le pouvez, prolongez jusqu'aux sources... Au Mont-Gerbier-de-Jonc, par exemple, ou ailleurs. Là, un filet d'eau qui pénètre et qui s'enfle engendre les merveilles du monde. »

 

 

 

Jean Carmet

 

 

 

 

Vinarelle réalisée avec Gamay Touraine 96, Côt Touraine 86, Pineau d'Aunis 95, Vieil Oberlin
Vinarelle réalisée avec du Gamay 95-Grolleau et Cabernet 94 et 96, Côt Touraine 96, Oberlin

 

 

 

 

« Béni soit-il ce vin français qu'on nous envie,

Vin d'espoir, vin de foi, vin d'amour, vin de vie. »

Jean Richepin

 

 

 

 

Je vous souhaite une bonne semaine !

 

 

 

Yves

 

 

« L'abus d'alcool est dangereux pour la santé à consommer avec modération »

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #patrimoine

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