AH ! LES PETITS POIS

Publié le 17 Mai 2020

 

 

Comme tous les jardins, le potager de saint-Jean est de nouveau en effervescence avec ses succès ou ses déconvenues  Cet article est une nouvelle opportunité de vous faire part de l'une de mes dernières découvertes potagères.

 

Après un second semis, le premier ayant disparu vraisemblablement picoré par une bande de colocataires colombidés, Youpi ! la semaine passée mes petits pois ont montré le bout de leurs feuilles d'un beau vert tendre et comme « on a toujours besoin de petits pois chez soi », belle occasion de vous en dire deux mots !

 

 

 

 

Lorsque revenant de Gênes le 18 janvier 1660, le sieur Audiger, chef d’office de la comtesse de Soissons puis du ministre Colbert apporte à Louis XIV un cageot de petits pois frais et ce fut du délire.

Madame de Maintenon décrit cette nouvelle folie dans une lettre au cardinal de Noailles, en 1696 :

 

« Le chapitre des petits pois dure toujours. L’impatience d’en manger, le plaisir d’en avoir mangé et la joie d’en manger encore sont les trois points que nos princes traitent depuis quelques jours. Il y a des dames qui « avois » soupé chez le roi, et bien soupé, trouvent des pois chez elles pour manger avant de se coucher, au risque d’indigestion ».

Mme de Sévigné écrivant à sa fille, Mme de Grignan, parle de « fureur à la mode ».

Quant au Marquis de Cussy, sous la Restauration, celui-ci se félicitait d'avoir assisté à une fête magnifique qui « réunissait les premières notabilités de la banque, des femmes charmantes et des petits pois délicieux ».

 

 

 

 

Mais si nos princes de l’époque découvrent le petit pois tendance, celui-ci existe depuis fort longtemps et compte, en fait, parmi les plus anciens de nos légumes.

Il aurait été domestiqué il y a environ 10 000 ans en même temps que les anciens blés et lentilles en Asie Centrale, Proche-Orient et bassin méditerranéen d’où il se diffusera rapidement vers l’ouest puis le nord, dans la vallée du Rhin et jusqu’en Chine au premier siècle de notre ère.

Des graines retrouvées dans des fouilles menées autour de l'Arc du carrousel, au Louvre, indiquent qu’il poussait déjà au centre de Paris actuel à l’âge de bronze.

 

L’Antiquité grecque de Théophraste connaît le pois. On le retrouvera dans les ruines de l’ancienne ville de Troie même si, à cette époque, la fève est en tête de liste des cultures.

Chez les Romains, Pline confirme que le pois ne supporte pas le froid « on ne le sème qu'au printemps, dans une terre meuble et légère et dans des lieux bien exposés. »

 

Le Moyen Âge le mentionne constamment dans les chroniques et fabliaux. Il semble que les pois jouissaient à la fin de cette époque de l'estime universelle des consommateurs.

 

« Qui a des pois et du pain d'orge

Du lard et du vin pour sa gorge

Qui a cinq sous et ne doit rien,

Il se peut qu'il est bien. »

 

 

 

 

Pendant longtemps, on le cultivera pour sa graine sèche. Ce furent, dit-on, les Hollandais qui importèrent l’idée de le consommer encore vert à partir de 1610. Une chronique de 1651 indique qu'il y a « une espèce qui peut se manger en vert et qu'on appelle pois de Hollande ».

 

Il est dit aussi que la consommation du petit pois (grain vert) aurait été introduite en France lorsque Catherine de Médicis épouse Henri II mais l'engouement pour ce petit légume vert entre réellement dans les assiettes à la cour de Louis XIV comme je l'explique en introduction à ce billet.

Jean de la Quintinie, jardinier du roi, le cultivera dans son potager de Versailles.

Jusqu’au début du XVIIIème siècle il restera un produit rare et cher que seules la noblesse et l’aristocratie pourront s’offrir. On en raffolait tellement qu'on allait jusqu'à tailler les pointes d'asperge en forme de petits pois.

 

Plus près de nous, on sait que Flaubert appréciait le canard aux petits pois et quand les palmipèdes menaient trop grand tapage, l’auteur obtenait, paraît-il, un silence immédiat, les regardant droit dans les yeux en s’écriant : « il me semble qu’il est temps d’écosser des petits pois ! »

 

Reconnu comme le père fondateur de la génétique, c’est en croisant des pois ronds et des pois ridés, des pois à fleurs blanches et des pois à fleurs rouges que le moine catholique et botaniste Gregor Mendel, dans son monastère de Brno en Tchécoslovaquie, est à l’origine des lois qui définissent la manière dont les gènes se transmettent de génération en génération.

 

 

 

 

* Pour la santé

 

La découverte de l’appertisation en 1821 permettra de cultiver le petit pois à grande échelle Qu’il soit frais ou en boîte, sa valeur nutritionnelle est très proche. Plus il est fin, plus il est digeste.

Il est riche en provitamine A, en vitamines B, C, E et PP, en minéraux et en fibres qui sont excellentes pour le transit intestinal.

 

Sa richesse en protéines et hydrates de carbone lui confère une bonne valeur énergétique.
Longtemps interdit dans les régimes amaigrissants à cause de la supposée richesse en glucides (8%), il est suffisamment savoureux pour le manger sans corps gras mais avec aussi d’autres légumes.

 

Autrefois avec les cosses de petits pois on préparait une boisson de ménage économique et sans sucre.

En voici la recette :

Faire bouillir pendant 3 heures, 1 kg de cosses de pois dans 5 litres d’eau. Passer avec expression dans un linge. Faire bouillir le jus obtenu avec le zeste d’un citron finement râpé, 50 g de cônes de houblon ou de sauge ou de fleur de sureau ou encore quelques branches de thym. Verser le liquide dans un petit tonneau. Ajouter en remuant avec un bâton 10 g de levure de bière délayée dans un peu d’eau tiède, laisser fermenter et soutirer.

 

 

 

 

* Au jardin

 

A écosser ou sans parchemin, à grains ronds ou grains ridés, à rames, demi-naines ou nains, sur la centaine de variétés et cultivars inscrits au catalogue seule une quinzaine sont disponibles en magasin.

Au tournant du XIXè et XXè siècle, aux environs de Paris, on cultivait « pois de Clamart », « pois de Marly », « Merveille d'Etampes » ou « Michaux de Nanterre »...Ces variétés oubliées qui ne sont plus commercialisées sont peut-être, souhaitons-le, à l'abri dans un quelconque conservatoire de graines

 

On peut le semer à l'automne mais la variété à grain rond (le plus classique) se sème de février à avril.

Pour les autres variétés, mange-tout et petits pois ridés, le mieux est d'attendre mai à juin.

Le petit pois ne fait pas bon ménage avec l'oignon, l'échalote ou encore l'ail. Il adore par contre, le bon voisinage des carottes, céleris, choux, navets, concombres ou pommes de terre.

Le pisum sativum (c'est son nom en latin) aime les situations ensoleillées à mi-ombre ainsi qu'un sol plutôt riche et humide.

Attention à nos charmants passereaux et pigeons, ces gourmands adorent eux aussi les petits pois.

 

Auguste Escoffier, le célèbre cuisinier, disait « que le petit pois est l'un des légumes qui perd le plus facilement ses qualités faute de soins. La moindre négligence peut faire de ce légume à la finesse exquise, un aliment quelconque et sans saveur. »

 

 

 

 

 

Rédigé par Yves de Saint Jean

Publié dans #Potager de Saint Jean

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N
Merci pour vos petits pois, il me vient une idée pour jeudi soir où nous allons avoir notre petite fille à dîner, ce serait une très bonne idée mais sans oublier de faire des "patates" sautées au cas où elle n'aimerai pas, prenez soin de vous cher ami à très bientôt j'espère
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Y
merci et portez vous bien
Amitiés
Yves